Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

12 août 2008

Après le discours au sommet de la terre de Rio....

Nous avons tous vu cette vidéo ou une enfant de 12 ans interpelle les décideurs de l’ONU au sommet de Rio de Janeiro en 1992, sur l’état de la planète et le futur réservé aux enfants, vibré sous la force des mots, servis par une élocution parfaite ( sur youtube au cas ou) 

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Pour y croire plus fort, on a souvent besoin que ces moments de grâce restent désincarnés, on a besoin de ne rien connaître de leur auteur, car ils y perdraient une partie de leur magie, de leur force de persuasion. Ce n’est pas mon cas (et c’est peut-être la raison pour laquelle je suis devenue historienne). Je me suis immédiatement demandée ce qui avait poussé un enfant à s’engager ainsi si jeune, sentant que ces mots si lourds devaient puisé leur poids dans une conviction durable, déjà ancienne (à douze ans…).

C’était il y a 16 ans, et je me suis demandée ce qu’on pouvait faire après ça, et si, déjà consciente de la fragilité du monde et de l’égoïste de ceux qui l’habitent à un age ou je devais être plongée dans le monde imaginaire de Tolkien, elle n’avait pas depuis plongée dans le découragement.

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Elle s’appelle Severn Cullis-Suzuki (sa bio wiki en anglais, et en français), elle est Canadienne. Elle a de qui tenir, puisqu’elle est la fille du généticien et activiste vert David Suzuki, à l’origine de la fondation du même nom pour la pour la vulgarisation de la science et de l’environnement. A 9 ans elle fonde l’Environment Children Organization (ECO) destiné à rendre les autres enfants sensibles aux problèmes environnementaux et à les éduquer. C’est dans ce cadre qu’elle rassemble avec d’autres membres d’ECO de l’argent pour pouvoir partir au sommet de Rio délivrer le discours que l’on sait.

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Depuis, elle qui se définit avant tout comme une « environmental activist » n’a jamais dévié de sa ligne. Diplomée en biologie de Yale, elle fut conseillère de Kofi Annan, a crée un groupe de reflexion, « the Skyfish Project » insistant sur la notion de responsabilité environnementale,a animé une émission de TV sur la nature pour les enfants, et se spécialise actuellement en ethnobotanique.

Il n’est pas difficile de trouver des interviews et des comptes rendus de conférence de la jeune femme à tous les ages (un exemple en 2003). Elle n’a pas perdu sa foi, ni ses qualités d’oratrice. Et pour faire pendant à son discours de 1992, voici une de ces plus récentes interventions (en trois parties), au cours d’une conférence dédiée à l’enseignement du changement climatique. 

Dans certains cas, savoir qui se cache derrière tue la magie. Ici, en ce qui me concerne, savoir que ce discours n’est qu’un moment dans une vie entière dédiée à la protection de l’environnement, à la formation des enfants et des étudiants, à mettre les citoyens devant leurs responsabilité fait rentrer dans l’age adulte. Et bien que je n’ai pas une âme d’activiste et ne m’en sente pas coupable, j’aimerai pouvoir dire dans 16 ans qu j’ai toujours la même passion et les mêmes convictions chevillées au corps. 

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07 août 2008

Montagnes Russes

Trois mois sans écrire ici. Parce que j’ai écrit ailleurs, un peu. Parce que l’humeur était fragile, beaucoup. A peine je jette un œil sur la boussole pour tenter de me saisir que l’aiguille à déjà viré à 180°
 

En juin pourtant, le temps était stable, mais gris, brumeux, gluant. Impossible de lever un doigt pour le poser sur un clavier, que ce soit pour faire avancer la science ou ce blog. J’attends un poste qui ne vient pas, pour de mauvaises raisons. Pas la bonne affiliation, pas la bonne spécialité, pas les bonnes relations. Je me pose milles questions, un peu comme un enfant gâté qui découvre que la vie c'est injuste, comme elle le repetait à longueur de journée vers ses douze ans (et gagnant au passage le surnom de Calimero).

On me dit de ne pas prendre les choses personnellement, mais c’est exactement ce qui est jugé ici, mes choix personnels. J’ai un bon dossier, mais je ne le présente pas dans ma fac d’appartenance, car j’ai refusé le célibat géographique, refusé de prendre mon enfant sous le bras et de le ramener dans un 15m2 en banlieue parisienne, loin de son père. Quand à mon choix de sujet, pas assez « scientifique » (ça n’est pas de la « science dure » l’histoire. La science ici, c’est de casser des équations). Vingt fois j’essaie de séparer cette déconvenue de ma thèse qui s’approche lentement (trop) de son point final, de me dire que ce n’est pas si terrible de reprendre six mois de congé parental pour la finir, que je ne l’ai pas commencé « pour avoir un taf » mais par passion, et que c’est donc par passion que je dois la terminer. Rien n’y fait. Impossible de me remettre à écrire. Impossible de me lever de mon canapé, je suis paralysée. C’est que le malaise est plus profond. Je dors et je mange n’importe quoi à n’importe quelle heure, la cuisine est dans un état de délabrement à l’image de mon estomac, je suis seulement capable de m’occuper correctement de mon chtig, mais là encore cette joie de l’innocence qui prend aux tripes est incapable d’agir sur mon malaise. Probablement parce qu’elle y participe d’ailleurs. Je suis malheureuse de cette inactivité forcée qui s’annonce, mais qui me permettra de rester auprès d’elle ; je serais toute aussi malheureuse de devoir la mettre plusieurs jours en crèche pour retourner enseigner. Aucune situation n’apaisera mes troubles. C’est bien là le problème.
 

Du coup, la nouvelle qu’un poste d’ATER m’est attribué à distance raisonnable de la maison passe presque inaperçu. C’est un plein temps, les emplois du temps ne seront connus que courant septembre. Le stress de la maman-qui-bosse se substitue instantanément au stress de la chômeuse-rejetée-des-employeurs. Chercher une nounou ? Mais elle est si bien dans cette petite crèche qui accepte ses couches lavables et son rythme. D’un autre côté je serais célibataire géographique d’octobre à février. Seule dans cette région ou je ne connais que quelques amies avec 3 enfants, aussi seules que moi. Seule avec mon boulot et mon enfant, personne pour aller la récupérer à la crèche en cas d’embouteillage, de grève des trains, d’empêchement. Prendre le risque de me retrouver mi-septembre incapable de faire correspondre leurs disponibilité et mon emploi du temps ? Il faut bien prendre le risque de toute façon. Mais j’appréhende la rentrée. 

J’attends beaucoup de la transhumance estivale, du coup. Qu’elle casse l’anarchie qui règne dans mon corps et dans mon esprit. Que cette maison qui n’est pas la mienne me donne un rythme, que la mer apaise mon trouble, et plus prosaïquement, que mon mari prenne en charge le chtig pour que je puisse enfin finir cette fichue thèse. Car mon ras-le-bol est accentué par le fait de voir enfin, au loin, la ligne d’arrivée. Un chapitre à réviser, un chapitre introductif et une grosse conclusion à écrire. Et c’est tout. Et vite, en plus, parce que les dates de remise de dossier pour la qualification sont avancées cette année. Soutenance prévue vers le 23 novembre, thèse à rendre pour début octobre donc.

Mais tout s’écrase sous une moto trois jours après notre arrivée. Jambe fracturée pour l’homme, pas de plâtre pour éviter la rééducation. Mais plus de souffrance physique. Jamais personne ne s’est cassé quelque chose dans ma famille, et j’avais du mal à imaginer à quel point ce problème de santé somme toute assez bénin (pas de complication, pas de danger pour la vie…) est un casse tête sur le plan pratique. Il dort mal, ne peut pas se laver tout seul, ne peut pas aller se chercher un verre d’eau ou transporter quelconque objet d’une pièce à l’autre (ou du placard à la table ) et bien évidemment pas porter le chtig : deux mains-deux béquilles, l’équation infernale. Je me retrouve avec un infirme au lieu d’un bébé. Les journées comptent désormais 12h de corvées, le fait de ne pas être chez moi rend tout plus difficile à présent, et les gens autour de moi s’obstinent à appeler cela « des vacances ». Je craque. Si c’est le mental qui tirait le physique vers le bas le mois précédent, c’est désormais l’inverse. On me crois à la limite de la dépression, je répond sèchement qu’un dépressif ne s’agite pas comme un diable 12h par jour. Je suis simplement épuisée, incapable de me tenir, très agressive, et un peu aigrie aussi. Le rêve de la soutenance en novembre, et de mes premieres « vraies » (= avec l’esprit vraiment libre) vacances depuis quatre ans à Noël s’éloigne. Pour la première fois de ma vie, je me couche régulièrement vers 20h30 juste après le chtig juste pour pouvoir assurer le jour suivant. Je fond en larmes tous les jours, remet tous mes choix de vie en cause. Personne à qui confier le chtig pour souffler deux jours, la belle maman est occupée avec une cousine, la maman avec une autre. L’homme me regarde avec appréhension et incompréhension, il se dit intérieurement qu’il a de la chance de ne pas s’en sortir infirme, tant que manifeste de la réticence à m’occuper de lui. Il ne comprend pas que c’est un problème de vase qui déborde, un problème de timing. 

Le retour à la maison il y une semaine arrange les choses finalement. L’absence de cousins, famille, enfants, restaure un calme relatif, c’est une période creuse à la crèche et je laisse ma fille sans complexe deux jours par semaine (elle est ravie du reste de retrouver une immense salle de jeu dont les trésors sont plus abordables depuis qu’elle sait se déplacer). Je m’enferme à la bibliothèque, vide et silencieuse, et m’arrache un mot puis l’autre, en essayant de me convaincre que le fait que ces mots soient lus à l’automne ou au printemps suivant n’a pas d’importance. Les bureaux et secrétariats sont aussi vides et silencieux que les rayonnages, je suppose, et entendre ce silence éloigne temporairement l’appréhension de la rentrée : l’impuissance est totale de toute façon, et les faiseurs d’emploi du temps sont sur les plages.

Reste un deuil à faire, celui de pouvoir poser le mot fin au bas de 4 ans de travail. Des ressources à puiser je ne sais ou, pour tenir 6 mois de plus.

strasdos1

Posté par mowgli nomade à 10:03 - tisser un fil - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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