Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

12 février 2007

Le carême au quotidien: théorie.

Ce post fait suite à deux autres, celui-ci sur ce qu'est "la foi", et celui-là sur le sens du carême pour le chrétien que je suis.

J’espère que ce post, bien que long et confus, clarifiera le sens du carême chrétien. Sur un sujet aussi sensible, il m’aurait fallu peser chaque mot, afin ne de pas heurter, afin de ne pas tiédir non plus. Mais par manque de temps, je vous livre une réflexion inachevée. 

Toute ressemblance avec des principes de simplicité volontaire et de communication ne seraient absolument pas fortuite. 

L’esprit du carême, c’est avant tout la joie et le pardon.

 Le carême est un temps intime, un temps entre soi et Dieu (l’autre), et c’est ce temps plongé dans l’amour et l’humanité qui nous permet de nous ouvrir aux autres. Il y a donc une part de ‘secret’ dans le carême. Il y a aussi une part de silence, une part de solitude, et même une part de pudeur. Rester joyeux, ne pas montrer face de martyre. Ne pas crier sous les toits ‘regarder, je fais des efforts’. Car alors on le fait pas par amour, ni de soi, ni de ceux pour qui on veut être plus disponible, plus doux. On ne fait pour le regard des autres, et c’est stérile. On le fait dans la joie, toujours. Et ce qui est joyeux n’est pas toujours facile pour autant.

C’est la raison pour laquelle, durant le mercredi des cendres, qui signe l’entrée dans le carême, on lit ce texte :

Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu comme ceux qui se donnent en spectacle ; ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent.
Amen, je vous le déclare : ils ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret : il te le rendra. (Mt 6, 16-18).
 

Avant de passer au quotidien, je voudrais vous livrer quelques pensées de Christine Ponsard (Elle a écrit un livre beau et simple sur le carême au quotidien : Au rythme de l’Eglise, du carême à la Toussaint chez Edifa. Introuvable pour l’instant, je crois, mais une partie est reproduite dans La Foi en Famille.) Ce sont des mots de catholique s’adressant aux catholiques, et, bien que doux et simples, et même triés par moi, ils pourront peut-être vous choquer. Chacun son histoire…. Mais vous y reconnaîtrez peut-être des accents de qu’on appelle en terre athée la simplicité volontaire, la communication non violente.

« Le temps de l’amour. Soyons très attentifs à ce que cela ne ressemble pas à une performance. Il ne s’agit pas de dépasser les autres, ni même de se dépasser soi-même : il s’agit au contraire de se décentrer de soi pour aimer et se laisser aimer.

 Le carême est un temps de libération : tant de liens nous empêchent d’aimer vraiment, tant de liens nous empêchent de nous laisser aimer ! Bien sûr, il y a des liens qui nous attachent aux biens matériels, à nos habitudes, à nos caprices. Mais, plus profondément et plus gravement, il y a surtout les liens qui nous attachent à nos péchés.

 Commençons par renoncer à notre péché, par nous en laisser libérer par le Seigneur. Insidieusement, nous sommes si tentés de nous comporter en « propriétaires » de notre péché ! Tant d’examens de conscience sont en fait de subtiles recherches de soi même au lieu d’être des occasions de se décentrer de soi pour se recentrer sur Dieu… Dans le sacrement du pardon, ce que nous confessons d’abord, c’est l’amour de Dieu ; ensuite, et ensuite seulement, notre péché. 

    Le carême est un temps de solitude et de communion ; ces deux dimensions sont liées : celui qui n’est pas capable de solitude, n’est pas capable de communion vraie….Il y a une différence, presque une opposition, entre solitude et isolement. Etre isolé, c’est être enfermé en soi-même, quelle qu’en soit la raison. La solitude est cœur à cœur avec Dieu, ce coeur à coeur qui seul comble notre soif d’absolu.

Ces réflexions sur le péché, la pauvreté, le pardon, la résurrection, la joie, le don, le partage, l’amour, et j’en oublie… se font souvent à l’occasion de textes de la bible lus chaque semaine. J’en reparlerai au fil des jours, si cela intéresse quelques pelerins….   

Entrons dans le vif du sujet. Dans mon imaginaire collectif, les efforts de carême sont le plus souvent associés à l’idée de se détourner des objets pour se concentrer sur l’humain, et à la prière, et au jeûne. 

Le rapport aux bien matériels et la pauvreté. Remplacer l’attention portée aux objets par l’attention portée aux humains. C’est le principe de la pauvreté volontaire, celle de François d’Assise. 

Mais je ne suis pas un saint. Et mon rapport aux objets n’est pas tel que je puisse m’en passer, m’appauvrir dans la joie et la paix. Plutôt que de renoncer aux choses pour me tourner vers l’humain, je vais commencer par transformer mon rapport aux choses pour faire plus de place à mon rapport aux humains. 

Quand je dis rapport aux objets, il s’agit également du rapport aux temps, et de ses ‘routines’ quotidiennes. Quand j’étais petite, le temps de carême était le temps ou on essayait de débarrasser plus souvent la machine, mettre le couvert (et sans rechigner s’il te plait), de moins se disputer avec les frères et sœurs, de trier ses jouets et de donner ceux qui sont superflus. Il peut s’agir d’éteindre la télé pour dîner en famille, discuter, rire….

Il peut s’agir aussi de son rapport à l’argent : Renoncer à certains aliments, certaines habitudes, certains objets, et, à la fin, offrir le résultat financier de cet effort à une association permet aussi de bien poser son geste. Même si c’est tout petit. Par exemple, j’envisage de supprimer le fromage pendant ces 40 jours. Parce que nous aimons énormément cela, et que c’est une part importante de notre budget alimentaire. Ca à l’air complètement futile et ridicule par rapport à la noirceur de mon ame ;) , mais 10 euros par semaine pendant  6 ou 7 semaines, ça fait 70 euros pour le secours catholique, les restos du cœur, ou tout ce qui vous tient à cœur. Et c’est déjà ça.   

 

La prière. Cela pourrait se traduire par « écouter Dieu plutôt que son nombril ». Un athée pourra traduire par « écouter l’autre ». Par la prière, le saint parvient à s’oublier. Un saint (ou bientôt saint, je ne sais plus, je ne connais pas en détail les nouvelles du Vatican, n’étant pas catholique) célèbre, le père Charles de Foucault, avait cette prière : « Mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout. »

Mais je ne suis pas un saint. Et ces mots, c’est trop pour moi. Tellement trop qu’ils me donnent envie de ne surtout pas devenir saint par peur de me perdre (des fois que j’aurai mes chances), de tourner les talons, et partir en courant me vautrer dans le nombrilisme le plus total. Mais le truc (car heureusement il y a un truc), c’est qu’on ne se perd pas en écoutant Dieu/ l’autre. Parce que Dieu nous aime :

 « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime…. Ne crains pas, je serai toujours avec toi (Isaie, 43,4-5 )». 

Et il y a cette magnifique prière :

Empreintes de pas sur le sable
 
Une nuit j’ai rêvé que je marchais
Le long de la plage avec le Seigneur.
 
Plusieurs scènes de ma vie étaient projetées dans le ciel.
Pour chacune d’elle, je voyais des empreintes de pas sur le sable.
Parfois il y avait deux séries d’empreintes;
Parfois, il n’y en avait qu’une.
 
Cela m’a troublée de constater que,
Durant les moments écrasants de ma vie, alors que je
Vivais de l’angoisse, du chagrin ou de la défaite,
Je ne pouvais voir qu’une seule série d’empreintes.
 
Alors j’ai dit au Seigneur : "Tu m’avais promis,
Seigneur, que, si je Te suivais,
Tu marcherais toujours avec moi.
Mais, j’ai remarqué que, durant les périodes les plus difficiles
De ma vie, il n’y avait
Qu’une série d’empreintes de pas sur le sable.
Pourquoi, alors que j’avais le plus besoin de Toi,
Tu n’étais pas là pour moi ? "
 
Le Seigneur a répliqué :
" Les fois où tu n’as vu qu’une seule série d’empreintes
C’était quand je te portais dans mes bras. "
Traduction du poème original « Footprints in the sand »,par Mary Stevenson, écrit en 1936; Document du domaine public

J’ai copié le poème ici (je ne connais pas ce site par ailleurs).
 

 Et comme Dieu m’aime, l’écouter me ramène à moi, à mon vrai moi, à ce qu’il y a de bon dans ma nature profondément humaine. Car Dieu/ l’autre me connaît, et surtout, j’en ai la certitude, il m’aime, et ne me ferait pas de mal. En écoutant Dieu/ l’autre, c’est mon humanité que j’écoute. L’énoncé des dix commandements commence d’ailleurs ainsi : « Ecoute, Israel… Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. » (Deutéronome, 6). Le premier commandement n’est pas d’aimer, mais d’écouter : « Ecoute, Israel ». Il n’est pas possible d’aimer sans écoute préalable.

Le jeûne : il s’agit, chez les saints, de se libérer de la dépendance à ses envies immédiates (il ne s’agit pas, comme on l’a souvent dit, de se libérer de la chair car la chair est mauvaise. Le saint a certes la tête déjà dans le ciel, mais toujours les pieds bien ancrés à terre), de s’alléger le corps pour s’alléger l’esprit, voir de connaître la sensation de faim que des millions de personnes connaît chaque jour. 

Mais je ne suis pas un saint. Mon rapport à la nourriture n’est pas suffisamment sain pour que je m’en passe sans craquer au bout de deux jours, mon rapport aux misères du monde, à ma richesse matérielle, et à la culpabilité que cette richesse entraîne n’est pas assez apaisé pour que cette privation et cette sensation de faim aient un sens quelconque. Ces gestes ne me feraient que du mal.

Il ne sera donc pas question de jeûner, mais de changer mon rapport à la nourriture, aux aliments, à l’argent, au temps et au travail qu’il me coûte et qu’il coûte à d’autre, au rituel associé, le repas, et à la manière dont je partage ce rituel. Par exemple, on pourra se contenter d’une soupe et d’un morceau de pain ou de quelques pommes de terre le soir (certains, déjà bien avancés sur le chemin de la simplicité, n’ont pas besoin de temps de carême pour adopter cette habitude. Je pense en particulier à Mema). Mais il faut que cela ait un sens. Il ne s’agit pas d’une punition pour les papilles, et il ne choisi pas de mouliner une soupe grisâtre et sans goût pour les besoins de la cause. Au contraire, une soupe simple a base de deux ou trois ingrédients soigneusement choisis permet de redécouvrir tel ou tel aliment presque à l’état brut. Le carême doit être à l’image de celui de ce moine, tel que décrit par Marie Rouanet (j’ai parlé de cette écrivain dans un post précédent, sans préciser qu’elle est chrétienne, car elle sépare en général ses écrits de foi et ses écrits ‘ordinaires’, dans lesquels la religion fait partie du paysage de son enfance):

Midi. Le moine a faim….. 

…Mais pour que grande soit la joie, il faut la gagner de quarante jours ou il fait plus froid, plus austère, où le gobelet au réfectoire ne s’emplit que d’eau. Dans cette épreuve toutefois le moine ne peut nier que pain prenne de jour en jour plus de saveur, que son odeur seule le fasse défaillir et le mette en salive. Il ne peut nier qu’il y ait péché de gourmandise où n’apparaît que la pénurie. Il l’avoue. Mais il sait aussi que rien ne dit, nulle part, qu’il ne faille point éprouver de plaisir si on respecte la pauvreté et la privation.

Aussi, après la messe, trempa-t-il son pain dans du café au lait. Oui, mais le lait était de chèvre, directement passé sur de la chicorée séchée et torréfiée au couvent, plus un peu de poudre au café. On n’imagine pas combien c’est crémeux et parfumé. Suerout si le mélange est sucré au miel. Et le pain des frères ? Complet et goûteux. C’était bon, mais c’était loin et le moine à grand faim.

A midi, il y aura des pommes de terre. De simples pommes de terre du jardin dont il a la charge…La récolte des pommes de terre a été abondante et les races variées. Pour aujourd’hui midi, pour ce ragoût des jours maigres, le frère cuisinier a choisi des pommes de terre a chair farineuse. Coupées en gros carrés elle sont couvertes d’eau, salées, poivrées, parfumées de laurier fraîchement cueilli. On fait cuire à feu modéré, sans trop. Que la pomme de terre s’écrase bien sans de défaire. Il faut qu’il reste du bouillon qui est lié d’un ou deux jaunes d’œufs. Pour obtenir une sauce bien liquide on ajoute un petit peu de lait. C’est au dernier moment, dans l’assiette, que la pomme de terre est écrasée dans le jus à saveur de laurier. C’est un plat clair et doux. Peut-être une nourriture angélique.

(Extrait du Petit Traité Romanesque de Cuisine, J’ai Lu Poche).

De même, l’idée de servir une soupe le soir, de simplifier l’ordinaire, permet au cuisinier, à la maman, de dégager du temps. Mais l’esprit du carême, c’est d’utiliser ce temps comme un temps de discussion en famille, de partage. 

Un exemple : carême alimentaire et régime.
 

Quand je disais à l’instant écouter Dieu, c’est in fine s’écouter soi-même, j’ai l’air de me mordre le nombril. Mais il n’est pas si facile de s’écouter. Un exemple : il est facile de se lancer avec motivation dans le jeûne ou la modération alimentaire, avec, plus ou moins consciemment l’idée que ‘chouette, non seulement j’allège mon âme mais dans 40 jours j’aurais aussi perdu mes 4 petits kilos de trop’ (on ne me la fait pas, c’est un classique…). J’espère bien que vous ne pensez pas une seconde vous en sortir comme ça. Un carême entamé avec cet état d’esprit est inévitablement voué à l’échec. Tout régime doit commencer par une réflexion sur soi, son rapport au corps (j’exclue les régimes rendus nécessaire par un été de santé problématique). Est-ce vraiment besoin de mincir. Perdre 4 kilos résoudrait-il vraiment mes problèmes? N’est-ce pas mes habitudes alimentaires qu’il faut commencer par changer ? Et pour une chose aussi importante, un temps de réflexion de 40 jours ne serait pas de trop. Et l’effort de carême n’est certainement pas dans le jeûne ou la réduction des quantités. Au contraire de celui ou celle qui adoptera le menu soupe du soir pour pouvoir consacrer plus de temps à sa famille, ses amis, ‘l’instable alimentaire’ s’écoute s’il prend le temps de cuisiner, de manger à heures fixes et lentement, de redécouvrir le goût des aliments, de s’arrêter un temps en cas de stress et quand la compulsion guette. L’objectif ne devrait pas être de profiter du carême pour maigrir, mais au contraire de stabiliser et de maintenir son poids. Et même d’envoyer sa balance en vacances à Cuba pour 40 jours. Et se donner 40 jours pour réfléchir et s’accepter avant d’entamer un régime quand on est mal dans sa peau, ça n’a rien d’évident.  

Voila pour l’esprit du carême. S’agit maintenant de mettre à profit les quelques dix jours restants avant le mercredi des cendres pour réfléchir à mes petits égoïsmes, et aux efforts que je pourrais mettre en œuvre. Je pressens déjà qu’il s’agit de donner plus de temps, d’abord à mon mari. Suite au prochain épisode. Et vous, comment aller vous changer votre rapport aux objets et aux humains ?

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Jésus, le petit prince et le carême.

Le carême a, dans l’esprit des gens en général et dans le mien si je n’y prends pas garde, quelque chose de punitif. On regarde le calendrier, et, à peine sortie des fêtes, des lumières, des goûts et saveurs de Noël, paf, c’est le carême dans deux semaines. Du temps ou les chrétiens étaient des spécialistes en martifouettage, le carême était perçu comme une longue et austère succession de pénitences pour avoir eu la chance de manger à sa faim pendant l’année écoulée, d’avoir un toit, de vivre dans un pays en paix, etc…  Cela se traduisait par 40 jours de privations en tous genres, consenties, ‘parce qu’il faut’. Parce que réalisées à contre cœur, elles le sont toujours à moitié, et la culpabilité de ‘ne pas tenir’ vient alors s’ajouter à la tristesse diffuse de ce temps. 

Car il ne fallait surtout pas être joyeux. C’était quand même la mort atroce, le jugement et la crucifixion d’un homme-Dieu que l’on préparait, et, pire, il l’avait consenti pour nous et nous ne nous en montrions pas dignes. Re-culpabilité.

Je parle d’un « passé », mais il est un film sorti il y a un an à peine qui reflète tout à fait cet état d’esprit : le carême de la peur, le carême de la culpabilité, celle d’avoir causé, par notre égoïsme et nos péchés, la mort d’un homme (d’un Dieu) dans d’atroces conditions. Il s’agit de La Passion du Christ, le film de Mel Gibson. Je déteste ce film, je déteste tout autant le message sous jacent que la manière dont ce message est mis en image. Et je pense que ce film fait beaucoup de tord à la foi chrétienne, qu’il est un retour en arrière. Comment concevoir un film sur la vie de Jésus qui s’arrêterait à sa mort ??? Quel est l’intérêt de cette débauche de sang, de chairs arrachées, de scènes de torture ? Pense-t-on une seconde que voir cela pourrait m’aider à croire, fortifier ma foi ? Ai-je besoin de ‘voir’ ces souffrances ? La foi engendrée par ce film ne peut être que celle de la peur, certainement pas celle de l’amour. Et je serai bien fol d’embrasser une religion dont le centre est la mythification et la ritualisation d’une mise à mort. Ce film a bien failli me faire partir en courant.

Mais tout est histoire de point de vue. Il n’est pas question de nier les souffrances de Jésus, au centre du 38e jour du carême, le vendredi saint. Comme il n’est pas question de nier que de telles souffrances existent dans le monde aujourd’hui, et parfois bien pires que celle que Jésus à lui-même enduré. Mais ça n’est pas la fin de l’histoire. Sinon, l’histoire n’aurait aucun sens.
 

C’est comme pour le Petit Prince. J’ai entendu un jour quelqu’un dire ‘Le Petit Prince, c’est l’histoire d’un petit garçon qui finit par se suicider’ (peut-être que c’était Mel Gibson qui parlait, ça ne m’étonnerait pas). Et depuis ce jour, la scène du serpent est empreinte d’une irréductible ambiguité. Mais pour moi, le Petit Prince, ça reste l’histoire d’un petit garçon qui, ayant appris la valeur de l’amour, s’en retourne chez lui sauver et faire fleurir le sien.

Pareil pour Jésus. Le carême, c’est un temps qui nous prépare à la victoire de l’Amour sur la mort, à la victoire du pardon sur nos égoïsmes. C’est cela, pour un chrétien, le sens de la résurrection, la « fin de l’histoire ». 

Le carême pour moi, c’est aller au désert pendant 40 jours, s’asseoir, et découvrir que quelque chose rayonne en silence (encore une fois, certains simples n’ont pas besoin de carême pour cela, n’est-ce pas Caco ?).

Et ce quelque chose, c’est cette phrase de l’évangile :
 

« Car si ton cœur t’accuses, Dieu est plus grand que ton cœur »

(1 Jean, 3-20).

Le temps de carême, c’est le temps de cette prise de conscience : celle du pardon, celle de l’amour, celle de la joie. Notre cœur nous accuse, car nous ne sommes pas parfaits, car nous sommes égoïstes, mais nous ne l’écoutons pas toujours. C’est toujours désagréable de faire son examen de conscience. Mais ce temps de désert, de solitude et de silence, c’est l’occasion de regarder en face nos petites et grandes misères. Les regarder en face devient possible, parce que nous savons qu’elles sont pardonnées, que l’amour est plus fort.   

Voila pourquoi nos efforts doivent avoir un sens. Ne s’agit-il pas d’alléger son rapport aux choses pour enrichir son rapport aux autres ? 

Voila pourquoi le carême doit être joyeux. Car n’est ce pas une bonne nouvelle qui se prépare ? 

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Comment décrire la foi ?

C’est impossible, parce que la foi est ce qui reste quand on a enlevé tous les mots, toute la raison, tous les raisonnements, parce que la foi est pas essence indescriptible, inexplicable. Parce que c’est un mystère.

C’est immanquablement ce que vous répondra un croyant. Parce que c’est vrai. 

IL y a quelques mois, un collègue me pose la fameuse question. A ce moment là, je vivais une expérience particulière. Et la conjonction de ces deux hasards me permis de donner une réponse. Une réponse imparfaite, maladroite, mais un indice, tout de même.
 

Imaginez que vous êtes séparés de quelqu’un qui d’important pour vous. Quelqu’un que vous aimez peut-être, mais ce n’est pas forcement nécessaire. Ce peut être quelqu’un que vous respectez, admirez, quelqu’un qui vous interpelle, quelqu’un qui compte, d’une manière ou d’une autre. Mais quelqu’un qui vous aime profondément, vous en avez la preuve ou la certitude, vous le savez, vous le sentez. 

Imaginez que cette séparation dure, longtemps, très longtemps. Au fil des jours, son odeur, ses gestes, sa voix, ses mimiques, son sourire, s’effacent lentement. Vous devez faire un effort pour que son visage vous apparaisse, et c’est de plus en plus difficile. Tout recours à vos sens devient impossible. Durant quelques rares moments, sans aucune raison apparente, sans aucun effort particulier, le voile se déchire le temps de quelques instants. Mais il peut s’écouler des jours, des mois, voir des années sans que tel lumière des sens n’advienne. Même votre mémoire finit par vous jouer des tours.

Mais alors, comment savez vous que cette personne vous a aimé, et qu’elle vous aime encore. D’où vous vient cette certitude, puisque tout ce qui vous raccroche à elle est enveloppé de la nuit des sens, de la mémoire et de la raison la plus noire ?
 

C’est cela, la foi.

Et en étendant jusqu’à l’infini le temps depuis lequel vous êtes séparés, et l’amour qu’il vous donne, alors vous aurez une idée de ce qu’est la foi en Dieu. Car la foi n’est pas d’abord la certitude d’aimer quelqu’un qui se nommerait Dieu, mais celle d’être aimé de lui.

Posté par mowgli nomade à 00:01 - je crois en Dieu. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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