Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

15 janvier 2008

Un second accouchement

Février 2004 : J’entend son nom pour la première fois. J’étais en DEA. C’est mon directeur de thèse qui m’a conseillé de lire un de ses bouquins pour mon mémoire. Je me souviens, j’ai du noter son nom sur un bout de papier.

J’ai été à la bibliothèque. J’ai appris que sa femme avait reçu le prix Nobel de la paix. Un couple de prix Nobel, ça alors. J’ai trouvé une biographie de sa femme, par sa fille. C’est la première chose que j’ai lu sur lui. Lui en filigrane, au travers de sa femme. Depuis, j’ai lu les biographies écrites par ses deux autres enfants.

J’ai lu le livre conseillé par mon directeur de thèse. Son premier livre. Il avait 31 ans. Puis son best seller, celui des années 40. Puis son second livre important, années 60. Beaucoup de changements dans sa pensée. Il avait découpé lui même sa vie en 3 périodes, et on avait coutume de l’étudier comme trois chercheurs différents. Mais je n’y croyais pas, on ne se renie jamais complètement. Il y a des ruptures et des fils, des liens, dans une vie, ca faisait partie de ma thèse. Et justement parce que savait que l’année suivante, j’allais poursuivre en thèse, j’ai décidé qu’il ferait l’objet de mon premier chapitre. En juin j’ai soutenu mon mémoire de DEA sur lui.

En septembre, j’ai essayé d’écrire mon premier papier en anglais à partir de ce mémoire. C’était mauvais, très mauvais, presque illisible, mais ça je ne l’ai su que bien des versions plus tard. Mon directeur de thèse ne m’a pas laissé d’illusions, mais m’a encouragé.

Après ma seconde version, j’ai décidé qu’il ne pouvait pas y avoir de demi mesure. Si je voulais montrer la continuité et les ruptures de la vie et de la science d’un homme, montrer les influences réciproques entre la vie et science, justement, il me fallait étudier toute sa vie. Même la période ou il n’écrivait qu’en suédois. Alors j’ai appris le suédois. Et en février de l’année suivante, je suis partie à Stockholm, dix jours, visiter ses archives.

Il faisait – 20°. Je dormais sur une péniche rouge, dans un dortoir. Le matin je prenais deux bananes et un lait fraise dans un café internet, je n’avais pas de quoi me payer autre chose, la nourriture est très chère la bas. Le soir en sortant, j’allais prendre en chocolat chaud et une part de tarte au pomme à la maison du peuple. J’avais bien fait de prendre mes après skis. Je me promenais les pieds dans la neige, la tête dans sa vie. Il y avait la détresse aussi. Celle de bosser 8 heures par jour, soit dans une langue non maitrisée, soit sur un support non maîtrisé (putain de microfilms). Et la contemplation du bleu de Klein, si bien mis en valeur au musée d’art moderne. Et l’emerveillement devant la carcasse du Wasa.

Et puis je suis rentrée, j’ai passé l’été les mains dans le cambouis, à traduire des pages et des pages de suédois (et d’allemand aussi, tant qu’on y est). A les traduire en anglais, sinon c’est pas drole. Et j’ai refait 2 ou 3 versions.

Et puis j’en ai eu marre, j’ai laissé reposer. Je ne le supportais plus. J’ai commencé à travaillé sur un autre économiste. J’ai refais une version en mars, et cette fois mon directeur de thèse a jugé que c’était suffisamment bon pour être présenté en colloque. Mon premier colloque international, à Porto, c’était encore avec lui. Mon premier PowerPoint, ma première trouille devant le référé, mon premier trac oublié après deux minutes, la passion.

Mais j’avais cru trop vite que c’était gagné. L’oral était brillant, mais l’écrit toujours assez obscur. Découragement. Je veux tout arrêter. Le directeur de thèse m’engueule. La lâcheté, c’est de rester au pied du mur sans avoir essayer de l’escalader. Il m’ordonne de mettre de coté l’article, et tout l’été je ne travaille que sur un squelette. Etre capable de dire en une phrase ce qu’il y a dans chaque partie, chaque sous partie. Jusqu’à la clarté. Puis encore une ou deux versions.

Premiers commentaires de chercheurs étrangers. Le contenu y est, mais il faut resserré la narration. Quand je l’ai repris en janvier dernier, je savais exactement quoi faire. Je l’ai réécrit, et je l’ai enfin soumis. J’étais déjà enceinte.

J’ai attendu six mois, et alors que j’avais passé les è mois et demi, j’ai reçu la réponse. Bien mais un peu long.

Ultime révision. Je compte, j’ai trois semaines avant l’accouchement. Je veux avoir fini. Je veux accoucher de ça aussi. Ca fait trois ans et demi que je le porte. Je reprend chaque phrase, chaque mot, et je supprime le redondant. Qu’il n’y ait une fois chaque idée, de la manière la plus claire et la plus concise possible. Une narration nerveuse. Et alors que je n’ai plus que l’anglais à améliorer, j’accouche. En avance.

De retour de la maternité, je me dis que si ca n’est pas maintenant, ce ne sera pas avant des mois. J’ai de la chance, j’ai de longues périodes de solitude, une main sur le tire lait, à occuper. Alors je corrige, je m’évade quelques instants par jour de la joie, des pleurs, de l’émotion, des couches, de la contemplation de ce petit visage tout fripé. Les brumes de fatigues ne se déchirent pas totalement, et c’est un peu dans le brouillard que j’achève le texte. J’ai coupé d’un tiers. J’ai peur d’avoir sur-corrigé, que la fatigue ait détruit la fluidité, que ca ne soit trop haché. Trois semaines après l’accouchement je le renvoie quand même.

Décembre 2007 :

Dear Mrs Mowglinomade,

Both of the referees are now in favor of publication. As such, I am very pleased to be able to accept the paper for publication in our journal.....

Posté par mowgli nomade à 14:52 - Misérable thésard - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Comment j’ai foiré mon allaitement ?

Ca me laisse un goût amer. Définitivement. Mais qui est tempéré chaque fois qu’elle s’y prend à plusieurs reprises pour saisir la tétine du biberon. Par ce que, quoi qu’en disent les docs et biens pensants, téter n’est pas inné. Pas toujours. Pas chez elle. Et en larmes, en pleine montée de lait, après une séance d’allaitement particulièrement douloureuse pour moi (et pour elle), et après consultation de 15 sages femmes, dont une spécialiste en allaitement, il a bien fallu s’y résoudre.  L’ensemble de mes relations avec mon premier enfant durant ses premiers jours ne pouvaient pas continuer à ses résumer à des dents serrées, des larmes, de la douleur. « Elle met la langue au dessus et elle pince, il faudra plusieurs jours pour lui apprendre » (sisi, et je vous assure que j’ai eu affaire à des gens compétents (pas au tout début malheureusement), que j’ai tout essayé (y compris de lui reproposer dans les semaines suivantes, mais je connais une femme pour qui cela a marché. Défiez vous donc des imprécations d’ayattolas : « jamais un biberon ou l’allaitement est définitivement compromis ». C’est mieux sans, mais je connais un bébé qui est passé au sein après deux semaines de biberon, et pour six mois). Oui mais là ce n’est plus possible, et puis vous ne serez plus là demain pour me donner des conseils. Et puis deux mois plus tard, même au biberon, ca n’est toujours pas maitrisé.

Parce qu’en matière d’allaitement, toutes les vérités sont bonnes à dire:

-oui, le lait maternel est meilleur pour les enfants. Ayant sevré le mien sur un mois, j’ai pu observé à quel point elle préfèrait le lait maternel au lait artificiel quand on lui proposait alternativement les deux. Et les problèmes de constipation et de coliques ont commencé quand plus de la moitié du lait a été artificiel.

-non, tous les enfants ne savent pas « naturellement » téter au sein. Même quand on est patient, même quand on ne donne pas de tétine, même quand on ne donne pas de complément (qu’on tire son colostrum et qu’on le donne à la pipette).

-oui, la promotion de l’allaitement est une bonne chose. N’empêche, attention à toutes les formes d’inquisition. Ne pas pouvoir allaiter est une immense souffrance, et une partie de cette souffrance vient de la honte du regard de celles qui « elles, sont des bonnes mères ».

-si, il existe une troisième solution. Que j’ai adopté. Et pourtant j’ai commencé par la rejeter fermement. « Non, vraiment, je ne vois pas l’intérêt de tirer mon lait. J’aurais l’impression d’avoir les désavantages des deux solutions. C’est contraignant, j’ai un contact avec un machine au lieu d’avoir un contact avec mon bébé. »  Et c’est là que je remercie les sages femmes qui m’ont accompagnées dans ma démarche, avec qui j’ai pu discuté de mes choix. Parce que finalement, ce qui aurait été frustrant, c'aurait été d’avoir tenu bon jusqu’à cette montée de lait niagaresque, et de devoir prendre des médicaments pour l’arrêter. Parce que le contact, on peut le trouver autrement. Parce qu’elle aura quand même eu mon lait pendant le premier mois, et qu’elle a ainsi pu passer au travers des épidémies de grippe et de gastro qui ont ravagé la région. Parce que des tire lait discrets, pratiques, et sans douleur, ça existe ( medela à la maternité, et ameda lactaline loué (et intégralement remboursé par la sécu) à la pharmacie, tout petit, efficace, sur pile ou sur secteur, avec une petite glaciere, dans un petit sac à dos noir discret)).  Parce que ces moments ou je devais tirer mon lait, j’en ai fait des moments à moi, dans le calme et le silence, seule (et on est rarement seule dans les semaines qui suivent l’accouchement), permettant au papa et au bébé de faire connaissance sans l’intervention de la maman, et parce que ces moments ont même produit quelque chose (j’en reparlerai dans un post ultérieur).

Mais le choix de cette solution suppose pas mal d’aide. Parce qu’il faut donner le biberon et tirer son lait, et que si on est seule (ce qui a rapidement été mon cas, l’homme étant rapidement rattrapé par son devoir…), on ne prend pas le temps de s’alimenter ni de dormir assez et la production se tarit rapidement (la stimulation procurée par le tire lait n’est jamais aussi efficace que celle du bébé. Il faut donc tirer son lait souvent et longuement pour entretenir la lactation). 

Ca ne remplace pas un allaitement. Mais on ne me l’a pas volé. On n’a pas donné de biberon de complément à mon bébé derrière mon dos, j’ai pu la nourrir à la pipette jusqu’à ce que ma décision soit prise, j’ai reçu l’aide de nombreuses sages femmes, dont femme spécialiste en allaitement (et c‘est bien dommage qu’elles ne soient pas toutes formées comme cela, quelle compétence). Je sais donc que ça ne marche pas toujours, que ça n’est pas « ma faute », et je garde ma volonté d’allaiter intacte pour les prochains. Et quand même un peu de ressentiment envers tous ces blogs et sites, qui, avec l’intention (louable) d’orienter les femmes vers un accouchement et des suites plus naturelles en arrivent à culpabiliser celles qui ne font, ou ne peuvent faire, intégralement ce choix.

Posté par mowgli nomade à 07:02 - Bébé vert - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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14 janvier 2008

Mon projet de naissance

J’avais fait un projet d’accouchement.

Evidemment, rien ne s’est passé comme prévu.

Pourtant, je crois pouvoir dire que cette initiative a été un succès.

Parce que le but, c’était finalement d’établir un contact avec l’équipe soignante, de nouer un dialogue, qu’on m’explique, qu’on ne fasse rien derrière mon dos, que mon accouchement ne m’échappe pas.

Et au total, c’est bien moi qui ait accouché :

-sous péridurale, mais c’était prévu (pour des raisons de santé, et ça n’a pas été superflu). Mais après 10 heures de contractions librement gérées (avec ballon et bain –génial le bain-), et très faiblement dosée (à tel point qu’elle n’a absolument pas marché la dernière demi-heure, et que j’ai pu me lever immédiatement).

-avec une poche des eaux percée artificiellement à la fin, mais avec mon consentement, et au moment ou j’ai fait le choix de garder mes forces pour l’expulsion ( qui fut en conséquence rapide, efficace, et sans episio).

-avec un mari libre de ses gestes et allées et venues, qui a pu s’occuper du bébé au cours des soins post accouchement

-avec une première tétée quelques instants après l’accouchement (il semble qu’on ne donne plus de bain au bébé après l’accouchement, parce que ca risque de le refroidir inutilement et qu’il n’est pas sale de toute façon). 

Voilà mon projet. Il répond à mes peurs et mes questions, qui ne sont pas forcement les votres, qui avez entendu d’autres témoignages, qui avez déjà une ou plusieurs expériences. Il permet de se préparer, de nommer ses souhaits et ses craintes, de faire participer le papa à une préparation souvent assez technique et assez intime. Et le corps médical y est de plus en plus sensible : ayant été prise de court (les premières contractions ressenties durant la grossesse durent les bonnes, avec quelques semaines d’avance), j’en avais complètement oublié ce projet en arrivant à l’hôpital. Mais l’ayant glissé dans mon dossier médical, la sage femme de garde l’a lu attentivement, ainsi que toutes celles qui m’ont suivies par la suite. Je n’ai pourtant pas accouché dans un hôpital spécialement réputé pour ses pratiques naturelles.

edit: suite à certains commentaires, je précise que ce projet de naissance avait pour but d'anticiper les mauvaises pratiques que famille et amies m'avaient rapporté. J'ai accouché à l'hopital de Saverne, ou le personnel était dans l'ensemble très à l'écoute et très ouvert, comme un des commentaires le confirme. je ne pense pas qu'on aurait donné une tétine ou des biberons de complément sans mon autorisation, mais je sais que ca se fait encore aujourd'hui dans bien des mater.

PROJET DE NAISSANCE

Bonjour, c’est mon premier accouchement, et, étant anxieuse de nature, je souhaitais faire part à l’équipe médicale qui va me suivre de mes souhaits en ce qui concerne l’accouchement et les quelques jours que mon bébé et moi passerons à l’hôpital.

J’ai pleinement conscience que ces choix ne pourront s’appliquer que si la santé du bébé et la mienne le permettent, et je souhaite bien évidemment que tout soit mis en œuvre pour nous préserver. Dans le cas ou vous devriez prendre des décisions allant contre le projet de naissance, je souhaite cependant en être informée, et que les choix qui me sont offerts étant donné ma situation et celle du bébé, les risques encourus, et les avantages me soient exposés.

Ma plus grande peur est en effet que mon accouchement, les premiers instants avec le bébé, les premiers jours, l’allaitement « m’échappent » suite à un manque de communication avec l’équipe médicale. Je ne suis pas moi-même personnel médical et je ne souhaite pas me substituer à vous, mais je préfère que l’on m’explique à tout instant ma situation, celle du bébé, les décisions qui sont prises, et pouvoir participer autant que possible à ces décisions. C’est le silence que je redoute le plus, j’ai besoin de communication, quelque soit la gravité de la situation.

L’accouchement.

-le père : je souhaite que le père soit livre d’assister à la totalité de l’accouchement ou puisse sortir de la salle à n’importe quel moment s’il le souhaite sans pressions dans un sens ou dans l’autre. Je souhaite qu’il soit informé d’éventuelles complications, d’une césarienne, ect…, et que si mon état de santé ne me permet pas un contact immédiat avec le bébé il puisse se substituer à moi.

-le travail :

Je souhaite pouvoir rester libre de mes mouvements aussi longtemps que je le souhaite.

Je souhaite une péridurale, mais je souhaite être informée de toutes les substances qui pourraient m’être injectées par perfusion.

Je souhaite que ne soit pas pratiquée une épisiotomie systématique, et que mon consentement soit explicitement demandé dans le cas ou elle vous semble nécessaire.

-les premières heures :

Je souhaite pouvoir rester quelques heures avec le père et mon bébé en salle d’accouchement, après que les premiers tests de santé aient été effectués. Je refuse que mon bébé soit changé de salle sans mon autorisation.

Je souhaite pouvoir l’allaiter dès les premiers instants après l’accouchement et recevoir l’assistance du personnel médical si j’éprouve des difficultés. Si c’est impossible étant donné mon état de santé, je souhaiterais être assistée pour pouvoir tirer mon lait et lui donner.

Mon séjour à l’hopital avec le bébé

Je souhaite pouvoir garder mon bébé dans ma chambre en permanence sauf si j’en fait explicitement la demande, me sentant trop fatiguée.

Je ne souhaite pas que des soins soient apportés à mon bébé (vaccins, bain) sans en avoir donné mon consentement si je ne peux pas être présente.

Je souhaite allaiter mon bébé et espère recevoir un soutien technique et psychologique de la part de l’équilibre médical. Je refuse formellement que des compléments, des biberons de quelque sorte ou une tétine soient donnés à mon bébé sans mon consentement.

Posté par mowgli nomade à 23:51 - Bébé vert - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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