Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

25 février 2007

Ptits bonheurs quotidiens et apport de la simplicité volontaire

Lundi: me lever tard après m'être couché à trois heures. Faire chauffer de l'eau, passer la porte du bureau un mug fumant à la main, slalomer entre les pages d'anglais (langue dans laquelle j'écris) biffées et raturées, et m'assoir devant mon portable eteint et fermé. Sur l'écran, il y a un post-il gentiment rédigé par le mari le matin même pour me dire son amour... in english, please!

Que le mari me dise que depuis un mois, je "gronde" moins; il ne faut pas confondre gronder, et s'engueler. S'engueler, ca arrive ni plus ni moins que dans les autres couples, et comme on n'est pas rancuniers, ca ne pose pas de problème. Gronder, c'est la complainte de la pauvre femme moderne qui finit par se rendre compte après un temps de vie commune que le partage équitable des taches, ca sera pour quand on aura une réplique de la tour effeil sur mars. Se traduit par un pétage de plomb hebdo, sur l'air de "je suis pas ta bonne, j'en ai ral bol" (Pétage de plomb complètement inutile au demeurant: le mari ne passe pas l'aspirateur spontanement, mais il le fait gentiment (à défaut de le faire de bon coeur) quand on lui demande et qu'il est là. Et l'employeur du mari n'est pas de ceux avec qui on peut négocier une présence plus fréquente pour un partage des tâches plus équitable. Ca, je le savais en me mariant. J'avais ka pas.)

Si je gronde moins, c'est non pas parce qu'il y a moins de choses à faire, mais parce que "me taper toutes ces corvées" a été remplacé par 

-"cuisiner des produits frais et de saison qui mettront mes papilles en fête et me laisseront l'estomac plus léger",

-"ranger pour mieux utiliser et faire entrer la lumière dans mon salon/ma chambre",

-"nettoyer parce je travaille mieux dans une pièce qui sent la fraicheur, et que j'adore marché pieds nu sur les carreaux sans ramasser toute la poussière de la semaine",

-"repasser avec deux ou trois goutes d'huile essentielle de lavande pour faciliter les matins difficiles et inventer de nouvelles combinaisons vestimentaires"...

-... et m'aperçevoir que prendre le temps de m'investir dans ces tâches ne m'empêche pas de corriger mes copies, préparer mes cours, rédiger un papier, et même de mettre eun coup d'accélérateur en cas de coup de bourre. Me souvenir que de toute façon je n'ai jamais bossé dans l'urgence, que je n'ai jamais été capable de travailler 16 heures par jour, que je ne me suis jamais forcée à travailler quand je n'en avais pas envie, que mon travail s'est toujours nourri de mes observations et médiations sur le genre humain, la vie quotidienne. Et que je n'ai pas à rougir du résultat. Vous connaissez l'histoire du lièvre et de la tortue. (et au passage que c'es une chance d'avoir un job qui me permette de respecter mon rythme naturel pourvu que le résultat soit là. je sais que ce n'est malheureusement pas le cas de la majorité de mes congénères...)

Inombrables bénéfices de la simplicité volontaire.   

Mardi: Faire entrer un mardi gras dans les annales de mes papilles avec une recette toute simple: crêpes à la farine de chataigne, coulis de mandarine (suffit que faire cuire des quartiers de mandarine avec du sucre, (pas besoin d'eau, ca en rend suffisamment), et une étoile de badiane (ou n'importe quel épice avec un goût anisé ou un goût tout court). Rajouter eventuellement une cuillère à soupe de fécule de pomme de terre si c'est très liquide, et mixer le tout). Se réjouir à l'idée que ca me donnera envie d'être en hiver, au lieu de songer nostalgiquement à la débauche de pêches, cerises, abricots et consors de l'été.

Mercredi: les lumières et l'ambiance recueillie, mais pas triste, dans laquelle je pénètre mercredi soir pour la messe des Cendres. Le ptit bonhomme d'une amie qui arrive aux bras de sa maman avec retard, et qui, en plein milieu de la lecture, me montre du doigt du fond de l'Eglise et s'exclame d'une voie forte et joyeuse: "je veux là".

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Jeudi: Se rapprocher des produits bruts produits par la terre. Cuisiner pour la première fois de "vrais" épinards. L'experience n'avait pourtant pas bien commencé. Il en fallait un semi-remorque pour une toute petite recette de lasagnes vertes, il fallait les laver (une citerne d'eau) et les stocker une nuit au frigo (comment faire rentrer la serviette éponge entre une brique de creme fraiche et une boite d'oeuf), les équeutter (je vous ai dit que j'avais un article a écrire pour dans bientôt?), et trouver une casserole assez grand pour contenir tout ça. Constater que cette verdure n'a somme toute aucun gout et aucune odeur. Et grommeler que si la simplicité volontaire doit me transformer en brouteur d'herbe, c'est vraiment la misère.

Mais finalement, fierté... (au lecteur-fée-du-logis qui hallucinerait de me voir sauter de joie à la pensée d'avoir réussi à cuire un kilos d'épinard frais, je répondrais qu'il ne faut pas sous-estimmer ce dont le misérable thésard est -ou plutôt n'est pas- capable).

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Et un plaisir pour les papilles. J'ai utilisé ma verdure dans une recette de lasagnes aux épinards et aux chèvre, sur une idée originale de Kerta (qui a toujours des bonnes idées cuisine), en mixant avec quelques idées glannées sur supertoinette (recette avec photo, genre les épinards pour les nuls), en transformant finalement complètement les ingrédients et les proportions comme d'hab.

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Vendredi: Réussir à réécrire la sous partie la plus merdique de son papier. Se coucher -tôt - pensant qu'effectivement, ce qui se concoit bien s'énonce clairement.

Samedi: Juste terminer debout une journée difficile. En ayant tenu ses engagements. En n'ayant pas compenser par une alimentation anarchique (ma clope à moi). En n'ayant pas été trop insupportable avec le mari.

Dimanche: M'apercevoir en préparant le déjeuner que j'ai pile poil bien calculé ma semaine, que je ne serais pas obligée d'emmener trop de choses dans mon sac à Paris demain (Est-ce que les citrons peuvent se garder dans le bac du frigo 10 jours? est-ce que le lait de riz se congèle?). En particulier, ne pas avoir à me trimbaler avec un chou dans le train comme je l'avais cru (le chou rejoindra ce soir mon congelateur sous la forme suivante:

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Si on ne peut même plus rigoler...

Tout là-bas, au fin fond des tréfonds inexplorés et mal famés du bout du bras oriental de la Galaxie, traîne un petit soleil jaunâtre et minable.

En orbite autour de celui-ci, à la distance approximative de cent cinquante millions de kilomètres, se trouve une petite planète bleu-vert et totalement négligeable dont les habitants –descendus du singe- sont primitifs au point de croire encore que les montres a quartz numériques sont une vachté de chouette idée.

           Cette planète a –ou plutôt elle avait- un problème, à savoir celui-ci : la plupart de ses habitants étaient malheureux la plupart du temps. Bien des solutions avaient été suggérées mais la plupart d’entre elles faisaient largement intervenir la mise en circulation de petits bouts de papier verts, chose curieuse parce qu’en définitive ce n’étaient pas les bouts de papier verts qui étaient malheureux.

            Et donc le problème subsistait ; des tas de gens se sentaient minables et la plupart étaient effectivement misérables –y compris les possesseurs de montres à quartz numériques.

            Un nombre croissant d’entres eux partageait cette opinion selon laquelle leur plus grosse erreur aurait été dès le début de descendre des arbres. D’aucuns mêmes affirmaient qu’avec les arbres, déjà… et qu’on aurait mieux fait de ne jamais quitter les océans.

            Et puis, un beau jeudi, près de deux milles ans après qu’on eut cloué un homme sur un arbre pour avoir dit combien ça pourrait être chouette de se montrer sympa avec les gens, pour changer, une fille assise toute seule dans un petit café de Rickmansworth compris tout soudain ce qui ne tournait pas rond depuis le commencement et vit enfin comment on pouvait faire du monde un endroit agréable et chouette. Cette fois, c’était la bonne, ça marcherait et on n’aurait plus besoin de clouer n’importe où n’importe qui.

            Mais hélas avant que la jeune fille n’ait eu le temps de trouver une cabine pour téléphoner à quelqu’un la nouvelle, une terrible catastrophe survint et l’idée se perdit à jamais.

            Ceci n’est pas l’histoire de cette jeune fille.

            Mais celle de cette stupide catastrophe et de quelques-unes de ses conséquences.

Premières phrases de Le Guide du Voyageur Galactique, H2G2,I., Douglas Adams, Folio SF.




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