Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

31 octobre 2008

Besoin de vos conseils culinaires...pour ma lunch box en déshérence

+3 kilos. En deux mois.

t_CorrectWeighing

Pas si grave, mais il faut arrêter la tendance, déjà. Et puis trois kilos, c’est une taille de jeans. Et les jeans c’est la moitié de ma garde robe.

La faute a mon changement de rythme et à mon exécrable organisation en ce début d’année.

Le matin je me lève difficilement, en grattant chaque seconde, je m’habille pendant que le chtig prend son biberon, je l’habille, je me rue sur les sacs préparé la veille, je met le tout dans la voiture, je la dépose à la crèche, et c’est partie pour les 1h30 de trajet qui m’amènent aux portes de la fac. Pas le temps de petit déjeuner. Un yop et une brioche dans la voiture. Donc du pain. Une demi heure de pose à midi : 13h00-13h30. A peine le temps de filer acheter un panbagnat et de l’avaler à toute vitesse. Donc du pain. A 17h00 quand j’arrive à la maison après le trajet du retour et la récupération du chtig, j’ai les crocs. Donc souvent pain, ou chataignes, ou choses du même acabit. Et le soir, le rythme étant fatiguant, l’absence du mari se faisant sortir, j’ai besoin de mes aliments doudous, de mes 100g de chocolat quotidien.

 

Mais le chocolat, ça a toujours été. Faut bien nourrir ses neurones. Ce qui n’a pas toujours été, c’est cette débauche de pain.

pain

Je n’ai jamais réussi à en faire du bon avec ma machine à pain, et habitant en dehors d’une ville, je ne croise pas quotidiennement le chemin d’une boulangerie. Et ca n’est tout simplement pas dans mes mœurs alimentaires quotidiens. Le pain c’est aliment de vacances, quand je suis chez les autres.

Alors inutile que dire que mon organisme est bien chamboulé. J’ai bien tenté de me faire des salades à la veille au soir (j’ai une petite glacière pour une personne), mais dès l’été fini, j’ai été en panne d’inspiration. Je ne sais pas faire de salades avec autre chose que des tomates pour base, à part la pommes de terre-haricots verts-thon-œuf dont je commence à me lasser, et les carottes rapées-pommes vertes-noix-worchestershire sauce qui ne nourrissent pas son homme prof. La mort diététique et gastronomique, quoi. 

C’est que j’ai toujours eu du mal à apprivoiser l’hiver dans mon assiette. C’est traditionnellement la période ou je mange le plus de plats cuisinés. L’ouverture est venue doucement, à petits pas, au travers d’un livre de soupes d’abord (courgettes-chèvre, tomates-pommes-ricotta, carrottes-celeri-pommes vertes, soupe de lentilles, soupe de haricots rouge), puis des purées (pois cassés, potimarron, courge), des lasagnes aux épinards, des crèpes à la farine de chataîgne, du poulet aux poires. Toujours du chaud, et la je n’ai aucune plaque, aucun four à micro onde a proximité à midi. Le froid, la luch box de l’hiver je ne sais pas. Et ces kilos de trop et ces petits déjeuners et déjeuners peu appétissants me pèsent au physique comme au moral.

Je cherche des recettes simples, le temps don je dispose les soirs de semaines étant très limité. Des recettes à base de cuire-mélanger-assaisonner, ou de mélanger tous les ingrédients- mettre au four 30 mins. Des ingrédients pas trop compliqué à trouver et pas trop chers. Surtout, des idées de combinaison et d’assaisonnement qui vont mouche, qui ajoutent le petit plus. Je pense cakes, salades de lentilles, salades de pates, mais je n’ai pas l’idée de la combinaison, encore moins celle de l’assaisonnement qui va avec. Je veux même des menus aussi, qui change de sandwich-banane. Des idées de cake à emporter pour le ptit déj ? (la solution « lève toi dix minutes plus tôt pour avoir le temps de prendre ton pti dej » n’est pas une option. J’ai déjà essayé. Ce genre de bonne résolution vivace la veille au soir n’affleure même pas jusqu’aux lambeaux de conscience qui me restent à 6h30 lorsque le reveil sonne). Mais comment faire alors pour que la journée soit équilibrée (la solution : contente-toi d’une grosse soupe le soir n’est pas une option. Mon mari n’étant pas au bercail avant février, sauf vacances, j’ai besoin de mon diner doudou).

Aidez moi à remplir ma lunch box…  

 

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PS : si quelqu’un passe par là avant samedi soir, que faire des 6 blancs d’œufs qui me resteront sur les bras demain après avoir fait la crème anglaise qui accompagnera le gateau d’anniversaire du chtig ? Je n’aime pas trop les meringues, je n’ai pas le temps pour des iles flottantes te de toute façon il me faudrait le double de crème anglaise….

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Dé-jan-té

─Rappelle toi, Thursday, la pensée scientifique –ou plutôt tout système de pensée, philosophique, religieux ou autre- est pareille à une mode vestimentaire, sauf que ça dure plus longtemps. C’est un peu comme un boys band.

─La pensée scientifique, un boys band ? D’où tu tiens ça ?

─Et bien régulièrement, on voit émerger un boys band. On s’en entiche, on achète leurs albums, leurs posters, on les exhibe à la télé, on les idolâtre jusqu’au jour où….

─…..arrive un nouveau bos band ?

─Exactement. Aristote était un boys band. Excellent, certes, mais seulement sixième ou septième du hit parade. C’a été le meilleur boys band jusqu’à Isaac Newton, mais même Newton a été supplanté par un nouveau boys band. Même coupe de cheveux…mais chorégraphie différente.

─Tu parles d’Einstein ? 

─Tout a fait. Tu vois ce que je veux dire?

─Que notre façon de pensée n’est qu’une lubie passagère ?

─Absolument. Difficile de visualiser un nouveau mode de pensée, he ? Essaie ceci.

Extrait de Délivre-Moi, de Jasper Fforde, second épisode de la saga Thursday next (premier tome: L'affaire Jane Eye).

fforde

Je pense que j'ai enfin trouvé digne successeur au Guide du Voyageur Intergalactique de Douglas Adams

29 octobre 2008

Changement de rythme

3 semaines déjà. Je n’ai pas eu le temps de m’appesantir, j’étais en train de finir cette foutue thèse. J’ai paré au plus pressé, acheté quelques bloque portes, pris l’habitude de fermer à clé la salle de bain, poussé quelques coups de gueule pour lui expliquer qu’elle devait me donner la main dans la rue, qu’il y a des voitures partout, que c’est dangereux. Je ne l’attendais pas si tôt en fait. Elle avait eu le bon goût de faire ses premiers pas deux jours avant que son papa ne parte, quelques jours avant ses onze mois. Ensuite, plus rien pendant une semaine. Ca allait tellement plus vite à quatre pattes, pourquoi se risquer. Je pensais que le statu quo durerait des mois. Et puis non.

Je n’ai vraiment réalisé qu’un soir de la semaine dernière, quand il a fallu aller racheter d’urgence quelques bouteilles de lait en fin d’après midi. Rien d’impératif ensuite, pas besoin de courir, alors nous avons eu le temps de nous disputer plus en détail, elle réclamant sa liberté, moi hésitant entre les dangers de la laisser gambader librement et le désir de lui offrir un peu de cette indépendance nouvellement acquise. Nous avons longé une rue, deux rues, et traversé l’immense place à tous petits pas, parfois elle courant devant, souvent moi la rattrapant et lui montrant la direction. Il avait fallu le temps, et la nuit était tombée. Le nuage du souffle dans le froid, le ciel tout violet, les lumières de la place, et l’hiver tout d’un coup. Elle ne voulait pas retourner à la voiture. Elle a fini montré du doigt. J’ai eu du mal à comprendre ce qui l’intéresser tant. Une migration. Un nuage d’oiseaux volant en cercles autour du clocher de la vieille mairie, grossissant à chaque passage. Il disparaissait derrière les toits, et elle croyait que c’était fini, et à chaque fois qu’elle allait me suivre il réapparaissait plein de grâce. C’est vrai que c’était magnifique, nuage noir sur fond prune, reflets encore rosés. Et je n’avais rien vu. Trop pressée par le dîner, les lessives, les mails a vérifier, le manteau 18 mois à dénicher au meilleur prix. Nous nous sommes arrêtés, et avons contempler longtemps, jusqu’à ce que le nuage se pose enfin sur le haut du clocher.

C’est elle qui m’apprend à voir. C’est elle qui m’apprend à marcher. Nous sommes en train de changer de rythme. 

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Posté par mowgli nomade à 08:03 - tisser un fil - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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26 octobre 2008

156 pages

Elle est posée sur la table basse devant moi, fraîchement reliée.

156 pages.

C’est étrange à contempler. Ce projet que je croyais sans fin soudainement incarné sous mes yeux, 4 ans de travail que je ne pourrais pas qualifier d’acharné, les périodes d’abandon, d’hibernation, faisant suite à celles d’acharnement. Un mois sur deux. Comme une respiration. Mais toujours quelque part dans un recoin de ma tête, comme si mon cerveau moulinait sans moi.

156 pages.

C’est peu finalement. Je me souviens qu’avant de commencer, j’avais eu une discussion au cours d’un dîner promo sur ce fameux nombre de pages. Je venais de terminer mon mémoire de DEA, 75 pages je crois, et il me semblait qu’en écrire deux fois plus n'était pas insurmontable. On m’avait rit au nez. Deux fois plus ? Mais c’est 4 fois plus qu’il me faudrait.écrire. 300-400 pages, c’est la norme. N’allez pas croire que nous pensions naïvement que cet exercice long et fastidieux était une question de quantité plutôt de qualité. Ce genre de conversation futile était une manière de "visualiser" le résultat auquel nous étions sensé aboutir après 3 à 5 ans de labeur, un résultat si abstrait, une échéance si lointaine vue du seuil. L’histoire m’aura donné raison finalement. Même pas deux fois plus.

156 pages

Mais pas du tout comme je l’imaginais. J’ai compris dans l’effort, le coton des nuits sans sommeil et du silence si particulier d’un maisonnée endormie, dans les larmes aussi, le sens de cette affirmation : c’est la qualité qui compte, pas la quantité. 156 pages, c’est si peu. Mais j’ai réécrit chaque phrase de 5 à 12 fois, transformant la tournure, cherchant le mot exact dans cette langue qui n’est pas la mienne et qui demande plus de concision et de précision, traquant les idées redondantes, sacrifiant telle tirade dont j’étais si fière du tombé parce qu’ elle casse le rythme de la narration finalement.

Les anciens, ceux qui avient fini avant moi, m’ont souvent décrit l’horreur des six derniers mois, ou on pisse de la copie au mètre parce que la date de la soutenance est déjà arrêtée, en s’étonnant de cette soudaine verve, de cette inspiration. La surprise de constater que ces centaines de pages si vite rédigées ne sont pas si mauvaises, quoiqu’un peu bancales souvent. Et de se demander pourquoi alors on a mis si longtemps à finir, à s’y mettre. 

Rien de tout cela dans mon cas. Trois articles écrits au fil du temps, présentés en conférence, soumis, accepté pour le plus avancé. Début juin, après la dernière conférence, j’avais obtenu de conserver les articles en l’état. Ne restait donc qu’une introduction et une conclusion à écrire. Mi août, après une grosse déprime, je n’avais pas avancé d’un poil. Mi septembre, j’avais renoncé, difficilement, à soutenir en novembre comme c’était prévu. Le mari qui re-partait pour 5 mois dans le sud à la fin du mois, la reprise du boulot, 3 jours de crèche pour le chtig bientôt sans papa au quotidien. Suffisamment de bouleversements pour qu’il soit impensable de se couper du monde, de se couper de son monde, afin de plonger en soi pour en presser l’essence de ces quatre ans de réflexion. Peut-être que j’en faisais tout un plat. Souvent c’est l'introduction qu'on rédige en dernier, vite, qu’on en finisse, on emballe le tout le cadre de pensée d’un Foucault ou autre penseur brillantissime, pas grave, restera toujours le contenu. L’angle d’approche, ca n’est pas si important. On est jeune, naïf, il nous reste beaucoup à apprendre.

 

Mais je ne voulais pas m’y résoudre. J’avais construit mon approche pas à pas, ce n’était pas un instrument, c’était ma vision du monde, j’y croyais, et naïve ou pas, je ne voulais pas rater l’occasion qui m’était donné de l’exposer une fois  en toute liberté, sans avoir à citer des dizaines de prédécesseurs, sans a voir à peser mes mots, puisque c’était MON approche, puisque c’était chez moi. Je voulais en découdre, en soutenance ou en conférence. Je ne pouvais laisser tomber avant que l’on me dise directement « cela ne vous mènera nulle part.» Alors je n’y arrivais pas, je n’avais pas le temps. Tant pis, ce serait pour plus tard. Quand j'aurai aidé le chtig  à supporter la séparation, à se faire à notre nouveau rythme, quand je me serai habituée aux trois heures de voiture quotidiennes (travaux sur les voies  sncf jusqu'en janvier oblige) pour aller enseigner dans cette lointaine fac, quand j'aurai appris à combler le vide le soir, pour qu’elle ne sente pas trop l’absence de son papa, quand j'aurais appris a rassembler mes forces pour lui donner le bain, réchauffé le diner, ranger la cuisine, préparer les sacs, les cours, pour le lendemain, corriger les copies.  

 

Et puis, trois jours avant le départ du mari, il y eut ce coup de téléphone. « Je n’ai rien contre le fait de reporter une soutenance, mais pour quelques pages d’introduction, cela me semble dommage. Concluez.» Quelques mots simples, mais si lourd des promesses d’un après. Après… après j’aurais du temps pour les balades dominicales, pour rendre service aux amies et les inviter autour d’un moelleux pomme-vanille, j’aurais le temps de cuisiner au quotidien, de terminer le désencombrement, de jouer avec elle, de l’écouter lui. Surtout, ces vacances de Noël seraient les premières depuis 4 ans. Des vacances avec 500 copies à corriger dans mon sac, mais des vacances néanmoins. L’esprit libre. Pas de double vie. Un esprit au même endroit que le corps, totalement.

J’ai rempli le congélateur de pâtes cuisinées Pic*ard (je ne suis pas naïve : le prof des jours, la maman des soirs et le chercheur des nuits ne laisseraient pas exister un cuistot des entre deux), rempli ma voiture de livres audio. J’ai repris, raturé, biffé, traduit. J’ai médité en public pour Jean Gabriel, puis au milieu de cette fête de famille, je me suis enfermée dans le bureau de mon père. Tout le monde a compris, tout le monde y a cru alors que je n’y croyais plus. Ils étaient là pour 5 minutes de conversation, pour me cuire des châtaignes, pour une plaisanterie, pour assurer l’intendance. En deux semaines, j’ai fait trois versions, de prendre en compte les commentaires de certains membres du jury. J’ai compté mes heures de sommeil, m’octroyant juste le nécessaire pour ne pas m’endormir au volant. J’ai joué d’une main, et elle a été patiente. Je n’ai cessé d’admirer ceux qui terminent ou reprennent leurs études tout en travaillant et en construisant leur vie de famille.

Elle est posée devant moi, sur la table basse. Trois exemplaires. 156 pages chacun. Demain elle sera « déposée », m’octroyant le droit de la « soutenir » devant un jury. Dans une semaine j’aurai fait d’infimes modifications et elle fera 157 pages. Je l’enverrai aux membres du jury. Et pendant quatre semaines je vivrais dans la hantise de ces quelques heures ou je serais bombardée de questions, mise sur le grill. Je regretterai d’avoir invité mes proches, je me dirai que j’aurais mieux fait de réduire l’assistance à néants. Et je vivrai dans le vertige de l’après. Cet après ou je me suis promise de mieux séparer vie de famille et vie professionnelle, de cesser de ne jamais être tout à fait là, cet après ou je pourrai enfin effectuer chaque geste lentement, pleinement, jusqu’au bout. Mais je sais aussi que je ne serais pas plus riche de temps, que je continuerai à être épouse, mère, famille, amie, enseignante, chercheur et citoyenne, que je voudrai être chacune de ces femmes et non un septième de chaque. Je me demanderai s’il y a un genre de baby blues après, une difficulté à gérer le vide après le trop plein, ou si c’est sans fin, et que c’est cela qu’il faut gérer. J’attendrai et j’appréhenderai en même temps cet après. Après la thèse.

Posté par mowgli nomade à 20:59 - Misérable thésard - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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