21 février 2007
Quarante jours au desert.
"J'ai toujours aimé le desert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. on n'entend rien. Et cependant, quelque chose rayonne en silence.....
"Ce qui embellit le desert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puit quelque part...."
Et, marchant ainsi, je découvris le puits au lever du jour." (Antione de Saint Exupéry).
Les quarante jours du carême font écho aux quarante jours que Jésus passa au désert. Là, il y fut tenté à trois reprises par Satan.
J'ai toujours eu du mal avec cette idée qu'il existe un satan, un mal indépendant de notre humanité. A mon sens, l'homme est déjà capable de suffisament de crimes, et c'est contre son propre mal qu'il a a lutté au quotidien. Quand je lis la tentation de Jésus au desert, ce magnifique récit d'initiation, j'y voit donc un combat de Jésus contre le mal de l'humanité à laquelle il a choisi d'appartenir.
Les athés considéreront ce texte comme une parabole (et Jésus aimait beaucoup celles-ci), une image peut-être, mais le texte n'en pert pas pour autant sa pertinence tranchante. Lire quelles sont les tentations que Jésus affronte peut nous aider à identifier nos sombres penchants, en ce temps d'écoute et de reflexion:
"Après son baptême, Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain: il fut conduit par l'Esprit à travers le désert puis, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon.
Il ne mange rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors: «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.» Jésus répondit : «Il est écrit: Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre.»
Le démon t'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit: «Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela.»
Jésus lui répondit: «Il est écrit: Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras.»
Puis, le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit: Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder; et encore: Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. «Jésus répondit : «Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.»
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé..» (Luc, 4, 1-13)
-Croire que l'homme ne vit que de pain, qu'il sera comblé dès lors qu'il aura satisfait les désirs de la chair.
- La tentation de la puissance, de la domination, de l'orgueil.
-La tentation de se prendre pour Dieu.
Souviens toi que tu etais poussière et que tu redeviendras poussière.
Aujourd’hui, c’est le mercredi des cendres, portée d’entrée en carême. Le sens de ce jour peut, je pense, parler aux chrétiens, mais aussi à tout croyant et athée.
La liturgie d’un office chrétien se compose en général de trois lectures, qui servent de base à la médiation. Morceaux choisis :
«Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! » (Jl, 2, 12).
« Laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (2Co5,20)
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
Ainsi, quand tu fais l'aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
(Matthieu 6, 1-6, 16-18).
Puis l’imposition des cendres. Le prêtre ou le pasteur forme un signe de croix sur le visage de chacun avec le la cendre en prononçant ces paroles : « Souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Chez les orthodoxes, vient ensuite le temps du pardon. Chaque membre de l’assemblée s’agenouille devant tous les autres (ca prend du temps), frappe sa tête contre terre, et dit « je te demande pardon, mon frère, parce que j’ai pêché contre toi » (je ne suis pas certaine que ce soit la phrase exacte, ce sont mes souvenirs d’une cérémonie des cendres orthodoxe il y a quelques années), et l’embrasse.
L'imposition des Cendres peut, je crois, resonner en chaque homme, qu'il soit croyant ou non. Il s'agit pour l'homme de se remettre en perspective dans la création. Nous sommes cendres, nous sommes peu de choses finalement, et nous ferions donc bien de commencer à élargir notre champ de vision au delà de notre nombril, de lever la tête. Le geste des cendres pourra donc être source de reflexion de celui qui perçoit vaguement que cette "création" est en danger, parce que l'homme a outrepassé sa place.
Pour le chrétien, il ne s'agit pas seulement seulement de lever la tête vers le monde, mais aussi de lever la tête vers Dieu, et, de là, vers l'autre. "Recevoir les Cendres nous rappelle que nous ne sommes rien sans Dieu" (C Ponsard).
Recevoir les cendres, c'est regarder ses péchés en face. dans un environnement aujourd'hui largement athé, les mots de "péché", "pécheur" font sourire. je ne vois vraiment pas pourquoi. s'il y a bien une experience que nous partageons tous, croyants ou non, c'est celle d'être pécheur..... à condition de comprendre ce que cela signifie. Le péché n'est pas un manquement à une règle, ni même à un code moral. C'est un manquement à l'amour, l'amour de l'autre, et en sus l'amour de Dieu pour un croyant. Un manquement à l'amour. est-ce que je parle ici une langue dépassée???
Recevoir les cendres, c'est donc prendre conscience de notre misère, de notre égoïsme. Mais il ne s'agit pas de se lamenter, d'être abattu, dégouté de soi, car nous ne sommes pas seuls. Il y a toujours une source d'amour vers laquelle retourner (je ne sais pas trop comment les athés peuvent concevoir cette source, je veux dire, d'ou vienne leur foi en l'homme si faillible. J'ai toujours été profondément frappé par les humanistes athés: ou trouvent-ils cette confiance que, seule, je ne saurais maintenir en l'homme? J'aimerai avoir des témoignages la dessus, vous qui passez....)
Recevoir les cendres, c'est entrer dans une démarche de conversion."Convertissez-vous, car le royaume de Dieu est proche", disent les textes du jour.
Je laisse ici parler, une fois de plus, Christine Ponsard: "la conversion n'est pas un exploit à reussir. Même si elle se traduit nécessairement actes, elle ne consiste pas à gravir quelques degrés supplémentaires sur l'échelle de la vertu, mais à descende un peu plus profondément dans notre pauvreté."
On ne peut donc pas entrer dans le carême à la force du poignet. il ne s'agit pas de se fermer, se rigidifier, serrer les fesses et se lancer dans des privations en guettant le faux pas, il s'agit au contraire de se décentrer, de s'abandonner, de se laisser guider par Dieu ou, pour un athée, par une voix qui résonne en soi, et qui imanquablement est celle de l'amour. Il s'agit d'écouter....

