16 novembre 2009
Petite annonce
Cher lecteur égaré, si tu as survécu à la diarrhée verbale du précédent post (7 mois de mots à rattraper), tu as compris qu'à partir de janvier, j'aurais -encore- une nouvelle vie a construire, un nouveau trou a creuser, de nouvelles routines à mettre en place, dans cette région inconnue qu'est la campagne paloise. Si donc tu habites dans le coin, et que tu as des bonnes adresses en tous genres (fermes, magasins, dépôts vente, musées, nounous sympas puisque visiblement les crèches de mon secteur sont toutes overbookées pour 10 ans, pédiatres, ostéopathes) à me conseiller, des trucs et astuces à me refiler, des coutumes locales à m'enseigner, moi et mon empreinte écologique t'en serions infiniment reconnaissantes.
Mais attention, hein, Pau et ses champs de maïs plutôt versant Nord. Parce que si mon expérience paloise se limite à trois semaines, j'ai quand même bien intégré qu'aller de quelque-part-au-nord à quelque-part-au-sud de Pau n'est bon ni pour la planète, ni pour mes nerfs d'énervée du volant, ni pour mon emploi du temps.
14 novembre 2009
Le printemps perdu
Les photos de par-chez-moi sur cette île qui porte si bien son nom et qui me manque tant sont empruntées sans vergogne à mon petit frère qui, privilège de son jeune age, trouve toujours le temps d'en faire le tour une fois dans l'année. Evidemment, pas question d'être sans vergogne sans être son frère.
Comme je suis malgré tout une fille bien élevée (et un peu parce que je suis historienne), j'ai cherché à rassembler les morceaux épars de ma vie depuis 7 mois, à saisir ce que je fut et ce que je fis en ces temps là.
Et j'ai eu froid dans le dos, le sentiment d'un immense gâchis (« perdre son temps » apparaît désormais comme une expression pleine de sens....littéral), et, malgré les circonstances atténuantes que je me suis cherché, des regrets au bout du compte.
Froid dans le dos en constatant les difficultés que je rencontrais à reconstituer mon passé récent. La femme sans passé. Cette année 2008-2009, je n'avais même pas un agenda où noter mes rendez-vous, nos plans pour les weeks-ends, les vacances, nos multiples déplacements, croisement, etc. Professionnellement, je n'en ai jamais eu besoin : les cours, par définition, c'est régulier, et les dates des 3 colloques annuels ne sont pas bien difficiles à retenir. Pour le reste, les soumissions, les partiels, les délibérations, tout est fixé par mail, si bien que ma boite mail me sert d'agenda chronologique. Pour le reste, j'ai un fichier word pense bête qui couvre le mois à venir, du cadeau à offrir au RV chez l'ophtalmo, des billets de train à réserver/échanger/annuler aux vieilles fiches de cuisine à trier de toute urgence depuis 5 ans. Je l'efface au fur et à mesure. Donc pas de trace, pas de mémoire. Peu de photos, toujours mauvaises, et surtout des photos du quotidien. Je ne pense jamais à sortir mon APN pendant une balade une famille, une soirée passée à refaire le monde avec des amis. Probablement parce que je n'aime pas interrompre le flot du discours. J'ai un bien journal dans lequel j'écris certes très irrégulièrement, mais dans lequel aux moments ou je sens que je me dissous, que je m'éparpille, je note l'émotion dominante de chaque semaine (apathie, désespoir, reprise, expectative, satisfaction du travail accompli, enfermement, paralysie, etc.). Mais je ne l'ai pas emmené avec moi. Et surtout, je n'ai aucune mémoire systématique, ce qui est bien un comble dans mon métier. Du coup j'ai une mémoire émotionnelle très développée, même pour ce qui est des concepts les plus abstraits et les plus techniques, mais ce n'est pas comme un catalogue que je peux feuilleter à loisir, j'ai besoin d'une étincelle pour mettre la machine en branle.
Alors?
Alors j'ai fais ce que je fais depuis 2 mois, calée entre deux grosses boites de carbones dans les sous sols de la librairie. J'ai fait du travail sur archives. J'ai reconstitué, à partir des quelques photos, mails stockés à la va vite et au hasard, grâce aux blogs des proches, grâces aux statuts facebook aussi. J'ai fait une chronologie.
Mon dernier post datait de mi-mars. Nous préparions cette fameuse soirée des trentenaires, le mari était rentré depuis peu au bercail après 5 mois de stage à l'autre bout du pays, c'était mes derniers TD, les plus difficiles, tout à inventer, aucun manuel pour m'aider et un prof référant qui m'avait dit clairement au début du semestre qu'il ne voulait rien avoir à faire avec ses chargés de TD, je passais des nuits à essayer de débugger mes programmes.
MARS
Le 22 mars, je termine mon sujet de partiel. Ce devait être une période chargée parce que partie de rien sans aucune indication, j'ai voulu concevoir du sur mesure pour mes élèves. Au total j'aurais passé quasiment 3 mois à n'enseigner qu'une matière. Je crois qu'il faisait froid encore, pourtant j'ai des photos du schnik en tee shirt dans le jardin. Très humide peut-être alors. Je me souviens qu'on allait chercher les légumes et les deux litres de lait entier non pasteurisé à la ferme, et que c'était très boueux. Dernière semaine de mars et première semaine d'avril, partiels, surveillance, paquets de copie sous le bras.
AVRIL
D'après mes photos, c'est ce mois là que Manou vient en Alsace. Je crois que c'est le tout début du mois, mais c'est une déduction plus qu'un souvenir. Il fait encore froid, il pleut des cordes, tout est marron autour de nous quand nous sortons voir les brebis et leurs petits, on dine au coin du feu, et on ne peut pas marcher deux heures dans Strasbourg avec A. et son joli rire rauque sans finir par se précipiter dans un salon de thé. C'est bon, c'est bien, c'est la première fois que j'ai ma maman pour moi toute seule depuis que je suis maman moi aussi, nous passons de longues soirées à revisiter mon enfance à la lumière de cette expérience nouvelle.
Ce doit être une période d'intense questionnement aussi, j'imagine. J'imagine, parce que la liste des postes MCF est publiée depuis début mars, nous avons enfin confirmation de la mutation du mari à Pau (1 fac, deux heures de route de Toulouse, trois heures de Bordeaux, pas de TGV dans le sud ouest), et j'ai donc largement eu le temps d'en tirer les conclusions qui s'imposent concernant mon avenir professionnel. D'ailleurs, j'écris un post intitulé « sans issue » sur l'après thèse, que je ne publie pas, comme tous ceux que je rédige durant cette période. Alors, faute de pistes sérieuses en France, le 9 avril, la veille du départ pour le week-end de Pâques, j'envoie ma candidature pour un poste de postdoc aux US. Sur la pointe des pieds. J'y précise ma situation personnelle, que le mari doit partir loin, longtemps et dangereusement, mais qu'on ne sait pas quand, que je souhaiterais donc venir un semestre sans pouvoir donner de date (très bon effet sur une candidature, mais on m'avait conseillé de jouer la sincérité, et c'est toujours ce que je finis par faire).
Week-end de Pâques en Bretagne. Humide (forcement!), marron tirant sur le vert algueux, mais frais. Je m'isole, parce que je suis perdue, j'ai un peu honte, quand même, on ne se marrie pas pour prendre son môme sous le bras et se barrer outre atlantique. Bref, je n'ai pas encore de réponse, pas pris de décision, et je me sens déjà coupable d'avoir entamer la démarche. Bon, et puis j'ai un papier à écrire, maintenant que j'ai enfin fini mes cours. D'ailleurs, la semaine suivante, le schnik reste s'ioder chez ses grands parents pendant que son papa travaille d'arrache pied et sa maman rédige son foutu papier. En théorie. Le temps de descendre du train et de rallumer l'ordi, la réponse est déjà là: «viendez quand vous voulez, premier semestre, ou deuxième semestre, ou les deux, ou plutôt en 2010-2011 si ça vous arrange. Dites le nous a temps pour le visa. Mon assistante prendra contact avec vous pour les crèches» Et ben, ça change du traitement -de sous-merde, il n'y a juste pas d'autre mot- que j'ai reçu cette année en France.
Donc il faut décider. Commencer par savoir si la vie avec un enfant là bas sera possible (places en crèche, etc.), puis, après 3 jours de vérification en tout genre, décider. Il me dit vas-y, tu le regretteras toute ta vie sinon, tu n'auras pas deux fois l'occasion, on se débrouillera. Et va-y tout de suite, tant qu'à faire, vu qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais encore moins après demain. Alors je dis oui, j'arrive fin aout, avec ma fille.
C'était mon premier choix pour l'année prochaine: une année libre de charge d'enseignement après mon lourd plein temps d'ATER, une vie qui s'organise sur les 5 miles carrés d'un campus américain après les 3 heures de route quotidiennes, un minimum de reconnaissance, tout du moins d'écoute, après le mépris et pire, l'indifférence, le silence subi tout au long de cette année. Une bibliothèque immense, le fond d'archives le plus riche du monde. Des séminaires où discuter, contester, écouter et être écouter. Un rêve de chercheur. C'était mon premier choix, ce sera le seul, je n'ai même pas dégoté un entretien dans la campagne 2009.
Pas le temps de regretter
cette décision, les premiers jours, un impromptu, vite, vite, il
faut profiter que le schnik fait des patés de sables breton
tranquille pour descendre à Pau chercher un logement. Oui demain. ça
tombe bien, le petit neveu toulousain décide de montrer le bout de
son nez pile cette semaine là. Nous rentrons tous les trois au
bercail vers le 22 avril, et à partir de là, je sombre dans une
faille espace temps.
Blanc total, impossible de me souvenir.
MAI
Alors bien sur, il y a les centaines de démarches que supposent deux déménagements dans l'été, dont un à l'étranger. Deux recherches de logement, deux séries de changements d'adresse, les locataires, les déménageurs, le visa (ahhhh, le visa, un plein temps en soi) le jardin à finir, toutes ces petites choses mises de côté à terminer, régler. Bien sûr, il y a les 120 copies que j'ai corrige deux fois, parce qu'après la première correction il me semble soudain que mon barème ne rend pas justice à toute la gamme d'efforts ou de jemenfoutisme que j'ai trouvé dans les copies. Bien sûr, il y a toujours ce foutu papier, sur lequel je travaille un peu, visiblement, parce qu'il y a un peu d'activité sur mon blog pro et des blagues de chercheur sur mon statut facebook à cette péridoe, et que c'est toujours comme ça quand je réfléchis.
Mais quand même, ça ne remplit pas un mois et demi. Et les week-ends? Et tous ces jours fériés? Il y a le voyage a Bruxelles, chez le frangin, le petit dernier qui me dépasse de deux tête, la Chimey bleue, la différence entre art déco, art nouveau et art stalinien, la pâte à speculoos et le pain précuit du matin, les God*iva et le parterre de coquelicots pour la fête des mère belge, mais ça ne fait guère que trois jours.
Ai-je vraiment passé mes journées échouée comme une baleine sur couette bleue à noyer ma culpabilité de future-mauvaise-épouse-et-mère dans les mauvais romans des bas fonds poussiéreux des bibliothèques municipales de France et de Lorraine? Et mes nuits à errer sur la toile des blogs à... à quoi? Scruter les vies idéales, en tout cas morales, de ces mamans-superwoman qui arrivent à concilier boulot épanouissant, intérieur rangé-enfants bien habillés-cuisine élaborée-multiples activités-mari comblé//// recyclage incomparable- modes de vie irréprochables-empreinte écologique soutenable-moralité véritable, au choix selon selon la communauté blogesque considérée? Et le tout, sachant pertinemment ce que ma petite famille gagnerait à me voir accepter ma décision et faire de ces derniers mois passés ensemble des moments inoubliables. Un gâchis, pur et simple.
Après? Après pas mieux, mais j'ai une excuse en béton, et puis le rythme s'emballe.
JUIN
C'est la période des conférences, il faut réserver ses billets, la chambre à l'auberge de jeunesse, potasser google map, prendre contact, et surtout terminer ce foutu papier. La Belgique à nouveau, la capitale (c'est pratique), et fin juin, les Etats-Unis. 48 heures de voyage pour 48 heures de conférence, le grand raout annuel, trop de monde, trop peu de temps pour présenter (15 minutes de présentation, 5 minutes de rapport, 10 minutes de questions.. quand les autres intervenants ont tenu leurs temps -c'est à dire jamais-) des dizaines de sessions en parallèle...J'y ai échappé depuis le début de ma thèse, mais cette année, il faut y passer.
Pas beaucoup de temps pour ressasser mon statut de mère indigne....que je noie désormais dans les nausées. Le timing semble parfait, je dois terminer mon postdoc à Noël, j'en serai à sept mois. Sauf que courant juin, ça se précise, le mari partira 3 mois....à partir de janvier 2010. Et je ne peux plus déplacer mon propre séjour, puisque je dois (et je veux) rentrer pour l'accouchement....qui je prévois donc seule, dans une ville totalement inconnue, au trou du cul du pays.
Mais je ne suis plus vraiment en état de m'inquiéter. C'est 100 fois pire que la première fois, mon corps est entouré d'une gangue de toiles d'araignées de la minute ou je me lève à celle ou je sombre enfin. Je n'ai envie de rien et pourtant je dois passer mes journées à manger, de préférence des choses lourdes et ecoeurantes qui me collent à l'estomac pour « fonctionner », puisqu'il y a tous ces colloques, tous ces cartons, toutes ces démarches. J'ai du coton dans les yeux et les oreilles, un essaim d'abeille sous le crâne. Je ne vois ni n'entends distinctement. L'aller retour aux Etats-Unis est un calvaire: j'alterne hamburgers et lasagnes toutes les deux heures pour tenir le coup, je cours chez Mc*do entre deux sessions pour être capable de serrer des pinces, je prend 2 kilos en 2 jours. Les rares moments ou le brouillard se dissipe, je suis tellement mal que je cherche désespérément la fermeture éclair qui me permettra de sortir de cet horrible corps, comme le lendemain de mon retour en France. Mais le pire est encore à venir. Parce que juillet, c'est le mois des cartons, et de la poisse.
JUILLET
Pas la grand poisse, le
cancer, le chômage, non, la petite poisse qui frappe à la porte
avec constance et acharnement tous les matins. Le lundi, le mari
apprend qu'il ne pourra pas pendre de congres pour m'aider avant le
déménagement, exercice jusqu'à mi juillet! Le mardi, en rangeant
des cartons au grenier, il passe à travers le plafond. Gros trou,
les locataires suivants arrivent dans 2 semaines, ça va être du
plus bel effet. Le mercredi, la voiture tombe en panne devant la
crèche, pour la troisième fois en deux semaines. Le problème,
c'est qu'elle a redémarrée comme si de rien n'était chez le
garagiste trois jours avant, qui n'a trouvé la panne. Le vendredi,
après avoir passé chaque minute de la semaine à appeler le
platrier convaincre mon corps de prendre le bouquin, le
poser dans le carton, saisir le rouleau de scotch, fermer le carton,
non, non, ne pas finir au lit avec le bouquin, est une lutte, tous
les livres, papiers, documents, archives sont stockés encartonnés
dans le garage (donc le plus gros est fait). Pas de bol, le samedi,
c'est l'orage de la décennie, et quand je rentre d'un diner, je
découvre le garage (ou sont stockés tous les cartons de papier,
donc), inondé. Une nuit passée à déchirer les cartons si
péniblement fermés, à essuyer. Les jours se suivent et se
ressemblent. Poisseux dehors, poisseux dedans. Les nausées sont
toujours là, il fait toujours aussi humide (mais est-ce qu'il y a eu
un printemps cette année?), mais c'est aussi la canicule dans la
journée. Il n'y a plus vraiment de cuisine, je me nourris à la
boulangerie, mon corps enfle tellement que je n'ose plus me peser (de
toute façon la balance est avalée par un carton). Derniers cartons,
chargement, train de nuit, arrivée à Pau à 6h30 un matin, je suis
une épave. Petit déjeuné salvateur (le goût du thé, de la
confiture) chez un ami attentionné, déchargement, et pas le temps
de se reposer. L'homme est aussi épuisé que moi, il s'est farci
4000 kilomètres en 10 jours pour m'éviter d'avoir a descendre une
des voitures, je peux bien lui préparer une chambre sans cartons.
Idem pour le schnik que manou ramène le surlendemain. Son programme
de l'année comprend deux déménagements, son départ, son retour,
le départ de son papa, l'arrivée du bébé, et à défaut de
retrouver sa maison en rentrant de vacances, je veux au moins qu'elle
retrouve ses doudous, ses tableaux, son mobile, sa bibliothèque, son
petit fauteuil. L'homme arrive le vendredi, le samedi c'est le
baptême du cousin toulousain. Sur les photos, malgré l'anticerne à
la truelle, j'ai l'air d'un zombie. Cerise sur le gâteau, le
mercredi suivant, c'est Toulouse-Paris-Toulouse-Paris en train
pour...les visas!
AOUT
Dans une autre vie, pendant ces trois dernières semaines précédent mon départ, j'aménage un nid douillet pour mon époux bientôt délaissé, je mets au carré la maison et tout l'administratif, je lui prépare un mode d'emploi détaillé pour homme-qui-va-faire-ma-mutation-interacademique-et-son-repassage-tout-seul-pendant-4-mois (et avec une inavouable arrière pensée sadique, je me dis qu'au moins ce séjour à l'étranger au pour effet bénéfique de démontrer au mari -déjà favorablement disposé la plupart du temps à reconnaître mes mérites- à quel point je suis totalement indispensable dans sa vie, et pas seulement sur le plan sentimental). Ensuite, je concocte des diners aux chandelles, des piques niques dans les Pyrénées, des sorties à la piscine pour nous trois, des moments de complicité en famille. Dans une autre vie.
Dans cette vie de misère, il n'y à guère que la première partie du programme que nous accomplissons en 1 semaine à peine avec l'énergie du désespoir, et surtout le désespoir de l'homme qui reprend le travail aussitôt la dernière Billy monté, sans avoir eu une seconde pour se reposer. Quand a moi, mon corps ne répond plus. Du tout. Il refuse de faire un pas hors du lit avant midi sauf pour relancer le DVD de Winnie, babysitter officiel du schnik en ces semaines grises (avec Bourriquet, cela va de soi), il se contente de se laisser bercer des matinées durant par le tiptoptiptop des petits petons taille 23 sur le carrelage du long couloir qui lui plait tellement, après 3 ans d'escaliers escarpés. Mon corps refuse de peler les aubergines, les poivrons et les tomates pour faire la ratatouille, qui siérait surement mieux à son fessier que le chav*roux-baguette. Il refuse de classer, de trier, d'apposer les mentions « impôts& bulletins de salaire », « crèches à contacter à la rentrée », « sécurité sociale » sur les chemises colorées. Il refuse tout, en bloc. Il ne tolère que les aristochats, les dalmatiens de son enfance, et ne fait exception à son obsession que pour les ratatouille-à-moustache et les Wall-E-E-ve, en caressant le duvet qui lentement mais surement, s'épaissit sur le petit crane émerveillé (« encore les souris, maman, encore les souris »).
Non, le tableau n'est pas
exact. Certes, quand il est seul à la maison avec le schnik, mon
corps est une épave. Mais c'est plutôt rare, finalement. Autant la
région paloise est l'endroit le plus enclavé de France durant
l'année, autant c'est apparemment le centre du monde pendant la
trêve estivale. Il ne se passe jamais plus de trois jours sans une
pizza maison au chorizo avec un verre de rosé devant la chaine des
Pyrénées, quelques verrines, un, deux, ou quatre lits dressés à
la va vite. Il y a une tente et une piscine gonflable presque
immédiatement crevée, des rires d'enfants, un marché noir de
layettes, des aventuriers du rail, des diners aux chandelles pour 4
ou 8, des croissants et du pain brioché. A défaut d'offrir un
corps svelte (6 kilos au compteur les trois premiers mois, qui dit
mieux?), un sourire radieux, et des vacances à l'homme, je lui offre
de vraies tablées de famille le week-end, quelques rares instants
d'été après des semaines de corvées. Et je culpabilise d'autant
plus de ne pas être capable d'en faire autant quand nous ne sommes
que tous les trois. Car de jolis moments à deux ou trois, il y en a
peu. J'ai trop honte, je me cache. Le 23 août, j'étouffe mes larmes
dans le bourriquet musical du schnik qui me regarde interloqué, et
je tend nos deux passeports au contrôle de sécurité. Je compte
déjà les jours qui nous sépare des vacances de la Toussaint, ou il
devrait nous rejoindre pour une semaine.
EPILOGUE
Le temps de digérer les 3 avions, les quinze plans, la nouvelle crèche, les centaines de pages de formulaire, et le cornbread, les nausées disparaissent, ça fait trois mois. Le poids physique s'allège. Au sens propre comme au figuré. Si j'ai pris 6 kilos en 3 mois, à bientôt 6 mois, il y en à 7,5 au compteur. Et d'après l'échographie, le petit knicker a bien profité. Comme quoi, lecteur égaré, il ne faut pas croire ce que racontent les gynécologues sur la prise de poids régulière et contrôlée pendant la grossesse. On fait comme on peut. Et des fois, on ne peut pas grand chose, et on a juste envie de foutre des baffes au monsieur en blouse blanche qui nous dis « tout va bien...mais vous grossissez trop vite, madame », et qui ne sait visiblement pas de quoi il parle. Bon ok, les deux piscines du campus l'absence de fromages et de chocolats décents dans ce foutu pays, et surtout la fin des nausées y sont surement pour beaucoup. Mais peu importe les raisons. On fait comme on peut.
Ce n'est pas seulement le poids physique qui s'allège. Début septembre, l'homme apprend que finalement, c'est en octobre qu'il part. Retour prévu fin janvier. C'est la panique totale, et la perspective de me retrouver un matin de décembre après 24 heures de transport, un gros jetlag, deux grosses valises et 1,75 enfants sous le bras à l'aéroport de Toulouse seule sans voiture pour rentrer dans un chez moi inconnu et de toute façon sans les clés dudit chez moi me flippe un peu, mais quel soulagement, au fond. Je le sais, je suis mieux sur mon vert campus et ma fille avec sa ferme mais gentille maitresse et les autres kids que seules à huit clos dans une maison inconnue au milieu des champs de mais palois. Son père lui manque, mais comme sa mère à globalement le moral, c'est supportable. C'est comme si j'avais eu raison de forcer le destin. Reste ce printemps perdu.
08 novembre 2009
L'art d'offrir
Je suis partie abruptement il y a 7 sept mois sur un post "idées cadeaux," je peux bien revenir de la même façon, hein?
Il y a une semaine, c'était l'anniversaire du schnik (nb: surmon hasardeux donné par un papa attendri a sa petite fille de deux ans. origine du surnom trop compliquée à expliquer).
A la crèche aussi.
La tradition ici veut que le heros du jour amène des "present bags" à ces petits camarades. Le schnik en a déjà reçu deux depuis la rentrée. En général, un petit sac en plastique disney avec un ou deux petits objets totalement inutiles (un sifflet, une paire de lunettes factices -cf photo-) mais pas toujours (petit pot de pate a modeler) agrémenté de bonbons visiblement conçus par des chimistes et ingénieurs agro qui se prennent au choix pour Picasso ou l'apprenti sorcier, et de petits paquets de gateaux d'aperitifs visant à graisser les doigts, les canapés et les cuisses des petits camarades ravis.
Les lunettes.... et l'attitude de starlette qui va avec.
Evidemment, impossible de me calquer sur ce modèle. Contraire à ma religion. Autant ne rien faire. Mais le schnik était tellement contente avec ses petits present bags, que je ne voulais pas "ne rien faire." D'un autre côté, je n'avais pas des dizaines de billets verts à mettre là dedans. Et n'ayant pas réussi à trouver ces foutus magasins de travaux manuels après des heures de voitures, je ne voulais plus mettre une roue en banlieue et gâcher mes week-ends dans des superstores et supersupermarkets. Il fallait donc quelque chose qui corresponde à mes valeurs, que JE trouve joli et utile, bon marché et trouvable dans les quelques magasins du centre ville. Après quelques heures de chine sur deux week-end, j'avais réuni ceci:
-une chute de tissu et un bout de ruban trouvé dans le scrap exchange de Durham, à côté du farmer market. Allez voir sur le site, leur initiative est fascinante. Ils vendent trois francs six sous des materiaux mis au rebut, des bouchons de bouteilles aux pipettes inutilisées, en passant par des chutes de papier cadeau, de tissus, de rubans, des vieux patrons, des boutons désasortis, des cartons: environnementally friendly et stimulant la créativité. Les matériaux sont vendus à l'état brut ou combinés en petits sachets avec des suggestions de petits bricolages. J'y ai aussi acheté des chutes de liberty, qui seront parfaites pour agrémenter des vêtements de poupée (et pas trop lourdes a transporter). J'ai passé mes longues soirées à coudre 10 petits sacs.
-des sucettes bio. J'en avait acheté un gros paquet chez Wholes Food il y a deux mois, et avec toute la merde que Delphine mange ailleurs qu'à la maison, je n'ai pas si souvent l'occasion de lui en donner (en général pour la tenir tranquille pendant les courses). Donc deux sucettes bio par sac.
-J'avais pensé à des des emporte pièces (cookie cutters) de Noël, me disant que ce serait mignon et utile pour les parents et les enfants pour préparer Noël. Je suis donc allée flâner dans les allées de Morgan Import. Finalement, les emporte pièce étaient énormes et vraiment trop cher (ils ne les vendent pas au kilo comme en Alsace, ici). Je me suis donc tournée vers les déco de Noël, qui étaient en train d'être mises en rayon. Là il y avait de quoi faire, et je pouvais les acheter par 10 ou 20 sans problème, mais elles étaient souvent trop petites, j'avais peur que les enfants les avalent.
Je me suis donc arrêtée finalement sur
(1)un jeu de -gros- grelots à suspendre dans le sapin: il y en avait 10, parfait.
(2) Du bain moussant emballé dans des petites têtes de singe. Gros succès auprès de delphine, la texture et la couleur étant vraiment mimi
(3)des têtes d'animaux à ventouser dans la baignoire pour suspendre son gant de toilette, ou autre: 2 paquets de 5
J'ai privilégié l'interaction parents-enfant plutôt que le plaisir immédiat de l'enfant. De mémoire, les « present bags » sont stockés dans les casiers et donnés aux parents en fin de journée, donc j'imagine qu'ils les ouvriront en famille. Seule point noir, c'est du made in China. Aux Etats-Unis, tout (TOUT) est Made in China, pas seulement ce qui est bon marché/de faible qualité. Je ne me souviens pas d'avoir acheté un seul objet ou vêtement non Made in China, à part une tunique explicitement écolo dans un magasin écolo made in US qui m'a du coup coûté un rein (j'en reparlerai). Au moins, tout provient de petits magasins du centre ville, et c'est déjà un exploit ici.
Enfin, j'ai recyclé une partie des horribles bonbons fluos et chimiques reçus pour Halloween. Je suis mauvaise, je sais.
A un moment, j'ai eu peur que ca fasse un peu vide....Ensuite je me suis dit qu'il est plus facile de faire du volume avec des chips et des cacaouettes soufflées qu'avec des sucettes bio, et j'ai oublié.
J'ai cousu à la main mes dix petits sacs en écoutant la radio, le soir, et j'ai demandé au schnik de les garnir avec moi, dans l'espoir de lui apprendre le sens partage, qui n'est pas sa qualité première et qui lui sera pourtant bientôt cruellement nécessaire.
Je n'ai pas eu de retour sur ces petits present bags, mais j'ai testé celui qui nous ai revenu avec le schnik. Un bain moussant et un collier pour Elise fabriqué avec le grelot et un bout de ruban plus tard, je me suis dit que j'avais rempli mon contrat. En me faisant plaisir.
Lecteur égaré sur ce blog, meet Elise.
14 mars 2009
questions aux trentenaires
J'étais super fière de moi et après l'absence de réaction totale de l'homme, je me suis posée des questions.
Alors, rassurez-moi:
si vous êtes un trentenaire de l'année (ou pre convié à une fête de trentenaires de l'année et que vous ouvrez un paquet pour trouver le contenu ci-dessous.....
....ca vous évoque vos années d'écolier, non????
10 mars 2009
Parce que l'hiver n'en finit pas
Un peu de sourire dans ce monde de froidure:
Portrait de l'optimiste (ou l'imbécile heureux)
Sculpture ludique par François Deransart, découverte à l'occasion d'une exposition au Musée du Jouet de Colmar (jusqu'à fin septembre 2009).
08 mars 2009
Donne...
...les flacons entamés lors d'essais de cosmétiques bio (finalement, j'ai bien dégraissé ma salle de bain, mais j'ai décidé de ne pas faire moi même ma crème de jour ni mes shampoings):
-huile de jojoba bio melvita entamée il y a 18mois, au 4/5 pleine
-eau florale de rose Melvita, idem
-eau de toilette "eau des 4 Reines" à la rose de l'Occitane en provence (la rose, ya rien à faire, à part en fleur et en confiture, c'est pas mon truc). je ne me souviens même pas de l'avoir utilisée.
- et mes noix de lavage, marque écoidées. Quelques lessives, pas suffisant étant donné la qualité de mon eau, les tâches de bébé, la nécessité de laver des couches lavables.
J'envoie à qui veut gratuitement. Envoyez moi un mail (mowglinomade@gmail.com) si vous êtes interessé(e). Je privilégie ceux qui passent régulièrement par ici et que je connais déjà un peu (virtuellement).













