19 février 2007
ptite reflexion sur les ptits bonheurs quotidiens
En lisant les ptits bonheurs du jour chez Mary, je m'interroge sur mon habitude prise un il a un peu pus d'un mois de vous livrer mes ptits bonheurs quotidiens.
j'observe ma liste hebdomadaire s'etoffer de semaines en semaines et je m'interroge.
L'attention portée aux petites choses du quotidien, et la nécessité de ralentir le rythme qu'elle implique, semble les multiplier et ensoleiller ma vie chaque jour. Pourtant, ces derniers mois ont apportés leur lot d'épreuves, probablement les plus pénibles que celle que j'ai pu vivre jusqu'à ce jour. Heureux paradoxe...
il y a très longtemps, j'ai entendu la fille de Valery Giscard D'Estaing (j'ai oublié son nom et ne connait rien de sa vie, si ce n'est cette parole pleine de sagesse) répondre à une question sur le bonheur: parler du Bonheur avec un grand B n'a aucun sens, disait-elle dans mes souvenirs. Dire qu'on n'est "heureux ou malheureux dans la vie" ne signifie pas grand chose. Le bonheur est une succession de petits instants qui tracent une toile de vie.
Cette pensée me taraudait depuis plus de dix ans, et voila qu'elle prend sens.
Les ptits bonheurs quotidiens
Lundi : Il est des journées claires et lumineuses dont le moindre pépiement résonne pendant des années, de ces journées ou la nature est tellement belle que c’est elle, finalement, qui scelle l’amitié qui se noue au cours d’une ballade. Mais aujourd’hui, c’est une de ces journées grises tout du long, un gris dont les nuances sont tellement subtiles qu’il faudrait saisir son crayon dans la minute. Et je ne l’ai pas fait. Et il n’en reste que du mazout.
Mardi : comprendre enfin comment mettre un peu de musique sur mon blog. Faire partager ma foi.
Mercredi : Une rose (cf ce post).
(Allez, encore une fois, on ne s'en lasse pas)
Et la petite souris (rose, décidement) qui est passée à midi dans ma boite au lettre, et qui m’a amené de la farine de châtaigne et du rhassoul.
00h30, la ville entière dors déjà, et je suis devant mon écran, à essayer péniblement d’assembler des mots qui viennent d’une autre langue. Et soudain, dans le silence de la maison, un chant : « la complainte du pov ma’i tout seul abandonné dans son grand lit. »
Jeudi : S’être couché tard la veille, encore. Se lever tard, toujours. Ouvrir le rideau du velux. Etre emporté par un flot de lumière, après avoir presque oublié la couleur du printemps pendant des jours. Mettre la petite table de la cuisine devant la porte fenêtre (plein sud). Ouvrir la fenêtre. Travailler là deux heures, déjeuner, et finir par mettre une petite laine, parce que le fond de l’air est bien celui de février.
Vendredi. Deuxième jour de lumière.
Je me met en quête de quelques photos de mon petit coin de vie (pour ce pots).Il s'agit de décrire "ma ville", et j'ai décidé de la décrire au plus proche, telle qu'elle l'est à quelques pas de ma maison. Tant qu’a faire, pourquoi ne pas en profiter pour chausser mes baskets remisées au placard avec force culpabilité depuis le début de l’hiver, et me désencrasser un peu.
Les premiers rayons du printemps ont fait fleurir les passants. Les rues du village, habituellement désertes, résonnent de cris et pépiements. Les plus jeunes et les plus vieux se dandinent lentement à pieds, taillent un rosier, ou lézardent simplement sur leurs balcons de bois. Les ados et post ados vont à roulettes.
Ni le temps ni la saison n’est idéal pour des photos. Les arbres sont nus de cette couleur verte qui fait le charme inimitable des forêts alsaciennes. Et l’horizon, quoique bleu, est brumeux, comme pour rappeler qu’il n’est pas possible de chasser en quelques heures à peine les derniers lambeaux de grisailles accrochées aux cimes. (qu’est ce que ca me rend bucolique, un rayon de soleil…) Mais tant pis. Après tout, il ne s’agit pas de présenter mon cadre de vie sous son meilleur jour, mais ici et maintenant.
Et ici et maintenant, je la trouve magnifique, la forêt.
Ma petite course terminée, je rentre à la maison avec le sentiment d’avoir accumulé des petits instants de bonheur pour toute une semaine….. pour apprendre que ma belle-sœur vient d’accoucher.
Bienvenue dans ce joli monde, petite Julia. Puisse-tu apprendre à le chérir et le protéger.
Gorgée de lumière, je pourrais ensuite sans regret m’enfermer à la bibliothèque municipale, pour y travailler jusqu’au soir.
Samedi : avoir envie de se terrer, de se cacher sous la couette, de se rouler en boule comme un hérisson, résister, et partir se balader en ville. Ne pas oublier, mais se détendre malgré tout. Faire quelques emplettes, mais pas pour « compenser » la tristesse. Renoncer à quelques mauvaises idées, et acheter des objets auxquels ont pense depuis quelques semaines, qui ont résisté à l’émoussement du désir immédiat, d’une pulsion de possession.
Reste l’envie de faire plaisirs aux deux minots de Gaëlle,
Et à soi aussi : prévoir de racheter l’assiette cassée la semaine dernière du cadeau de Noël du mari le plus apprécié, et, si ca n’est pas trop cher, racheter deux tasses, comme ça ça me fera un service pour 4, je n’en avais pas il y deux mois et depuis ce cadeau, je sors mon petit ensemble vert et mes petits gâteaux fait maison dès qu’une amie passe. La simplicité volontaire, mon regard sur les choses qui change en s’y posant plus lentement et plus longuement, me donne envie de rituels, réclame désormais que la table de tous les jours soit belle, qu’il n’y ait plus de vaisselle « pour les occasions » et de vaisselle « pour l’ordinaire », qu’il n’y ait plus d’ordinaire du tout et que chaque instant soit l’occasion. (et je me prend d’ailleurs à envisager des objets que j’ai toujours cru obsolètes reliques des temps passés, tel un beurrier).
Ca n’est pas trop cher, et c’est même une fin de série en solde à 50% (il ne m’était jamais venu à l’idée qu’il pouvait y avoir des soldes pour autre chose que les vêtements. Et ils ne trichent pas : ce ne sont pas uniquement les créations d’une mode douteuse qui sont soldées), alors en plus, le mari m’offre le sucrier et le pot à lait…. Et un peu (beaucoup) de thé. (le lendemain, j’apprendrais que le goûter de mardi gras, qui devait avoir chez une amie, aura finalement lieu chez moi. Nous serons quatre…..
Dernier achat : le CD d’Antony and the Johnsons que j’avais présenté ici. Parce que si la gratuité est une bonne chose pour ceux qui n’ont pas les moyens (la culture ne devrait pas être un luxe), ces moyens, j’en ai quand même assez. Parce que c’est bien d’écouter de la musique sur radioblog, mais quand c’est la 43e fois que je l’écoute, cette chanson, c’est peut-être le signe que l’achat ne sera pas consumériste, mais un geste d’adhésion, de remerciement. Parce que même si les majors s’en mettent plein la poche, on ne se fait justice à soi-même, et l’artiste à quand même le droit de bouffer (de toute façon l’album est produit par un indépendant, et ca n’est pas comme pour Britney Spears qui n’a plus besoin de vendre de disques pour bouffer, et a que ça rendrait presque service kilogrammenent parlant de boycotter, si j’en crois le dos du kiosque à journaux (c’était ma minute groscon…))
Dimanche : troisième jour de lumière.
Jouer un vieux standard de Jazz, la fenêtre ouverte, le vent dans les voilages.
Fêter Mardi-gras a-t-il encore un sens dans ce monde de surabondance?
Demain c’est mardi gras.
Or, comme l’ont remarqué récemment Caco (là et la), le « gras » à tendance à de nos jours une tendance à s’inviter dans nos vies dans autorisation. Cette fête avait un sens du temps ou le mot « abondance » appartenait aux mythes gréco-romains enseignés à l’école, ou un tiers au moins du pays vivait de la terre, ou la vie était dure, un sens social dans une Venise ou les inégalités étaient criantes, dans un Brésil ou l’on couvre son corps d’or pour oublier la misère. Mais ici, aujourd’hui ? Coincé entre la boulimie de Noël et les indigestions de Pâques, y-a-t-il encore quelque chose à célébrer ?
Pour ceux pour qui ce jour ne précède pas quarante jours de frugalité, c’est peut-être l’occasion d’entrer en résistance passive. Il n’est pas question d’interdir aux enfants les costumes d’or et de lumières qui font des souvenirs impérissables (et des photos qui font la joie de vos témoins de mariage qui vous préparent un discours carabiné), mais une fois gavés de couleurs et de sons, pourquoi ne pas proposer une soirée calme, autour d’une soupe, d’une purée, de quelques pommes de terres, à la lueur des bougies (puisque l’initiative d’éteindre ses lumières a été l’occasion de jolis moments familiaux.)
Pour ceux qui entrent en carême le lendemain, ce serait dommage de l’avancer d’une journée. Mais il y a bien une solution. Le mardi gras était la fête des papilles, et nos récurrents gavages n’y ressemblent plus en rien. Retrouvons ce sens du mardi gras, en choisissant avec soin quelques produits de saison et/ou bio, préparés avec simplicité, et savourés chacun avec petites quantité autour d’une belle table avec quelques amis.
Pour moi, ce sera crêpes à la farine de châtaigne, coulis de mandarine, coulis de rhubarbe (décongelé pour l’occasion), et confitures en tous genres….






