Les photos de par-chez-moi sur cette île qui porte si bien son nom et qui me manque tant sont empruntées sans vergogne à mon petit frère qui, privilège de son jeune age, trouve toujours le temps d'en faire le tour une fois dans l'année. Evidemment, pas question d'être sans vergogne sans être son frère.

Comme je suis malgré tout une fille bien élevée (et un peu parce que je suis historienne), j'ai cherché à rassembler les morceaux épars de ma vie depuis 7 mois, à saisir ce que je fut et ce que je fis en ces temps là.

Et j'ai eu froid dans le dos, le sentiment d'un immense gâchis (« perdre son temps » apparaît désormais comme une expression pleine de sens....littéral), et, malgré les circonstances atténuantes que je me suis cherché, des regrets au bout du compte.

Froid dans le dos en constatant les difficultés que je rencontrais à reconstituer mon passé récent. La femme sans passé. Cette année 2008-2009, je n'avais même pas un agenda où noter mes rendez-vous, nos plans pour les weeks-ends, les vacances, nos multiples déplacements, croisement, etc. Professionnellement, je n'en ai jamais eu besoin : les cours, par définition, c'est régulier, et les dates des 3 colloques annuels ne sont pas bien difficiles à retenir. Pour le reste,  les soumissions, les partiels, les délibérations, tout est fixé par mail, si bien que ma boite mail me sert d'agenda chronologique. Pour le reste, j'ai un fichier word pense bête qui couvre le mois à venir, du cadeau à offrir au RV chez l'ophtalmo, des billets de train à réserver/échanger/annuler aux vieilles fiches de cuisine à trier de toute urgence depuis 5 ans. Je l'efface au fur et à mesure. Donc pas de trace, pas de mémoire. Peu de photos, toujours mauvaises, et surtout des photos du quotidien. Je ne pense jamais à sortir mon APN pendant une balade une famille, une soirée passée à refaire le monde avec des amis. Probablement parce que je n'aime pas interrompre le flot du discours. J'ai un bien journal dans lequel j'écris certes très irrégulièrement, mais dans lequel aux moments ou je sens que je me dissous, que je m'éparpille, je note l'émotion dominante de chaque semaine (apathie, désespoir, reprise, expectative, satisfaction du travail accompli, enfermement, paralysie, etc.). Mais je ne l'ai pas emmené avec moi. Et surtout, je n'ai aucune mémoire systématique, ce qui est bien un comble dans mon métier. Du coup j'ai une mémoire émotionnelle très développée, même pour ce qui est des concepts les plus abstraits et les plus techniques, mais ce n'est pas comme un catalogue que je peux feuilleter à loisir, j'ai besoin d'une étincelle pour mettre la machine en branle.

Alors?

Alors j'ai fais ce que je fais depuis 2 mois, calée entre deux grosses boites de carbones dans les sous sols de la librairie. J'ai fait du travail sur archives. J'ai reconstitué, à partir des quelques photos, mails stockés à la va vite et au hasard, grâce aux blogs des proches, grâces aux statuts facebook aussi. J'ai fait une chronologie.

Mon dernier post datait de mi-mars. Nous préparions cette fameuse soirée des trentenaires, le mari était rentré depuis peu au bercail après 5 mois de stage à l'autre bout du pays, c'était mes derniers TD, les plus difficiles, tout à inventer, aucun manuel pour m'aider et un prof référant qui m'avait dit clairement au début du semestre qu'il ne voulait rien avoir à faire avec ses chargés de TD, je passais des nuits à essayer de débugger mes programmes.

 

MARS

Le 22 mars, je termine mon sujet de partiel. Ce devait être une période chargée parce que partie de rien sans aucune indication, j'ai voulu concevoir du sur mesure pour mes élèves. Au total j'aurais passé quasiment 3 mois à n'enseigner qu'une matière. Je crois qu'il faisait froid encore, pourtant j'ai des photos du schnik en tee shirt dans le jardin. Très humide peut-être alors. Je me souviens qu'on allait chercher les légumes et les deux litres de lait entier non pasteurisé à la ferme, et que c'était très boueux. Dernière semaine de mars et première semaine d'avril, partiels, surveillance, paquets de copie sous le bras.

 

AVRIL

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D'après mes photos, c'est ce mois là que Manou vient en Alsace. Je crois que c'est le tout début du mois, mais c'est une déduction plus qu'un souvenir. Il fait encore froid, il pleut des cordes, tout est marron autour de nous quand nous sortons voir les brebis et leurs petits, on dine au coin du feu, et on ne peut pas marcher deux heures dans Strasbourg avec A. et son joli rire rauque sans finir par se précipiter dans un salon de thé. C'est bon, c'est bien, c'est la première fois que j'ai ma maman pour moi toute seule depuis que je suis maman moi aussi,  nous passons de longues soirées à revisiter mon enfance à la lumière de cette expérience nouvelle.   

Ce doit être une période d'intense questionnement aussi, j'imagine. J'imagine, parce que la liste des postes MCF est publiée depuis début mars, nous avons enfin confirmation de la mutation du mari à Pau (1 fac, deux heures de route de Toulouse, trois heures de Bordeaux, pas de TGV dans le sud ouest), et j'ai donc largement eu le temps d'en tirer les conclusions qui s'imposent concernant mon avenir professionnel. D'ailleurs, j'écris un post intitulé « sans issue » sur l'après thèse, que je ne publie pas, comme tous ceux que je rédige durant cette période. Alors, faute de pistes sérieuses en France, le 9 avril, la veille du départ pour le week-end de Pâques, j'envoie ma candidature pour un poste de postdoc aux US. Sur la pointe des pieds. J'y précise ma situation personnelle, que le mari doit partir loin, longtemps et dangereusement, mais qu'on ne sait pas quand, que je souhaiterais donc venir un semestre  sans pouvoir donner de date (très bon effet sur une candidature, mais on m'avait conseillé de jouer la sincérité, et c'est toujours ce que je finis par faire).

Week-end de Pâques en Bretagne. Humide (forcement!), marron tirant sur le vert algueux, mais frais. Je m'isole, parce que je suis perdue, j'ai un peu honte, quand même, on ne se marrie pas pour prendre son môme sous le bras et se barrer outre atlantique. Bref, je n'ai pas encore de réponse, pas pris de décision, et je me sens déjà coupable d'avoir entamer la démarche. Bon, et puis j'ai un papier à écrire, maintenant que j'ai enfin fini mes cours. D'ailleurs, la semaine suivante, le schnik reste s'ioder chez ses grands parents pendant que son papa travaille d'arrache pied et sa maman rédige son foutu papier. En théorie. Le temps de descendre du train et de rallumer l'ordi, la réponse est déjà là: «viendez quand vous voulez, premier semestre, ou deuxième semestre, ou les deux, ou plutôt en 2010-2011 si ça vous arrange. Dites le nous a temps pour le visa. Mon assistante prendra contact avec vous pour les crèches» Et ben, ça change du traitement -de sous-merde, il n'y a juste pas d'autre mot- que j'ai reçu cette année en France.

Donc il faut décider. Commencer par savoir si la vie avec un enfant là bas sera possible (places en crèche, etc.), puis, après 3 jours de vérification en tout genre, décider. Il me dit vas-y, tu le regretteras toute ta vie sinon, tu n'auras pas deux fois l'occasion, on se débrouillera. Et va-y tout de suite, tant qu'à faire, vu qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais encore moins après demain. Alors je dis oui, j'arrive fin aout, avec ma fille.

C'était mon premier choix pour l'année prochaine: une année libre de charge d'enseignement après mon lourd plein temps d'ATER, une vie qui s'organise sur les 5 miles carrés d'un campus américain après les 3 heures de route quotidiennes, un minimum de reconnaissance, tout du moins d'écoute, après le mépris et pire, l'indifférence, le silence subi tout au long de cette année. Une bibliothèque immense, le fond d'archives le plus riche du monde. Des séminaires où discuter, contester, écouter et être écouter.  Un rêve de chercheur. C'était mon premier choix, ce sera le seul, je n'ai même pas dégoté un entretien dans la campagne 2009.

Pas le temps de regretter cette décision, les premiers jours, un impromptu, vite, vite, il faut profiter que le schnik fait des patés de sables breton tranquille pour descendre à Pau chercher un logement. Oui demain. ça tombe bien, le petit neveu toulousain décide de montrer le bout de son nez pile cette semaine là. Nous rentrons tous les trois au bercail vers le 22 avril, et à partir de là, je sombre dans une faille espace temps.
Blanc total, impossible de me souvenir.

MAI

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Alors bien sur, il y a les centaines de démarches que supposent deux déménagements dans l'été, dont un à l'étranger. Deux recherches de logement, deux séries de changements d'adresse, les locataires, les déménageurs, le visa (ahhhh, le visa, un plein temps en soi) le jardin à finir, toutes ces petites choses mises de côté à terminer, régler. Bien sûr, il y a les 120 copies que j'ai corrige deux fois, parce qu'après la première correction il me semble soudain que mon barème ne rend pas justice à toute la gamme d'efforts ou de jemenfoutisme que j'ai trouvé dans les copies. Bien sûr, il y a toujours ce foutu papier, sur lequel je travaille un peu, visiblement, parce qu'il y a un peu d'activité sur mon blog pro et des blagues de chercheur sur mon statut facebook à cette péridoe, et que c'est toujours comme ça quand je réfléchis.

Mais quand même, ça ne remplit pas un mois et demi. Et les week-ends?  Et tous ces jours fériés?  Il y a le voyage a Bruxelles, chez le frangin, le petit dernier qui me dépasse de deux tête, la Chimey bleue, la différence entre art déco, art nouveau et art stalinien, la pâte à speculoos et le pain précuit du matin, les God*iva et le parterre de coquelicots pour la fête des mère belge, mais ça ne fait guère que trois jours.

Ai-je vraiment passé mes journées échouée comme une baleine sur couette bleue à noyer ma culpabilité de future-mauvaise-épouse-et-mère dans les mauvais romans des bas fonds poussiéreux des  bibliothèques municipales de France et de Lorraine? Et  mes nuits à errer sur la toile des blogs à... à quoi? Scruter les vies idéales, en tout cas morales, de ces mamans-superwoman qui arrivent à concilier boulot épanouissant, intérieur rangé-enfants bien habillés-cuisine élaborée-multiples activités-mari comblé//// recyclage incomparable- modes de vie irréprochables-empreinte écologique soutenable-moralité véritable, au choix selon selon la communauté blogesque considérée? Et le tout, sachant pertinemment ce que ma petite famille gagnerait à me voir accepter ma décision et faire de ces derniers mois passés ensemble des moments inoubliables.  Un gâchis, pur et simple.

Après? Après pas mieux, mais j'ai une excuse en béton, et puis le rythme s'emballe.

 

JUIN

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C'est la période des conférences, il faut réserver ses billets, la chambre à l'auberge de jeunesse, potasser google map, prendre contact, et surtout terminer ce foutu papier. La Belgique à nouveau, la capitale (c'est pratique), et fin juin, les Etats-Unis. 48 heures de voyage pour 48 heures de conférence, le grand raout annuel, trop de monde, trop peu de temps pour présenter (15 minutes de présentation, 5 minutes de rapport, 10 minutes de questions.. quand les autres intervenants ont tenu leurs temps -c'est à dire jamais-) des dizaines de sessions en parallèle...J'y ai échappé depuis le début de ma thèse, mais cette année, il faut y passer.

Pas beaucoup de temps pour ressasser mon statut de mère indigne....que je noie désormais dans les nausées. Le timing semble parfait, je dois terminer mon postdoc à Noël, j'en serai à sept mois. Sauf que courant juin, ça se précise, le mari partira 3 mois....à partir de janvier 2010. Et je ne peux plus déplacer mon propre séjour, puisque je dois (et je veux) rentrer pour l'accouchement....qui je prévois donc seule, dans une ville totalement inconnue, au trou du cul du pays.

Mais je ne suis plus vraiment en état de m'inquiéter. C'est 100 fois pire que la première fois, mon corps est entouré d'une gangue de toiles d'araignées de la minute ou je me lève à celle ou je sombre enfin. Je n'ai envie de rien et pourtant je dois passer mes journées à manger, de préférence des choses lourdes et ecoeurantes qui me collent à l'estomac pour « fonctionner », puisqu'il y a tous ces colloques, tous ces cartons, toutes ces démarches. J'ai du coton dans les yeux et les oreilles, un essaim d'abeille sous le crâne. Je ne vois ni n'entends distinctement. L'aller retour aux Etats-Unis est un calvaire: j'alterne hamburgers et lasagnes toutes les deux heures pour tenir le coup, je cours chez Mc*do entre deux sessions pour être capable de serrer des pinces, je prend 2 kilos en 2 jours. Les rares moments ou le brouillard se dissipe, je suis tellement mal que je cherche désespérément la fermeture éclair qui me permettra de sortir de cet horrible corps, comme le lendemain de mon retour en France. Mais le pire est encore à venir. Parce que juillet, c'est le mois des cartons, et de la poisse.

 

JUILLET

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Pas la grand poisse, le cancer, le chômage, non, la petite poisse qui frappe à la porte avec constance et acharnement tous les matins. Le lundi, le mari apprend qu'il ne pourra pas pendre de congres pour m'aider avant le déménagement, exercice jusqu'à mi juillet! Le mardi, en rangeant des cartons au grenier, il passe à travers le plafond. Gros trou, les locataires suivants arrivent dans 2 semaines, ça va être du plus bel effet. Le mercredi, la voiture tombe en panne devant la crèche, pour la troisième fois en deux semaines. Le problème, c'est qu'elle a redémarrée comme si de rien n'était chez le garagiste trois jours avant, qui n'a trouvé la panne.  Le vendredi, après avoir passé chaque minute de la semaine à appeler le platrier convaincre mon corps de prendre le bouquin, le poser dans le carton, saisir le rouleau de scotch, fermer le carton, non, non, ne pas finir au lit avec le bouquin, est une lutte, tous les livres, papiers, documents, archives sont stockés encartonnés dans le garage (donc le plus gros est fait). Pas de bol, le samedi, c'est l'orage de la décennie, et quand je rentre d'un diner, je découvre le garage (ou sont stockés tous les cartons de papier, donc), inondé. Une nuit passée à déchirer les cartons si péniblement  fermés, à essuyer. Les jours se suivent et se ressemblent. Poisseux  dehors, poisseux dedans. Les nausées sont toujours là, il fait toujours aussi humide (mais est-ce qu'il y a eu un printemps cette année?), mais c'est aussi la canicule dans la journée. Il n'y a plus vraiment de cuisine, je me nourris à la boulangerie, mon corps enfle tellement que je n'ose plus me peser (de toute façon la balance est avalée par un carton). Derniers cartons, chargement, train de nuit, arrivée à Pau à 6h30 un matin, je suis une épave. Petit déjeuné salvateur (le goût du thé, de la confiture) chez un ami attentionné, déchargement, et pas le temps de se reposer. L'homme est aussi épuisé que moi, il s'est farci 4000 kilomètres en 10 jours pour m'éviter d'avoir a descendre une des voitures, je peux bien lui préparer une chambre sans cartons. Idem pour le schnik que manou ramène le surlendemain. Son programme de l'année comprend deux déménagements, son départ, son retour, le départ de son papa, l'arrivée du bébé, et à défaut de retrouver sa maison en rentrant de vacances, je veux au moins qu'elle retrouve ses doudous, ses tableaux, son mobile, sa bibliothèque, son petit fauteuil. L'homme arrive le vendredi, le samedi c'est le baptême du cousin toulousain. Sur les photos, malgré l'anticerne à la truelle, j'ai l'air d'un zombie. Cerise sur le gâteau, le mercredi suivant, c'est Toulouse-Paris-Toulouse-Paris en train pour...les visas!

 

AOUT

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Dans une autre vie, pendant ces trois dernières semaines précédent mon départ, j'aménage un nid douillet pour mon époux  bientôt délaissé, je mets au carré la maison et tout l'administratif, je lui prépare un mode d'emploi détaillé pour homme-qui-va-faire-ma-mutation-interacademique-et-son-repassage-tout-seul-pendant-4-mois (et avec une inavouable arrière pensée sadique, je me dis qu'au moins ce séjour à l'étranger au pour effet bénéfique de démontrer au mari -déjà favorablement disposé la plupart du temps à reconnaître mes mérites- à quel point je suis totalement indispensable dans sa vie, et pas seulement sur le plan sentimental). Ensuite, je concocte des diners aux chandelles, des piques niques dans les Pyrénées, des sorties à la piscine pour nous trois, des moments de complicité en famille. Dans une autre vie.

Dans cette vie de misère, il n'y à guère que la première partie du programme que nous accomplissons en 1 semaine à peine avec l'énergie du désespoir, et surtout le désespoir de l'homme qui reprend le travail aussitôt la dernière Billy monté, sans avoir eu une seconde pour se reposer. Quand a moi, mon corps ne répond plus. Du tout. Il refuse de faire un pas hors du lit avant midi sauf pour relancer le DVD de Winnie, babysitter officiel du schnik en ces semaines grises (avec Bourriquet, cela va de soi), il se contente de se laisser bercer des matinées durant par le tiptoptiptop des petits petons taille 23 sur le carrelage du long couloir qui lui plait tellement, après 3 ans d'escaliers escarpés. Mon corps refuse de peler les aubergines, les poivrons et les tomates pour faire la ratatouille, qui siérait surement mieux à son fessier que le chav*roux-baguette. Il refuse de classer, de trier, d'apposer les mentions « impôts& bulletins de salaire », « crèches à contacter à la rentrée », « sécurité sociale » sur les chemises colorées. Il refuse tout, en bloc. Il ne tolère que les aristochats, les dalmatiens de son enfance, et ne fait exception à son obsession que pour les ratatouille-à-moustache et les Wall-E-E-ve, en caressant le duvet qui lentement mais surement, s'épaissit sur le petit crane émerveillé (« encore les souris, maman, encore les souris »).

Non, le tableau n'est pas exact. Certes, quand il est seul à la maison avec le schnik, mon corps est une épave. Mais c'est plutôt rare, finalement. Autant la région paloise est l'endroit le plus enclavé de France durant l'année, autant c'est apparemment le centre du monde pendant la trêve estivale.  Il ne se passe jamais plus de trois jours sans une pizza maison au chorizo avec un verre de rosé devant la chaine des Pyrénées,  quelques verrines, un, deux, ou quatre lits dressés à la va vite. Il y a une tente et une piscine gonflable presque immédiatement crevée, des rires d'enfants, un marché noir de layettes, des aventuriers du rail, des diners aux chandelles pour 4 ou 8, des croissants et du pain brioché.  A défaut d'offrir un corps svelte (6 kilos au compteur les trois premiers mois, qui dit mieux?), un sourire radieux, et des vacances à l'homme, je lui offre de vraies tablées de famille le week-end, quelques rares instants d'été après des semaines de corvées. Et je culpabilise d'autant plus de ne pas être capable d'en faire autant quand nous ne sommes que tous les trois.  Car de jolis moments à deux ou trois, il y en a peu. J'ai trop honte, je me cache. Le 23 août, j'étouffe mes larmes dans le bourriquet musical du schnik qui me regarde interloqué, et je tend nos deux passeports au contrôle de sécurité. Je compte déjà les jours qui nous sépare des vacances de la Toussaint, ou il devrait nous rejoindre pour une semaine.


EPILOGUE

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Le temps de digérer les 3 avions, les quinze plans, la nouvelle crèche, les centaines de pages de formulaire, et le cornbread, les nausées disparaissent, ça fait trois mois. Le poids physique  s'allège. Au sens propre comme au figuré. Si  j'ai pris 6 kilos en 3 mois, à bientôt 6 mois, il y en à 7,5 au compteur. Et d'après l'échographie, le petit knicker a bien profité. Comme quoi, lecteur égaré, il ne faut pas croire ce que racontent les gynécologues sur la prise de poids régulière et contrôlée pendant la grossesse. On fait comme on peut. Et des fois, on ne peut pas grand chose, et on a juste envie de foutre des baffes au monsieur en blouse blanche qui nous dis « tout va bien...mais vous grossissez trop vite, madame », et qui ne sait visiblement pas de quoi il parle.  Bon ok, les deux piscines du campus l'absence de fromages et de chocolats décents dans ce foutu pays, et surtout la fin des nausées y sont surement pour beaucoup. Mais peu importe les raisons. On fait comme on peut.

 

Ce n'est pas seulement le poids physique qui s'allège. Début septembre, l'homme apprend que finalement, c'est en octobre qu'il part. Retour prévu fin janvier. C'est la panique totale, et  la perspective de me retrouver un matin de décembre après 24 heures de transport, un gros jetlag, deux grosses valises et 1,75 enfants sous le bras à l'aéroport de Toulouse seule sans voiture pour rentrer dans un chez moi inconnu et de toute façon sans les clés dudit chez moi me flippe un peu, mais quel soulagement, au fond. Je le sais, je suis mieux sur mon vert campus et ma fille avec sa ferme mais gentille maitresse et les autres kids que seules à huit clos dans une maison inconnue au milieu des champs de mais palois. Son père lui manque, mais comme sa mère à globalement le moral, c'est supportable. C'est comme si j'avais eu raison de forcer le destin. Reste ce printemps perdu.