Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

19 novembre 2008

Celui par qui tout a commencé

Je me souviens quand tu me l’as dit, j’avais une quinzaine d’années et tu nous gardais une semaine alors que les parents étaient partis en vacances. Je devais suer sur une dissert de philo ou quelque chose comme ça.

Tu m’as dit « dans la vie, on n’essaie pas de réaliser de grandes choses. On creuse un sillon, puis on creuse un deuxième sillon, les pieds dans la boue, la tête baissée pour vérifier que c’est bien droit juste devant et juste derrière. Et puis un jour on relève la tête, et on s’aperçoit qu’on a labouré tout le champ.

Cette phrase a été ma boussole dans la tempête, ce qui rayonne en silence au milieu du désert. Elle m’a accompagné dans les moments de découragement, elle m’a tenu dans les moments de lâcheté. Regarder le sillon, juste devant, ne pas lever trop haut la tête. Labourer, transpirer, avancer d’un pas, d’un autre, même si ça colle.

Mais demain, quand je relèverai la tête et que je contemplerai le champ, tu ne seras pas là. Tu seras avec elle, elle qui ne peut pas, qui ne peut plus assister à ce genre d’évènements. Elle qui pourtant est la seule de la famille qui aurait su comprendre l’importance de ce moment, elle qui n’avait pas le bac et qui a repris ses études à trente ans passés pour finir docteur en droit, à une époque ou les femmes avaient à peine le droit d’écrire des livres de recettes et des contes pour enfants (aussi nécessaire et beau que ce soit). Mais quand j’ai appelé pour te dire « ca y est, j’ai fini», elle m’avait effacé. Elle m’a retenu plus longtemps que les autres, pourtant. Peut-être parce que nous étions toutes deux mariées avec l’armée, ça lui rappelait sa jeunesse, sa maternité solitaire, les dents serrées aux départs et les larmes aux retours, l’Algérie. Aujourd’hui tu veilles sur elle comme tu le fais depuis soixante ans, et par amour tu lui donnes ta vie, parce que tu ne peux te résoudre à la confier à des « aides » et que tu te tues à être son ombre.

Je voudrais que tu restes auprès de moi encore longtemps. Mais je préfère qu’elle parte avant d’avoir oublié ton nom, et je sais que juste après tu n’auras qu’une envie, c’est d’aller te reposer. Je voudrai pouvoir te dire alors que tu peux aller dormir en paix, que je continue à creuser mes sillons comme tu me l’as appris, que tu es présent dans chacun de ces sillons. Mais déjà je pleure alors je ne sais pas si j’en serai capable le moment venu.

Alors tout ce que je peux faire, c’est écrire en bas de la page des remerciements

« A mon grand père, par qui tout a commencé. »

Posté par mowgli nomade à 23:36 - je crois en Dieu. - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 novembre 2008

Besoin de vos conseils culinaires II. Pot de thèse

Le planning était déjà bien chargé comme ça ! Descendre le chtig a sa Manou vers toulon (6 heurs de train et les correspondances durant lesquels elle ne dort pas une seule minute, trop de chose a voir). Remonter le dimanche (re 6 heures), aller lundi matin au RV sur le don de moëlle osseuse, faire cours trois jours, et le mercredi soir après les cours filer à Paris pour la soutenance le lendemain (et avoir bien évidemment préparé la soutenance, les cours, les corrigés et corrigé les copies dans l’intervalle). 

Mais j’avais oublié le plus important : préparer le pot de thèse (et accessoirement le transporter du grand est à Paris, ce qui va me forcer à faire le trajet en voiture). Le pot de thèse, c’est un peu le nerf de la guerre (free fooooood !!).

free_food

Mais mon expérience en la matière est plutôt limité. Je n’ai assisté qu’à deux soutenances. La première se tenait à 500 m du domicile de la maison du valeureux thésard. Trop facile. Et je n’avais pas trop fait attention au contenu des plateaux. Pour la seconde, la très toulousaine et enthousiaste maman du rougissant potache (elle a quand même claqué deux bises sonores sur les joues de l’un des membres du jury à l’issu de la soutenance en s’écriant « mon fils est un génie ». Celui-ci, pas en reste, a serré la main de tous les membres de l’assistance en s’exclamant chaque fois « félicitations ».), la maman donc, a vendu un rein pour payer un traiteur.

Je ne sais donc pas ce qu’il convient de servir à un pot de thèse (à part les incontournables pistaches, chips et le cake jambon-olives pour les messieurs conservateurs du jury). Et les contraintes sont énormes. Tout doit être fait maison, vite (cf emploi du temps ci-dessus), froid (un petit frigo mais mais de four à disposition), facilement transportable (sur 500 kilomètres).

Donc à part deux cakes ? Des idées ? Des recettes de ce type (merci praline pour le lien) ? Que du salé ? Ou aussi des petits gateaux alsaciens ?

Et surtout qu’est ce qu’on boit Coca-jus de fruit ? Bière ? Vin ? Apero ? 

Edit: et dans la mesure du possible, des choses qui peuvent se faire plusieurs jours avant.Combien de temps ça se garde, les gateaux alsaciens??

Posté par mowgli nomade à 13:43 - Misérable thésard - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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03 novembre 2008

La chance qu'on a....

Il y a certains domaines dans lesquels je n’ai jamais compris la chance que j’ai. Je sais (rationnellement, j’entends) la chance que j’ai d’être en bonne santé, de vivre dans un pays développé et en paix, de ne pas être un laideron bien que je ne soit pas non plus Liv Tyler, de posséder un corps qui entre dans les canons de beauté modernes (pas ceux de Elle non plus, je mange à ma faim et même un peu plus des fois, merci), mais je ne comprend pas, je n’imprime pas, je n’incarne pas, je n’en fait rien. Trop mal dans ma peau. Trop mal dans cette société de surabondance que mon comportement, ne nous le cachons pas, cautionne largement malgré la petite voix de ma conscience chrétienne, écolo, citoyenne, humaniste ettoutetout. Je n’en profite absolument pas.

Il y a d'autres sphères où je réalise la chance que j’ai. Soit parce que des fois on sait le bien qu'on nous fait( enfance protégée, famille unie), soit parce que la vie se charge de nous "suggérer" ce qu’aurait pu être la vie sans cette chance.

Par une attente, juste assez longue et juste assez pénible (« test de Hunher négatif, déséquilibre hormonal, non ovulation, aucune survie à 12h, faiblesse ») pour que j’imagine sérieusement ce que serait ma vie sans enfants.

Par une alarme, puis une deuxième. Infection urinaire qui touche les reins, hospitalisation d’urgence, perfusion, une fois, deux fois. Une batterie des tests. Et au bout du compte pas de malformation, des reins sains.

Par ces trois deuils, qui me touchent parce que leurs parents, bien que je ne les connaissent  que de loin ou virtuellement, m'importent. Parce que celle à qui la vie a déjà tant repris, celle avec son visage de madone dans l’attente, et celle à l’œil et la plume affûtée font preuve d’un courage dont je ne me sais pas capable.

 

Aujourd’hui elle a un an. Elle n'a pas jouée avec la bougie, elle n'a pas ouvert de grands yeux  brillants devant les paquets cadeaux, touchant timidement le papier lisse choisi avec amour par sa maman. Elle était fatiguée et ronchon, il y avait du bruit, du mouvement, des cris d'enfants, des disputes, elle a eu peur des grosses voies qui chantaient joyeux anniversaire,elle a été se coucher bien vite.

Elle est en bonne santé, elle sourit, elle est là tout simplement, et je réalise pleinement ma chance.

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Posté par mowgli nomade à 08:40 - je crois en Dieu. - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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