06 février 2007
Manger bio : combien ca coute.
Et non, l’estimation chiffrée ne sera pas pour cette fois, faute de temps et d’expérience (mais j’accumule des infos au fil de mes courses). Juste une petite réflexion venue au cours de discussions de Mary et Pistil.
(1) Manger bio ne veut pas dire « remplacer tous ses aliments achetés en supermarché par leur équivalent biologique ». Ce serait effectivement hors de portée de la majorité des portes monnaie, et ce ne serait pas possible de remplacer tous les produits de toutes façon.
(2) La démarche de manger bio est (devrait être) indissociable de l’application des principes de simplicité volontaire à l’alimentation. C’est toute notre alimentation qui doit être repensée à cette occasion :
-Acheter plus de ‘matières premieres’ (farines-sucre-œufs- fruits-légumes-huiles fromages- céréales-légumineux et viandes et poissons si on n’est pas végétariens) et les cuisiner soi même. Et on s’aperçoit qu’il y a de multiples variétés de farines, sucres, des fruits et légumes oubliés, des modes de cuissons variées, des petits ‘trucs’ rapides qui changent tout (genre mettre une cuillère à soupe de fleur d’oranger dans la salade de fruits frais de saison. D’ailleurs, si vous avez des trucs, je suis preneuse). En n’achetant pas de plats cuisinés, de paquets de gâteaux et yaourts aux saveurs hallucinantes, bref en simplifiant, votre budget bouffe va diminuer. Et vous découvrirez de nouvelles saveurs. Apprendre à savourer suppose de concentrer son attention sur un produit avec tous ses sens (et suppose que le produit soit bon) : couleur, aspect (incroyables aubergines, poivrons, ect.), odeur, consistance, goût.
-acheter des fruits et légumes de saison. Souvent (mais pas toujours), les légumes hors saison sont plus chers, et très consommateurs en énergie. Je ne suis pas pour supprimer les fruits et légumes exotiques (je ne suis pas une fasciste de l’écologie. On n’en serait pas arrivé la si on avait utilisé les ressources modernes en transports de choses et de personnes sans tempérance, et notre joie d’avoir ces moyens à notre disposition en aurait été décuplée). Mais les considérer comme un luxe. Je n’envisage pas de supprimer les oranges (et occasionnellement les litchis et les mangues) de mon alimentation. Mais j’en achète moins, des meilleurs (maltaises et sanguines, mmmmm), et je me souviens qu’une orange dans la chaussure de ma grand-mère pour Noel était un luxe ultime. Du coup, c’est un luxe pour moi aussi et je savoure (faudrait y penser pour le chocolat. Non, pitié….)
-Faire ses menus, ou apprendre à accommoder les restes. En tout cas, je plus jeter d’aliments. je n'ai pas trouvé les chiffres pour la France, mais pour les US, les ménages jettent 14% de leur achats de nourriture, soit 43 millards de dollar/an. Aui niveau de la nation entière, on arrive à un gaspilage de nourriture produite et/ou achetée de 40%. (source, un article pour la Belgique (je ne connais as la fiabilité de la source)
Cela signifie que vous pouvez économiser jusqu’à un quart de votre budget alimentaire.
Je suis persuadée que les économies issues de la fabrication maison et du non gaspillage compensent le surcoût du passage (partiel au moins) au bio. Et en prime, on gagne des saveurs, une hygiène de vie, une joie. Comme rien ne vaut une bonne vieille preuve empirique (je sers la science et c’est ma joie), je vous la donnerai quand j’aurais tous les chiffres à dispo.
Ce surplus pourrait être dépensé pour équiper sa cuisine. Je le crois sincèrement, dès lors qu’on commence à faire soi-même, l’utilisation d’un Machine à Pain, de casseroles vraiment anti-adhésives, de couvercles transparents ou l’on voit rissoler ses légumes, d’un robot qui mixe (soupe, coulis, etc.), rape (des vrais carottes du marché fermes et goutues), et centrifuge, contribue largement au plaisir. (MERCI BELLE MAMAN DE M’EQUIPPER DEPUIS DEUX ANS. Mes parents, c’est les meubles. C’est bien aussi.)
En attendant, un petit exemple pour des biscuits fabriqués dimanche soir (avec des emporte pièces et un mari rigolard, et quatre mains pleines de farine) :
Ca ma couté 2,75 euros de farine d’épeautre + 0,5 euros de sucre cassonade + 0,5 euros de beurre + 0,1 euros de 5 épices + 0,3 euros (d’oeufs) (prix bio,ce serait moins cher avec des ingrédients standard)= 4,15 euros pour 35 gateaux fait maison, bon, sans sucre ni graisses industrielles. Ou pouvez vous trouver 35 gateaux pour 4 euros sans que ce soit de la marque distributeur réalisée avec des produits à forte marge, donc des graisses et du sucre de mauvaise qualité?
(3) Enfin, je souhaitais aborder le problème d’une autre ressource rare que l’argent, qui fait problème quand on veut changer son mode d’alimentation : le temps.
C’est mon problème principal, en fait. Le temps. Le temps du misérable thésard ne rapporte pas d’argent, mais il est précieux (surtout quand on est une femme, une fois qu’on a balayé la mythologie du partage des tâches. Surtout quand on est nomade, et qu’on passe sa vie à faire et défaire sa valise, aller et venir en train).
Ne nous mentons pas, faire soi-même, prendre le temps d’aller au marché et au magasin bio prend du temps (ca démultiplie un peu les sources d’approvisionnement, il est rare de trouver tout ce dont on a besoin au même endroit. En plus, fait partie de la démarche le fait de se fournir chez le boucher, le poissonnier, où même le fromager du coin plutôt que dans une grande surface). L’idéal est de dégager une demi journée par semaine pour cuisiner, puis stocker et congeler, mais c’est déjà énorme et il y a toujours des raccords à faire dans la semaine.
En réalité, cela suppose de repenser la gestion de son temps. Passer plus de temps à goûter aux plaisirs de la table se fait au détriment d’autres activités, bien sûr, mais, chez moi en tout cas, il y a pas mal de temps morts, stériles ou nuisibles à éliminer avant de commencer à grignoter le temps de travail. Je n’ai pas la télé (c’est déjà ca), mais c’est partiellement remplacé par un temps de feuilletage de mags féminins superflu. Et faire la moule dans un bain chaud et anti écolo ? (n’ayant pas d’enfant, je ne sais pas si ce genre de réflexion est réellement possible pour nos jeunes mamans débordées…)
Bref, commencer à manger bio, ça implique de repenser profondément son mode de vie. C’est cela, le vrai prix à payer, et les bénéfices peuvent être immenses.
Des goûts et des couleurs: Marie Rouanet, volontairement simple comme elle respire.
Le mardi, c’est culture, partage de mes coups de cœurs.
Or, au fil des blogs, je note ces jours ci beaucoup de reflexions sur l’apprentissage à petits pas (caco), les petits plaisirs, celui de l’instant (pistil), celui du temps (Isolde) celui d’un petit effort, celui d’un jardin (Mirza), celui d’un reflet (Mary), celui d'un objet (Rapoza), celui d'un poeme (Princesse aux petits pois), celui d'une écriture (Anna).
Et j’ai donc souhaité vous présenter une grande dame qui vit la simplicité volontaire comme elle respire, parce que c’est inscrit dans son histoire et surtout, inscrit dans sa terre : elle s’appelle Marie Rouanet. La dame :
Elle est occitane et cela conditionne toute son écriture. Elle a mèné en parallèle une carrière de chanteuse occitane et de délégué du patrimoine à la marie de béziers, écrit poèmes et récits aussi bien en français qu’en occitan. Dans un style à la fois simple, lumineux, riche en couleurs et poétique, elle raconte de petites tranches de vie : les lieux, les rencontres, les repas, les coutumes, les jeux, les joies et les peines, les naissances, la viellesse, la maladie et le deuil parfois. Elle truffe son récit de milles et un petits détails du quotidien, de sorte qu’on respire les odeurs, carresse les matériaux, perçoit les bruissements, absorbe les couleurs. De sorte que, finalement, on commence à ouvrir ses yeux à la beauté des gestes, des paroles et des objets quotidiens. (une démarche qui n’est pas sans rappeler en particulier la démarche philosophique et esthétique de pistil et caco).
-J’ai commencé par hasard, je devais avoir 14 ans. Un livre qui trainait dans la bibliothèque de ma grand mère. Un livre qui ne racontait rien et que pourtant j’ai lu d’une traite. Je me souviens de la chaleur de la fin de l’été, du mistral, des ombres que projetait le soleil à travers les barreaux en fer forgé de ma chambre, le chant des cigales. C’était Nous les Filles, qui raconte les milles et un jeux des enfants pauvres du Sud-Ouest.
-Il y aussi Dans la Douce Chair des Villes. Un beau récit qui ne raconte rien sinon la narratrice marchant dans de petites et grandes villes du Sud ouest, de France et d’Europe.
-Année Blanche, l’avant dernier en date. Un style différent, moins ‘quotidien’ puisque Marie Rouanet raconte l’année ou son homme a failli mourir, les aller retour à l’hopital. Mais toujours le même souci du détail, l’attention au temps qu’il faisait chaque jour, aux paysages le long de la route. Ce récit pourrait être un espèce de long ‘petit cailloux’, de ceux que des anoymes sèment en ce moment.
-J’ai un faible pour Balades des Jours Ordinaires, une série de textes de quelques pages qui, à travers un détail, une scène de vie entre aperçue par une fenetre, de la neige sur les sillons, etc., puise au cœur des joies et drame de la vie humaine.
-Enfin, on parle beaucoup d’alimentation, de cuisine, de produits frais, de saveurs, de couleurs et d’odeurs sur nos blogs. Normal, l’alimentation est une activité vitale, une composante primordiale de notre santé, une source de plaisirs (ou de corvées, selon l’organisation) quotidienne, et un lien essentiel au rythme de notre corps et de cette petite planète bleue que vous peuplons.
Et en la matière, Marie Rouanet a érigé l’hédonisme (le vrai, le sain) au rang de l’art. Elle a publié trois récits-cuisine, dont je n’ai lu que le premier : Petit Traité Romanesque de Cuisine.
Une merveille qui mélange recettes, rituels, ballades et terroir, et souvenirs. Au rythme des mois, la découverte des produits de saisons, des temps de vie associés, et une seconde partie plus courte appelée exquis régime (ou elle transmet ce que lui a appris sa petite fille diabétique : le régime ne doit pas être une punition des papilles et demande une attention plus grande au choix des produits et à sa préparation).
Chaque mois est introduit par un court texte de résumé. Je vous livre celui de janvier.
« JANVIER
En Languedoc les abeilles ne dorment que d’un œil : au moindre soleil un peu chaud les voilà dehors à butiner romarins, pommiers du Japon, premières éclosions d’amandier, tout ce qui ose porter fleur.
Mettez un astre dans votre four, apprécier la transparence unique de la lumière, sachez choisir les cranquettes, portez en terre le blé de la Siante Barbe, confiez les tripes au feu, partagez la galette des Rois, essayez le repas tout châtaignons et profitez des longues nuits pour boire le vin chaud.
Les huit cent mille Lacaune recensés en France ont en train d’agneler dans les bergeries chaudes blanchies à la cahux. Les agnaux ont des voix d’enfants. IL arrive que soit restée une hirondelle d’une nichée trop tardive pour le grand départ –les années ou l’été est immense- et dans la chaleur des étables elle regarde les hommes avec son air gentil, son col blanc sur son tablier noir. Ainsi se prépare le roquefort.
Ne chômez pas le 1er janvier : ce jour doit préfigurer l’énergie de l’année : les Romains offraient de dattes couvertes d’une fine feuille d’or.
Et tandis qu’elles se reposent : profitez-en pourpsychanalyser les pâtes. »
Depuis que j’ai trié ma bibliothèque et donné certains livres, je n’en ai pas encore racheté (un exploit pour moi). Je prend le temps : lesquels sont ceux que je vais relire ? Lesquels serais-je heureuse de tirer de ma bibliothèque à l’occasion d’une conversation pour les remettre dans l’instant à un ami, parce qu’il y a urgence à lire ces pages? Marie Rouanet en fait indéniablement partie. L’an passé, après avoir lu Dans la Douce Chair des Villes, je l’ai envoyé à une ami parisienne partie pour deux ans à Madagascar. Alors hier soir, avant de me coucher, j’ai fait une razzia sur amazon. Sans culpabilité aucune…..
Le nomadisme, c’est plus facile quand on a des racines
Et c'est encore plus facile quand les racines ressemblent à ca (Le berceau familial, niché au creux d’une île qui porte bien son nom).
Ou à ca (racines du mari)
c'est vrai, nous sommes chanceux. Mais pour ceux qui le sont moins, je suis certaine qu'on peut en adopter, des racines ;)




