Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

27 novembre 2009

Circuler vert aux Etats-Unis: the reCYCLEry

Qui dit Etats-Unis dit voiture. Rien n'est fait pour les pietons. Les distances sont démultipliées (et il n'y a pas de centre ville). Les trottoirs ne sont de toute façon pas conçus pour qu'on puisse marcher (défoncés, discontinus, passages fréquents au dessus des autoroutes qui traversent les villes de part en part -bien que discretement, derrière des rangées d'arbres, et sans trop de fréquentation, donc de bruit, dans le coin ou je vis) dessus. Enfin, "marcher" n'est tellement pas dans la culture des americains que même lorsque c'est possible, vous êtes:
1) seul. Ma ville a essayé de restaurer le centre manufacturier pour en faire un ensemble de magasins "dans le jus" et un peu bobo. Une réussite. Sauf que le commentaire qui vient tout de suite à l'esprit en se baladant, c'est "c'est joli, mais ou sont les gens?" Cente ville peut-être, mais ville fantôme surement.
2) suspect. Genre le mari en stage 1 mois à Washington il y a quelques années, à qui une longue marche n'a jamais fait peur, et qui se fait arrêter par les flics, juste parce qu'il marche dans la rue pour aller au boulot. C'est suspect (un dealer? )


Mais qui dit campus americain dit souvent possibilité de se déplacer à vélo. Et pour peu que le campus soit  assez vieux pour être situé au coeur des quartiers "historiques," on peut souvent faire la route entre son appart et son labo en pédalant 20-40 minutes dans la verdure.

Ce n'est pas l'option que j'ai choisi, étant enceinte, avec un enfant, et sans assurance maladie le premier mois. (Quand on est en forme, il y a des systèmes conçus tout exprès pour le pédalage avec enfants: devant sur le guidon pour les petits, et genre de side-car ou de remorque très bien amenagée avec habillage pluie pour les plus grands).
J'ai pris l'option "marche+ voiture." J'ai acheté une voiture que je n'utilise guère que pour l'aller-retour quotidien à la crèche et les courses "gros volumes" (couches, gros sacs de farine, etc.). Grâce à des amis surplace, j'ai pu me mettre en quête d'un logement bien avant mon arrivée, et, sur la base de leur conseils éclairés, j'ai trouvé un deux pièces un peu défraichi (comprendre "quelques rencontres noctures avec des cafards") mais idéalement situé:

1) le campus est à 2 minutes de marche, pile au bout le la rue, et une fois sur le campus j'utilise l'excellent système de bus intracampus pour me rendre au labo.

2) l'appart est situé dans une maison de l'un des quartiers historiques (comprendre "vieilles maisons en bois avec porche datant de 1920." D'ou les cafards. Si vous voulez le charme local, le porche en bois, il faut accepter les craquelures dans les murs, et donc les cafards. Un tous les trois jours quand il fait chaud, mais gros comme deux doigts -taper "cafard americains" dans un moteur de recherche, et vous constaterez qu'il n'y a pas d'exaggeration marseillaise dans mes mesures). Et les vieux quartiers sont au centre de la ville, en pleine forêt.

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Ce genre de maison (là c'est la version renovée-sans cafard. Celle ou j'habite est, disons, plus défraichie)

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Ou celle-là, que j'affectionne tout particulièrement (photo prise en ballade aujourd'hui)

3) A distance marchable d'un wholefood (supermarché bio), d'un bookstore, d'un square avec toboggans-balançoires, et du meilleur American brunch de la ville, bref, de ce dont j'ai besoin pour fonctionner au quotidien. La localisation idéale (sauf pour les cafards. J'ai prévu un post sur "comment je me suis débarrassée des cafards pour moins de 10$").


  Après mon arrivée, j'ai découvert les célèbres "showers" de l'arrière saison (une pluie genre mousson qui dure de 2 à 5 heures, et au cours desquelles les meilleures bottes ne vous protègent pas vu que vous avez de l'eau jusqu'au genoux, à l'occasion desquelles les étudiants sortent leur planche de funboard pour aller faire des glissades sur les pelouses inondées du campus, et où, à l'arrêt au milieu de la route, de l'eau jusqu'à mi jantes dans votre mazda d'occas, vous vous dites que les pickups, c'est peut-être pas si mal). Et j'ai constaté que "quartier sous les arbres" = "feuilles mortes mouillées tapissant l'intégralité de la rue du 30 septembre au 15 décembre". Quand on ajoute l'absence d'un éclairage potable dans lesdites rues, on obtient un terrain franchement glissant, au propre comme au figuré. Pas plus de vélo donc, j'ai persévéré dans mon système voiture+pieds. Voiture qui sert d'ailleurs à transporter mes collègues à vélo pour les diners en soirée.

Note: on pourrait penser que je suis une chochotte. Je precise donc que par "quartier sous les arbres", je n'entend pas seulement "petites rues sympatiques bordées d'arbres." Les rues sont entièrement recouvertes par les arbres, et les maisons sont construites DANS la forêt. Si je suis chez moi un dimanche à midi, qu'il fait 28° et grand soleil dehors, j'ai quand même les 2 lampes du salon allumées, à cause de la densité des feuilles.

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Photos prises aujourd'hui. Temps sec, sans vent, ensoleillé. Feuilles sous contrôle

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Le chemin qui passe derrière la maison, ou je gare ma voiture en semaine. Photo de mi octobre. L'année dernière, à la même époque, je déneigeais ma voiture tous les matins avant de partir à la fac. Cette année, je la.... défeuille?

 

Mais tout le monde n'est pas en voie de baleinisation avancée, et quand un compagnon de galère (comprendre " ex cothesard qui n'a pas non plus trouvé de poste en France et qui va de postdoc en jobs d'assitants un peu partout en Europe en attendant une eventuelle ouverture dans les dix prochaines année") a pointé le bout de son nez à l'aeroport samedi dernier pour quelques semaines de recherche sur le campus, nous nous sommes mis en chasse d'une bécane qui lui permettrait de faire les quelques 10 kilomètres séparant son labo de son hotel. Dispo dans les 24h (il n'est là que pour 3 semaines), pas cher (postdoc precaire etc ect ect), et revendable en 24h à la fin du sejour. Problème, c'est la saison creuse, peu de départs en plein novembre, peu de vélos à la vente.

On nous conseille de nous adresser à la reCYCLEry de la ville voisine, association qui retape et revend des vélos d'occas. Nous consultons leur site, et leur groupe facebook, l'association semble vraiment avoir pour vocation de faciliter les transports écolo dans la région. Ils proposent des ateliers hebdo pour retaper son vélo ou une carcasse donnée à l'assoc, que l'apprenti bricoleur pourra in fine ramener chez lui gratuitement après l'avoir remis en état et "donné" quelques heures à d'autres bécannes. Ils organisent aussi des journées itinérantes de remise en état sur les campus alentours. Eaxctement ce qu'il m'aurait fallu  l'année dernière alors que je tentais -sans succès- de donner une seconde jeunesse à mon vieux vélo voilé, crevé et toujours crevé après changement des chambres à air et des pneus (??), et que j'ai de guerre lasse déposé chez Emmaus à l'occasion du déménagement.

Nous passons un coup de fil, on nous propose de passer chercher un vélo le lendemain soir, 80-100$. C. fait un peu la moue, c'est vraiment la limite haute de son budget, mais c'est la seule piste. "Vous êtes dans le coin trois semaines seulement? Ah bon," nous dit alors le gars au téléphone, "dans ce cas je vous le loue si vous nous le ramenez en partant. On s'arrangera."

Le lendemain sous une pluie battante et dans une nuit noire, un sympatique  retapeur nous attend à l'entrée d'un cimetierre à vélo. Des centaines de carcasses attendent d'être retapées, les bécanes remises en état bénéficient d'un abri couvert. Je sais d'après leur site qu'ils cherchent un terrain plus grand pour les accueillir, de visu je comprend bien l'étendue du problème.

Quelques photos issues de leur  site facebook (de jour et pas sous la pluie ;))


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Notre gentil recycleur au travail.

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Le sunday workshop

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Le gars nous explique l'esprit de l'association, et propose alors à C. de lui prêter le vélo pour rien, vu qu'il ne reste pas longtemps et que ce qui les interesse, à la reCYCLEry, c'est vraiment d'avancer la cause du transport écolo. En remerciement? Qu'on diffuse le bon plan largement sur le campus. Ici ça marche à la confiance. Pas de dépot de garantie, de photocopie du passeport. "Rappelez moi 2 jours avant votre départ pour le ramener." Le schnik profite de la discussion ("vous êtes français? Ah Paris...") pour se rouler dans la boue avec le bébé labrador du recycleur.

Whaouh! Ca change des expériences que j'ai pu faire dans bien des endroits "bio" en France. Parce qu'il faut bien avouer que mes premiers passages dans les seules boutiques bio à moins de 30km de mon domicile en Alsace (deux magasins de "chaine bio" bien connues) ont sérieusement calmé mes ardeurs de débutante, à un moment ou j'avais plutôt besoin de conseils, de papote, d'encouragements. Là c'était plutôt business, business.

A la base, le choix même des produits en vente dans bien des magasins bio/ endroits alternatifs me déplait: on vend des petits sacs de cotons "bio" ou des couches jetables "bio" plutôt que des couches lavables ou de la flanelle/tissu éponge au metre pour se faire des lingettes réutilisables (ou carrement les lingettes surfilées et doublées). On trouve des lentilles corail et autres céréales suremballées au lieu de privilégier l'achat au poids dans des petits sacs en papier. On met en rayon des dizaines de produits d'entretien écolo hors de prix au lieu de proposer les produits de base nécessaire pour se fabriquer à peu de frais ses propres nettoyants selon les principes du Raffa ménage (pas toujours facile de savoir ou se procurer des cristaux de soude/ du bicarbonate de soude, du blanc d'espagne, du savon noir ou neutre, la première fois). Et qu'on ne me dise pas qu'il faut bien être rentable, il y a tout à fait moyen de rentabiliser un espace bio en vendant des lingettes et couches lavables...

En plus, on vous fait bien comprendre qu'on n'a pas vraiment le temps de vous indiquer  ou se trouve telle ou telle huile essentielle ou hydrolat (alors que vous savez à peine ce qu'est un hydrolat).


Enfin, le jour où vous vous risquez à commander un sac de 5 kilos de farine T65, on vous repond "pas de problème, on vous appelle la semaine prochaine quand il arrive," et quand on vous rappelle 6 (!) semaines plus tard pour dire que la commande est arrivée et que vous répondez alors que depuis le temps, bah vous avez fini par vous fournir ailleurs, la farine vous en avez besoin un peu plus souvent qu'une fois toutes les 6 semaines, vous vous faites insulter...

Alors quel contraste avec la gentillesse (et, au passage, avec les prix moyens pratiqués) que j'ai trouvé dans cette recyclery, mais aussi dans le scrap exchange du prochain post, et plus généralement dans les dépot-vente et friperies que j'ai pu fréquenter ici. Les endroits de consommation alternatives  de notre belle France comprennent-ils toujours qu'il ne s'agit pas simplement de vendre des produits alternatifs, mais de proposer une autre approche de la consommation plus largement, une autre philosophie, un autre accueil? Pas sûr. Ou alors, je n'ai juste vraiment pas eu de chance jusqu'à présent

Happy thanksgiving!

Pour une fois que le contenu de mon assiette n'est pas simplement "différent," mais qu'il est aussi "délicieux" (pas la première quand même, mais les occasions ne sont pas si fréquentes), je me devais de partager ce plaisir des yeux à défaut de pouvoir partager le plaisir des papilles:


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Et je n'ai pas de photo des 4 gateaux servis pour dessert: la pumpkin pie, un carrot cake, un cranberry upside down cake, et le tiramisu apporté par une collègue italienne.

Tout cela grâce à la gentillesse d'un jeune couple de collègues americains, qui nous ont proposé de partager leur réunion familiale (parents, frères, soeurs, neveux, nièces) avec nous. Merci, merci, merci!

Nous n'étions pas aux fourneaux, le schnik et moi, pour préparer ces ravissantes assiettes, mais le four a bien tourné quand même. Nous avons apporté 3 fournées de Bredele, petits gateaux alsaciens, pour fêter l'entrée dans la periode de Noël. Orange, chocolat, miel-4 épices. Dessert choisi spécialement parce qu'il se conserve plusieurs semaines, donc pas obligation de consommer le soir même. Ouf!

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Des recettes issues de ce petit livre, une sorte de bible familliale, et que je me suis cassée la tête à convertir en cups, oz, et sticks (je reviendrais largement la semaine prochaine sur le casse tête des mesure americaines pour un français). Très approximativement. Mais c'est l'avantage des recettes de bredele alsaciens. Avec un peu plus ou moins de beurre, de sucre, beaucoup plus ou moins de farine, de la baking powder (levure americaine) au pifomètre, à l'arrivée on a toujours ces petits gateaux au goût unique et inratables.

Le meilleur de la "culture d'accueil" americaine, et une petite idée de ce qu'aurait pu être le pire du thanksgiving au fil des discussions et des anecdotes. Je pensais que le thanksgiving était une fête impossible a "récupérer commercialement." Pas d'échange de cadeaux, juste un bon diner, à base de dinde, de patates douces, de potiron et de cranberries. Pas de quoi faire des heureux dans les départements marketing des grandes compagnies. J'ai découvert ce soir que c'est en fait le contexte de la fête qui fait est exploité. Le thanksgiving a lieu le troisième jeudi du mois de novembre, c'est un jour férié, et le vendredi n'est en général pas travaillé non plus (et le mecredi, tout tourne déjà au ralenti: campus desert, pas de bus). Ce sont les jours de plus grosse fréquentation dans les aéroports et sur les routes, les vacances familiales par excellence.

Et bien tenez vous bien, le vendredi suivant le thanksgiving (demain donc) est devenu le plus gros jour de soldes de l'année, le jour ou débute le "shopping de Noêl," avec réduction de 50% au moins dans la majorité des grandes chaines de commerce de détail. On l'appelle d'ailleurs "le black friday." Et ce n'est pas tout. Pour l'occasion, toutes ces grandes chaines (de t*oysRus a M*acy's) ouvrent à 4 ou 5 heures du mat, avec des réductions spéciales entre 5 et è heures de matin. J'ai pu entendre une belle variété d'anectodes: la famille de la cousine qui ne va pas se coucher la panse bien pleine, mais qui prend la voiture en pleine nuit pour aller faire son shopping de Noël, les cohues, les morts etouffés et piétinés à l'ouverture des portes des magasins les plus connus qui font l'actualité chaque année, les embouteillages, les heures d'attente pour trouver une place de parking. Bref, moyen sympathique de passer son temps en famille.....

17 novembre 2009

La forme et le fond

C'est bien gentil, cette rédaction sur le thème « qu'avez vous fait cet été », mais ça n'explique pas pourquoi je n'ai pas bloggé pendant tout ce temps. J'aurais pu partager, dépassionner, crier à l'aide, dérisionner ces problèmes d'enfant gâté par la vie. Mais je me suis tu. Pour differentes raisons à différents moments.

De juin à août, c'est maintenant bien clair, hein, j'étais occupé à ne pas gérer mes nausées.

Depuis mon arrivée ici, j'étais occupé ailleurs. Sur mon blog professionnel, d'abord, puis sur le blog privé que j'ai créé pour donner des nouvelles à ma familles et mes amis et que j'ai eu à coeur de mettre à jour régulièrement quand le mari est parti loin tout la bas dans l'autre sens.

Ce qui m'intéresse ici, c'est pourquoi je n'ai pas bloggué entre mars et juin. Parce que pendant cette période, des posts, j'en ai écris. Plein. Sur mon état d'esprit, tout une série sur le désencombrement (avec le déménagement....), sur la vie du misérable post-thésard encore plus misérable qu'avant, sur l'allaitement, sur les couches lavables. Je n'en ai posté aucun. Parce que j'avais perdu la forme et le fond. Pour expliquer ce qui s'est passé, je devrais peut-être me soumettre à l'exercice du « why blog » qui a agité la toile l'hiver dernier.

 

J'ai d'abord rencontré cette interrogation périodiquement sur tel ou tel blog que fréquente, quand le découragement ou la tentation de fermer guette. Les commentaires suscités par ces interrogations étaient aussi enrichissants que les doutes eux-mêmes. Puis la question s'est posée collectivement, il y a un an environ: le blog est-il un espace de vérité, de représentation, la blogosphère est-elle un monde fermé ou ouvert, de tolérance ou d’intolérance, de liberté ou de pouvoir. Questions exhumées une fois de plus à l'occasion du classement Elle-wiki des bloggeuses influentes, au printemps dernier. Car ils y a ceux qui livrent leurs états d‘âme de la manière la plus sincère et la plus brute possible, peut-être pour démêler les noeuds. Et ils y a ceux qui mettent en scène (leur maison, leurs enfants, leurs convictions politiques, éthiques, et citoyennes, leur moralité, leur religions). S'agit-il de dissimulation ni de travestissement? Je doute que ces femmes et hommes là souhaitent apparaître comme mères/pères parfait (e)s, citoyens absolument responsables, humanistes éclairés.  Peut-être s'agit-il seulement de « presser » sa vie pour en retirer le bon et le beau, de « tisser » une toile avec ces fils, une toile à regarder les jours gris, les jours bleus. Mais quand même, depuis ces deux series de questions collectives, des envies de blog bis qui fleurissent (moi évidemment, je n'ai pas ce genre de problème, j'ai toujours eu un "blog bis").

 

Pour moi, blogguer, c'est avant tout lire des blogs. Et pas lire des posts, rassembler de l'information (sauf pour les blogs de cuisine, et encore, j'ai mes fidélités), mais bien lire des blogs. J'en suis un certain nombre, de jours en jours, de saisons en saisons. J'aime regarder et écouter ces inconnus vivre. Évidemment, il a bien fallu que je confronte ma propre conscience, et que je me demande sérieusement si ce n'était pas là pratiquer une sorte de voyeurisme. Mais je pense que je peux me faire crédit, pour une fois, d'une certaine « soundness » en la matière. Ce qui m’intéresse n’est pas d'épier la vie des gens, mais de comprendre, de sentir ce qui se passe dans leur tête et dans leur cœur. Lire des blogs me donne accès à la petite histoire, le creuset de la grande, et c'est l'intersection des deux, d'ailleurs, qui est mon gagne pain. Il me permet aussi d’ écouter, d'entendre et de recevoir ceux que je ne croiserais jamais dans ma vie de tous les jours, ceux qui pensent différemment en raison de leur origine géographique, sociale, culturelle, en raison des bonheurs et épreuves qui les ont façonné, ou parce qu'ils ont un mode de vie si différent du mien que je ne les croise jamais. Cela me permet de ne pas m'arrêter à la brutalité des mots, même quand elle me déchire, mais d'en comprendre la source.

 

Pour ce qui est d’écrire, il s'agissait simplement au commencement de demander conseil. Quand on pénètre l’univers du vert, du simple, du bio, on a parfois un peu l’impression de  frapper à la porte d'un monde inconnu, ésotérique et fermé, ne serait-ce que par son vocabulaire barbare: « cristaux de soude, huile de lin, agar agar, savon d’alep, salsifis, phase aqueuse, T80-T110, tea-tree, » et j’en passe.

Puis les posts « états d’âme » ou « compte rendu émotionnel » se sont faits plus fréquents.  Une catégorie « tisser un fil » est apparue. Puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. De tisser un fil, de donner une continuité à ma vie. Puis des tags, « petite histoire » et « au fil des saisons ».  Je ne les relis jamais, ces posts mais je parcours souvent la catégorie, les titres, les mots qui sautent aux yeux, les images associées. Quand je me sens éparpillée, ou que je sens que je piétine, ça me fait du bien. J'écris donc d'abord ce blog pour moi, et devenir amnésique de ne pas l'avoir fait 7 mois durant (cf post précédent) rend cette nécessité d'autant plus impérieuse. Je n'ai pas l'impression de trahir la thématique globale de ce blog, simplicité volontaire et écologie, car les valeurs qui sous tendent mes errances des mots et de la chair, celles aussi de ma foi, sont bien les mêmes. Mais je ne voulais pas que ce blog devienne un « journal intime », c'était un autre ton, un autre sujet, un autre lieu. Et j'ai eu du mal à trouver une juste balance, un terrain de réconciliation.

Je commente peu. Jamais pour dire « ah tiens » ou « intéressant », et c’est comme ça, rarement pour dire « ça me touche » ou « je pleure » ou « merci », et je le regrette et tente de m’amender. Quelques fois quand j’ai une expérience ou information précise à faire partager, surtout pour dire « je pense à toi », souvent hors de propos, mais c’est ma façon.

Je reçois peu de commentaires, et ça ne me vexe absolument pas, étant moi même une lectrice silencieuse. En plus, j’y réponds souvent longtemps après, ce qui peut passer pour de la muflerie (en fait c’est juste que je suis mal organisée). Mais tous me touchent beaucoup. J’y pense, j’y repense, je les mâche et les remâche. Et je suis particulièrement heureuse quand un lecteur silencieux me laisse juste un commentaire une fois en passant, pour me dire « je suis X et je te lis ». Juste parce que cela donne une chair à une adresse IP qui passe régulièrement une dizaine de minutes, et je me demande bien qui, et pourquoi, et ce qu’il ou elle y trouve.      

 

Aux premices du printemps dernier, donc, j'ai perdu le fond et la forme. Ces préoccupations de simplicité volontaire, d'écologie, d'essence, d'harmonie, etc. sont passées au second plan. Besoin de consolidation? Sortie de route? Peu importe. J'étais prête à patienter. Mais plus grave, j'ai perdu la forme. J'ai commencé à ressentir une franche irritation à la lecture de nombres de blogs sur ces sujets (pas les blogs ou je suis une "habituée", hein, sinon je serais tout simplement venue vous en parler). Il m'a semblé qu'en matière de vert, finalement, comme en toutes les matières, le monde de ces écolos, de ces simples, était peint de noir et de blanc, peuplé de gentils et de méchants. Les écolos de tous poils, tout autant que les industriels et les « non-mais-on-ne-peut-pas-se-mettre-à-psychoter-pour-tout-tout-de-même », me semblaient fabriquer des épouvantails, se battre contre des moulins, et jeter le bébé avec l’eau du bain. Des deux côtés, la fin justifiait les moyens. Au motif qu'il y a urgence, ce que je ne nie absolument pas. Du coup, les posts sur l'actualité politique, environnementale et autres me paraissaient décalés  : constat correct, et remèdes proposés pire que le mal. Quand aux posts sur la vie de tous le jours, les trucs, les modes de conso et de vie, j'y lisais une certaine autosatisfaction, une certaine condescendance, la même que celle que bien des mères débordées lisent dans ces posts de blogs famille-déco-couture empilant des images d'interieurs parfaitement rangés, harmonisés, chinés, bricolés, pensés, avec, comble, la mention « photo de mon bazar », la même que celle que les êtres humaines lisent dans ces posts de blogs mode « je rentre dans un 36, j'ai une frange, je fais la gueule, j'ai les genoux en dedans, mais je suis hype, et si je mets une chemise à carreaux, ça n'a rien à voir avec la tienne. »

J'ai lu en hurlant ou pleurant franchement des flots de posts pro-allaitement à je ne sais plus quelle occasion (journée/semaine nationale de l'allaitement au printemps?), donc certains me semblaient malsains ou de mauvaise foi, en tout cas prenant pour cible des caricatures de femmes que je n'ai jamais rencontré dans la vraie vie. J'ai lui avec sidération des dizaines de posts panglossiens sur les couches lavables, choisies sans problèmes, essayées et aussitôt adoptées, « y-a-vraiment-aucune-raison-de-ne-pas-les-adopter », et je me suis vraiment demandé si j'étais ne n'étais pas un peu sous-douée avec mes problèmes de vêtements, mes problèmes d'organisation, mes mois ou ça va nickel, mes mois où ça fuit tous les jours ou presque, mes mois où ça sent un peu, parce qu'elle change de corps et de métabolisme tout le temps, et les mois à ça fait juste chier d'avoir la poubelle à transvaser dans la machine tous les 3 jours, puis à étendre, à s'inquiéter des changements de taille, des changements de débit, à surveiller le site tous les jours au cas ou il y aurait celles que j'utilise à vendre pour compléter. Alors j'ai à mon tour écrit quelques posts furieux et catégoriques « ma vérité sur les couches lavables », « ma vérité sur l'allaitement ». Que je n'ai jamais publié. Parce qu'ils n'étaient pas moi.

Pourtant, je n'ai pas peur d'exposer mes « préjugés». Je n'ai rien contre les préjugés, ni les miens ni les autres, à partir du moment ou ils sont désignés comme tels. Car après tout il faut bien commencé quelque part. Et je n'ai pas peur de la contradiction. Dans une certaine mesure, j'écris même pour être contredite, pour que ma position soit infléchie, ou si elle n'est pas, qu'elle prenne du corps, de la souplesse, de la profondeur, de la chair. Dans une vie idéale je posterais beaucoup plus sur mes préjugés, et les lecteurs viendraient me contredire sans me braquer ou me détruire, parce qu'ils traiteraient mes textes comme tels, avec humanité, avec respect.

Mais ce n'était pas moi, parce que ce n'était pas le bon ton. Parce que ma vision du monde, familiale, religieuse, citoyenne, est faite de toute une gamme de gris. Je me suis même fait profession de peindre ce nuancier de gris. Et par ricochet, je me vois comme une composition de gris dont les teintes évoluent jour après jour. Ce n'est peut-être pas un « défaut » ou « une limite », mais ce n'est certainement ni une « qualité » ni un « avantage.» Un tel regard, que certains nommerait peut-être doute, m'empêche souvent de m'engager, de signer, de voter, de prendre parti, d'agir. Mais c'est moi.  Moi qui ne crois pas que « qui ne dit mot consent ». Moi qui ne crois pas que « qui ne s’oppose pas approuve». Moi qui ne crois pas que la fin justifie les moyens, ou plus exactement, et pour une fois, je suis péremptoire, moi qui sais que la fin n'est jamais indépendante des moyens, de sorte que c'est jouer un jeu très dangereux.



 

 

Depuis que je suis ici,de l'autre côté de l'océan, j'ai progressivement retrouvé le fond et le ton.

Pour le fond, c'est une affaire de circonstances. Il suffit d'arriver dans un deux pièces sommairement meublé et équipé, dans un pays aux us, coutumes, objets, sujets, temps, couleurs, lieux, nourritures totalement étrangers, avec de nouvelles habitudes à construire, avec un enfant sous le bras et un autre dans le bidon, avec en tout et pour tout une valise (qui a passé un jour la douane americaine à New-York sait pourquoi cette frugalité dans mes bagages) contenant 3 paires de grandes et 3 paires de petites chaussures, quelques vêtements bientôt inadaptés, 1 doudou, une poupée, une trousse de toilette, 1 livre et un dossier pour moi, 3 livres et 6 crayons de couleur et un demi jeu de memory pour elle, 2 CD, 5 DVD (question de zone), un parapluie, un appareil-photo, une camera, un ordi, un disque dur, un baladeur MP3, du cablage,  une écharpe de portage aussitôt rendue inutilisable par grossesse, le système de santé pourri, et les distances élargies, un ensemble palmes-masque-tuba et petits bras et 3 maillots (chacun son minimum vital, hein...). Et il suffit de garder à l'esprit que quatre mois, deux saisons, un certain nombre de fêtes, d'occasions, et de découvertes professionnelles plus tard, il faudra repartir avec pas plus de deux valises de 23 kilos, un enfant un peu plus grand sous le bras et un ventre énorme dans l'autre sens. Il suffit d'avoir un salaire quasi-doublé par rapport à 10 ans de précarité universitaire (côté pile du miracle américain), et à l'arrivée un niveau de vie presque divisé par deux par rapport à sa vie en France (côté face du miracle américain).

La sensation que pour 4 mois le compteur est remis à 0 en terme de désencombrement, mais qu'il ne faut pas dépasser 23 kilos d'achats à ramener en 4 mois. Le décalage des traditions dans les modes de consommation, de recyclage, d'alimentation, de vie. Le sentiment que tout est à construire, et que pour une fois qu'on a pas a abattre les murs d'abord, il faut essayer de ne pas construire de travers. Mais l'urgence de se construire un abri de fortune en même temps, sans avoir le temps de penser à tout, à toutes les conséquences, dès les premiers jours.

Pour le ton, c'est une affaire de temps. Une certaine colère s'est apaisée, une certaine frustration s'est envolée. Mais pas pour que revienne le ton d'avant. Les nuances de gris ont irrémédiablement changées, il faut faire raisonner un nouveau la. Un ton sur le même fil, mais 7 pas plus avant.

Posté par mowgli nomade à 05:29 - tisser un fil - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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16 novembre 2009

Petite annonce

Cher lecteur égaré, si tu as survécu à la diarrhée verbale du précédent post (7 mois de mots à rattraper), tu as compris qu'à partir de janvier, j'aurais -encore- une nouvelle vie a construire, un nouveau trou a creuser, de nouvelles routines à mettre en place, dans cette région inconnue qu'est la campagne paloise. Si donc tu habites dans le coin, et que tu as des bonnes adresses en tous genres (fermes, magasins, dépôts vente, musées, nounous sympas puisque visiblement les crèches de mon secteur sont toutes overbookées pour 10 ans, pédiatres, ostéopathes) à me conseiller, des trucs et astuces à me refiler, des coutumes locales à m'enseigner, moi et mon empreinte écologique t'en serions infiniment reconnaissantes.

Mais attention, hein, Pau et ses champs de maïs plutôt versant Nord. Parce que si mon expérience paloise se limite à trois semaines, j'ai quand même bien intégré qu'aller de quelque-part-au-nord à quelque-part-au-sud de Pau n'est bon ni pour la planète, ni pour mes nerfs d'énervée du volant, ni pour mon emploi du temps.


BLASON_PAU

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14 novembre 2009

Le printemps perdu

Les photos de par-chez-moi sur cette île qui porte si bien son nom et qui me manque tant sont empruntées sans vergogne à mon petit frère qui, privilège de son jeune age, trouve toujours le temps d'en faire le tour une fois dans l'année. Evidemment, pas question d'être sans vergogne sans être son frère.

Comme je suis malgré tout une fille bien élevée (et un peu parce que je suis historienne), j'ai cherché à rassembler les morceaux épars de ma vie depuis 7 mois, à saisir ce que je fut et ce que je fis en ces temps là.

Et j'ai eu froid dans le dos, le sentiment d'un immense gâchis (« perdre son temps » apparaît désormais comme une expression pleine de sens....littéral), et, malgré les circonstances atténuantes que je me suis cherché, des regrets au bout du compte.

Froid dans le dos en constatant les difficultés que je rencontrais à reconstituer mon passé récent. La femme sans passé. Cette année 2008-2009, je n'avais même pas un agenda où noter mes rendez-vous, nos plans pour les weeks-ends, les vacances, nos multiples déplacements, croisement, etc. Professionnellement, je n'en ai jamais eu besoin : les cours, par définition, c'est régulier, et les dates des 3 colloques annuels ne sont pas bien difficiles à retenir. Pour le reste,  les soumissions, les partiels, les délibérations, tout est fixé par mail, si bien que ma boite mail me sert d'agenda chronologique. Pour le reste, j'ai un fichier word pense bête qui couvre le mois à venir, du cadeau à offrir au RV chez l'ophtalmo, des billets de train à réserver/échanger/annuler aux vieilles fiches de cuisine à trier de toute urgence depuis 5 ans. Je l'efface au fur et à mesure. Donc pas de trace, pas de mémoire. Peu de photos, toujours mauvaises, et surtout des photos du quotidien. Je ne pense jamais à sortir mon APN pendant une balade une famille, une soirée passée à refaire le monde avec des amis. Probablement parce que je n'aime pas interrompre le flot du discours. J'ai un bien journal dans lequel j'écris certes très irrégulièrement, mais dans lequel aux moments ou je sens que je me dissous, que je m'éparpille, je note l'émotion dominante de chaque semaine (apathie, désespoir, reprise, expectative, satisfaction du travail accompli, enfermement, paralysie, etc.). Mais je ne l'ai pas emmené avec moi. Et surtout, je n'ai aucune mémoire systématique, ce qui est bien un comble dans mon métier. Du coup j'ai une mémoire émotionnelle très développée, même pour ce qui est des concepts les plus abstraits et les plus techniques, mais ce n'est pas comme un catalogue que je peux feuilleter à loisir, j'ai besoin d'une étincelle pour mettre la machine en branle.

Alors?

Alors j'ai fais ce que je fais depuis 2 mois, calée entre deux grosses boites de carbones dans les sous sols de la librairie. J'ai fait du travail sur archives. J'ai reconstitué, à partir des quelques photos, mails stockés à la va vite et au hasard, grâce aux blogs des proches, grâces aux statuts facebook aussi. J'ai fait une chronologie.

Mon dernier post datait de mi-mars. Nous préparions cette fameuse soirée des trentenaires, le mari était rentré depuis peu au bercail après 5 mois de stage à l'autre bout du pays, c'était mes derniers TD, les plus difficiles, tout à inventer, aucun manuel pour m'aider et un prof référant qui m'avait dit clairement au début du semestre qu'il ne voulait rien avoir à faire avec ses chargés de TD, je passais des nuits à essayer de débugger mes programmes.

 

MARS

Le 22 mars, je termine mon sujet de partiel. Ce devait être une période chargée parce que partie de rien sans aucune indication, j'ai voulu concevoir du sur mesure pour mes élèves. Au total j'aurais passé quasiment 3 mois à n'enseigner qu'une matière. Je crois qu'il faisait froid encore, pourtant j'ai des photos du schnik en tee shirt dans le jardin. Très humide peut-être alors. Je me souviens qu'on allait chercher les légumes et les deux litres de lait entier non pasteurisé à la ferme, et que c'était très boueux. Dernière semaine de mars et première semaine d'avril, partiels, surveillance, paquets de copie sous le bras.

 

AVRIL

paysage1

D'après mes photos, c'est ce mois là que Manou vient en Alsace. Je crois que c'est le tout début du mois, mais c'est une déduction plus qu'un souvenir. Il fait encore froid, il pleut des cordes, tout est marron autour de nous quand nous sortons voir les brebis et leurs petits, on dine au coin du feu, et on ne peut pas marcher deux heures dans Strasbourg avec A. et son joli rire rauque sans finir par se précipiter dans un salon de thé. C'est bon, c'est bien, c'est la première fois que j'ai ma maman pour moi toute seule depuis que je suis maman moi aussi,  nous passons de longues soirées à revisiter mon enfance à la lumière de cette expérience nouvelle.   

Ce doit être une période d'intense questionnement aussi, j'imagine. J'imagine, parce que la liste des postes MCF est publiée depuis début mars, nous avons enfin confirmation de la mutation du mari à Pau (1 fac, deux heures de route de Toulouse, trois heures de Bordeaux, pas de TGV dans le sud ouest), et j'ai donc largement eu le temps d'en tirer les conclusions qui s'imposent concernant mon avenir professionnel. D'ailleurs, j'écris un post intitulé « sans issue » sur l'après thèse, que je ne publie pas, comme tous ceux que je rédige durant cette période. Alors, faute de pistes sérieuses en France, le 9 avril, la veille du départ pour le week-end de Pâques, j'envoie ma candidature pour un poste de postdoc aux US. Sur la pointe des pieds. J'y précise ma situation personnelle, que le mari doit partir loin, longtemps et dangereusement, mais qu'on ne sait pas quand, que je souhaiterais donc venir un semestre  sans pouvoir donner de date (très bon effet sur une candidature, mais on m'avait conseillé de jouer la sincérité, et c'est toujours ce que je finis par faire).

Week-end de Pâques en Bretagne. Humide (forcement!), marron tirant sur le vert algueux, mais frais. Je m'isole, parce que je suis perdue, j'ai un peu honte, quand même, on ne se marrie pas pour prendre son môme sous le bras et se barrer outre atlantique. Bref, je n'ai pas encore de réponse, pas pris de décision, et je me sens déjà coupable d'avoir entamer la démarche. Bon, et puis j'ai un papier à écrire, maintenant que j'ai enfin fini mes cours. D'ailleurs, la semaine suivante, le schnik reste s'ioder chez ses grands parents pendant que son papa travaille d'arrache pied et sa maman rédige son foutu papier. En théorie. Le temps de descendre du train et de rallumer l'ordi, la réponse est déjà là: «viendez quand vous voulez, premier semestre, ou deuxième semestre, ou les deux, ou plutôt en 2010-2011 si ça vous arrange. Dites le nous a temps pour le visa. Mon assistante prendra contact avec vous pour les crèches» Et ben, ça change du traitement -de sous-merde, il n'y a juste pas d'autre mot- que j'ai reçu cette année en France.

Donc il faut décider. Commencer par savoir si la vie avec un enfant là bas sera possible (places en crèche, etc.), puis, après 3 jours de vérification en tout genre, décider. Il me dit vas-y, tu le regretteras toute ta vie sinon, tu n'auras pas deux fois l'occasion, on se débrouillera. Et va-y tout de suite, tant qu'à faire, vu qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais encore moins après demain. Alors je dis oui, j'arrive fin aout, avec ma fille.

C'était mon premier choix pour l'année prochaine: une année libre de charge d'enseignement après mon lourd plein temps d'ATER, une vie qui s'organise sur les 5 miles carrés d'un campus américain après les 3 heures de route quotidiennes, un minimum de reconnaissance, tout du moins d'écoute, après le mépris et pire, l'indifférence, le silence subi tout au long de cette année. Une bibliothèque immense, le fond d'archives le plus riche du monde. Des séminaires où discuter, contester, écouter et être écouter.  Un rêve de chercheur. C'était mon premier choix, ce sera le seul, je n'ai même pas dégoté un entretien dans la campagne 2009.

Pas le temps de regretter cette décision, les premiers jours, un impromptu, vite, vite, il faut profiter que le schnik fait des patés de sables breton tranquille pour descendre à Pau chercher un logement. Oui demain. ça tombe bien, le petit neveu toulousain décide de montrer le bout de son nez pile cette semaine là. Nous rentrons tous les trois au bercail vers le 22 avril, et à partir de là, je sombre dans une faille espace temps.
Blanc total, impossible de me souvenir.

MAI

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Alors bien sur, il y a les centaines de démarches que supposent deux déménagements dans l'été, dont un à l'étranger. Deux recherches de logement, deux séries de changements d'adresse, les locataires, les déménageurs, le visa (ahhhh, le visa, un plein temps en soi) le jardin à finir, toutes ces petites choses mises de côté à terminer, régler. Bien sûr, il y a les 120 copies que j'ai corrige deux fois, parce qu'après la première correction il me semble soudain que mon barème ne rend pas justice à toute la gamme d'efforts ou de jemenfoutisme que j'ai trouvé dans les copies. Bien sûr, il y a toujours ce foutu papier, sur lequel je travaille un peu, visiblement, parce qu'il y a un peu d'activité sur mon blog pro et des blagues de chercheur sur mon statut facebook à cette péridoe, et que c'est toujours comme ça quand je réfléchis.

Mais quand même, ça ne remplit pas un mois et demi. Et les week-ends?  Et tous ces jours fériés?  Il y a le voyage a Bruxelles, chez le frangin, le petit dernier qui me dépasse de deux tête, la Chimey bleue, la différence entre art déco, art nouveau et art stalinien, la pâte à speculoos et le pain précuit du matin, les God*iva et le parterre de coquelicots pour la fête des mère belge, mais ça ne fait guère que trois jours.

Ai-je vraiment passé mes journées échouée comme une baleine sur couette bleue à noyer ma culpabilité de future-mauvaise-épouse-et-mère dans les mauvais romans des bas fonds poussiéreux des  bibliothèques municipales de France et de Lorraine? Et  mes nuits à errer sur la toile des blogs à... à quoi? Scruter les vies idéales, en tout cas morales, de ces mamans-superwoman qui arrivent à concilier boulot épanouissant, intérieur rangé-enfants bien habillés-cuisine élaborée-multiples activités-mari comblé//// recyclage incomparable- modes de vie irréprochables-empreinte écologique soutenable-moralité véritable, au choix selon selon la communauté blogesque considérée? Et le tout, sachant pertinemment ce que ma petite famille gagnerait à me voir accepter ma décision et faire de ces derniers mois passés ensemble des moments inoubliables.  Un gâchis, pur et simple.

Après? Après pas mieux, mais j'ai une excuse en béton, et puis le rythme s'emballe.

 

JUIN

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C'est la période des conférences, il faut réserver ses billets, la chambre à l'auberge de jeunesse, potasser google map, prendre contact, et surtout terminer ce foutu papier. La Belgique à nouveau, la capitale (c'est pratique), et fin juin, les Etats-Unis. 48 heures de voyage pour 48 heures de conférence, le grand raout annuel, trop de monde, trop peu de temps pour présenter (15 minutes de présentation, 5 minutes de rapport, 10 minutes de questions.. quand les autres intervenants ont tenu leurs temps -c'est à dire jamais-) des dizaines de sessions en parallèle...J'y ai échappé depuis le début de ma thèse, mais cette année, il faut y passer.

Pas beaucoup de temps pour ressasser mon statut de mère indigne....que je noie désormais dans les nausées. Le timing semble parfait, je dois terminer mon postdoc à Noël, j'en serai à sept mois. Sauf que courant juin, ça se précise, le mari partira 3 mois....à partir de janvier 2010. Et je ne peux plus déplacer mon propre séjour, puisque je dois (et je veux) rentrer pour l'accouchement....qui je prévois donc seule, dans une ville totalement inconnue, au trou du cul du pays.

Mais je ne suis plus vraiment en état de m'inquiéter. C'est 100 fois pire que la première fois, mon corps est entouré d'une gangue de toiles d'araignées de la minute ou je me lève à celle ou je sombre enfin. Je n'ai envie de rien et pourtant je dois passer mes journées à manger, de préférence des choses lourdes et ecoeurantes qui me collent à l'estomac pour « fonctionner », puisqu'il y a tous ces colloques, tous ces cartons, toutes ces démarches. J'ai du coton dans les yeux et les oreilles, un essaim d'abeille sous le crâne. Je ne vois ni n'entends distinctement. L'aller retour aux Etats-Unis est un calvaire: j'alterne hamburgers et lasagnes toutes les deux heures pour tenir le coup, je cours chez Mc*do entre deux sessions pour être capable de serrer des pinces, je prend 2 kilos en 2 jours. Les rares moments ou le brouillard se dissipe, je suis tellement mal que je cherche désespérément la fermeture éclair qui me permettra de sortir de cet horrible corps, comme le lendemain de mon retour en France. Mais le pire est encore à venir. Parce que juillet, c'est le mois des cartons, et de la poisse.

 

JUILLET

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Pas la grand poisse, le cancer, le chômage, non, la petite poisse qui frappe à la porte avec constance et acharnement tous les matins. Le lundi, le mari apprend qu'il ne pourra pas pendre de congres pour m'aider avant le déménagement, exercice jusqu'à mi juillet! Le mardi, en rangeant des cartons au grenier, il passe à travers le plafond. Gros trou, les locataires suivants arrivent dans 2 semaines, ça va être du plus bel effet. Le mercredi, la voiture tombe en panne devant la crèche, pour la troisième fois en deux semaines. Le problème, c'est qu'elle a redémarrée comme si de rien n'était chez le garagiste trois jours avant, qui n'a trouvé la panne.  Le vendredi, après avoir passé chaque minute de la semaine à appeler le platrier convaincre mon corps de prendre le bouquin, le poser dans le carton, saisir le rouleau de scotch, fermer le carton, non, non, ne pas finir au lit avec le bouquin, est une lutte, tous les livres, papiers, documents, archives sont stockés encartonnés dans le garage (donc le plus gros est fait). Pas de bol, le samedi, c'est l'orage de la décennie, et quand je rentre d'un diner, je découvre le garage (ou sont stockés tous les cartons de papier, donc), inondé. Une nuit passée à déchirer les cartons si péniblement  fermés, à essuyer. Les jours se suivent et se ressemblent. Poisseux  dehors, poisseux dedans. Les nausées sont toujours là, il fait toujours aussi humide (mais est-ce qu'il y a eu un printemps cette année?), mais c'est aussi la canicule dans la journée. Il n'y a plus vraiment de cuisine, je me nourris à la boulangerie, mon corps enfle tellement que je n'ose plus me peser (de toute façon la balance est avalée par un carton). Derniers cartons, chargement, train de nuit, arrivée à Pau à 6h30 un matin, je suis une épave. Petit déjeuné salvateur (le goût du thé, de la confiture) chez un ami attentionné, déchargement, et pas le temps de se reposer. L'homme est aussi épuisé que moi, il s'est farci 4000 kilomètres en 10 jours pour m'éviter d'avoir a descendre une des voitures, je peux bien lui préparer une chambre sans cartons. Idem pour le schnik que manou ramène le surlendemain. Son programme de l'année comprend deux déménagements, son départ, son retour, le départ de son papa, l'arrivée du bébé, et à défaut de retrouver sa maison en rentrant de vacances, je veux au moins qu'elle retrouve ses doudous, ses tableaux, son mobile, sa bibliothèque, son petit fauteuil. L'homme arrive le vendredi, le samedi c'est le baptême du cousin toulousain. Sur les photos, malgré l'anticerne à la truelle, j'ai l'air d'un zombie. Cerise sur le gâteau, le mercredi suivant, c'est Toulouse-Paris-Toulouse-Paris en train pour...les visas!

 

AOUT

arbre

Dans une autre vie, pendant ces trois dernières semaines précédent mon départ, j'aménage un nid douillet pour mon époux  bientôt délaissé, je mets au carré la maison et tout l'administratif, je lui prépare un mode d'emploi détaillé pour homme-qui-va-faire-ma-mutation-interacademique-et-son-repassage-tout-seul-pendant-4-mois (et avec une inavouable arrière pensée sadique, je me dis qu'au moins ce séjour à l'étranger au pour effet bénéfique de démontrer au mari -déjà favorablement disposé la plupart du temps à reconnaître mes mérites- à quel point je suis totalement indispensable dans sa vie, et pas seulement sur le plan sentimental). Ensuite, je concocte des diners aux chandelles, des piques niques dans les Pyrénées, des sorties à la piscine pour nous trois, des moments de complicité en famille. Dans une autre vie.

Dans cette vie de misère, il n'y à guère que la première partie du programme que nous accomplissons en 1 semaine à peine avec l'énergie du désespoir, et surtout le désespoir de l'homme qui reprend le travail aussitôt la dernière Billy monté, sans avoir eu une seconde pour se reposer. Quand a moi, mon corps ne répond plus. Du tout. Il refuse de faire un pas hors du lit avant midi sauf pour relancer le DVD de Winnie, babysitter officiel du schnik en ces semaines grises (avec Bourriquet, cela va de soi), il se contente de se laisser bercer des matinées durant par le tiptoptiptop des petits petons taille 23 sur le carrelage du long couloir qui lui plait tellement, après 3 ans d'escaliers escarpés. Mon corps refuse de peler les aubergines, les poivrons et les tomates pour faire la ratatouille, qui siérait surement mieux à son fessier que le chav*roux-baguette. Il refuse de classer, de trier, d'apposer les mentions « impôts& bulletins de salaire », « crèches à contacter à la rentrée », « sécurité sociale » sur les chemises colorées. Il refuse tout, en bloc. Il ne tolère que les aristochats, les dalmatiens de son enfance, et ne fait exception à son obsession que pour les ratatouille-à-moustache et les Wall-E-E-ve, en caressant le duvet qui lentement mais surement, s'épaissit sur le petit crane émerveillé (« encore les souris, maman, encore les souris »).

Non, le tableau n'est pas exact. Certes, quand il est seul à la maison avec le schnik, mon corps est une épave. Mais c'est plutôt rare, finalement. Autant la région paloise est l'endroit le plus enclavé de France durant l'année, autant c'est apparemment le centre du monde pendant la trêve estivale.  Il ne se passe jamais plus de trois jours sans une pizza maison au chorizo avec un verre de rosé devant la chaine des Pyrénées,  quelques verrines, un, deux, ou quatre lits dressés à la va vite. Il y a une tente et une piscine gonflable presque immédiatement crevée, des rires d'enfants, un marché noir de layettes, des aventuriers du rail, des diners aux chandelles pour 4 ou 8, des croissants et du pain brioché.  A défaut d'offrir un corps svelte (6 kilos au compteur les trois premiers mois, qui dit mieux?), un sourire radieux, et des vacances à l'homme, je lui offre de vraies tablées de famille le week-end, quelques rares instants d'été après des semaines de corvées. Et je culpabilise d'autant plus de ne pas être capable d'en faire autant quand nous ne sommes que tous les trois.  Car de jolis moments à deux ou trois, il y en a peu. J'ai trop honte, je me cache. Le 23 août, j'étouffe mes larmes dans le bourriquet musical du schnik qui me regarde interloqué, et je tend nos deux passeports au contrôle de sécurité. Je compte déjà les jours qui nous sépare des vacances de la Toussaint, ou il devrait nous rejoindre pour une semaine.


EPILOGUE

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Le temps de digérer les 3 avions, les quinze plans, la nouvelle crèche, les centaines de pages de formulaire, et le cornbread, les nausées disparaissent, ça fait trois mois. Le poids physique  s'allège. Au sens propre comme au figuré. Si  j'ai pris 6 kilos en 3 mois, à bientôt 6 mois, il y en à 7,5 au compteur. Et d'après l'échographie, le petit knicker a bien profité. Comme quoi, lecteur égaré, il ne faut pas croire ce que racontent les gynécologues sur la prise de poids régulière et contrôlée pendant la grossesse. On fait comme on peut. Et des fois, on ne peut pas grand chose, et on a juste envie de foutre des baffes au monsieur en blouse blanche qui nous dis « tout va bien...mais vous grossissez trop vite, madame », et qui ne sait visiblement pas de quoi il parle.  Bon ok, les deux piscines du campus l'absence de fromages et de chocolats décents dans ce foutu pays, et surtout la fin des nausées y sont surement pour beaucoup. Mais peu importe les raisons. On fait comme on peut.

 

Ce n'est pas seulement le poids physique qui s'allège. Début septembre, l'homme apprend que finalement, c'est en octobre qu'il part. Retour prévu fin janvier. C'est la panique totale, et  la perspective de me retrouver un matin de décembre après 24 heures de transport, un gros jetlag, deux grosses valises et 1,75 enfants sous le bras à l'aéroport de Toulouse seule sans voiture pour rentrer dans un chez moi inconnu et de toute façon sans les clés dudit chez moi me flippe un peu, mais quel soulagement, au fond. Je le sais, je suis mieux sur mon vert campus et ma fille avec sa ferme mais gentille maitresse et les autres kids que seules à huit clos dans une maison inconnue au milieu des champs de mais palois. Son père lui manque, mais comme sa mère à globalement le moral, c'est supportable. C'est comme si j'avais eu raison de forcer le destin. Reste ce printemps perdu.

08 novembre 2009

L'art d'offrir

Je suis partie abruptement il y a 7 sept mois sur un post "idées cadeaux," je peux bien revenir de la même façon, hein?

Il y a une semaine, c'était l'anniversaire du schnik (nb: surmon hasardeux donné par un papa attendri a sa petite fille de deux ans. origine du surnom trop compliquée à expliquer).
A la crèche aussi.
La tradition ici veut que le heros du jour amène des "present bags" à ces petits camarades. Le schnik en a déjà reçu deux depuis la rentrée. En général, un petit sac en plastique disney avec un ou deux petits objets totalement inutiles (un sifflet, une paire de lunettes factices -cf photo-) mais pas toujours (petit pot de pate a modeler) agrémenté de bonbons visiblement conçus par des chimistes et ingénieurs agro qui se prennent au choix pour Picasso ou l'apprenti sorcier, et de petits paquets de gateaux d'aperitifs visant à graisser les doigts, les canapés et les cuisses des petits camarades ravis.

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Les lunettes.... et l'attitude de starlette qui va avec.

Evidemment, impossible de me calquer sur ce modèle. Contraire à ma religion. Autant ne rien faire. Mais le schnik était tellement contente avec ses petits present bags, que je ne voulais pas "ne rien faire." D'un autre côté, je n'avais pas des dizaines de billets verts à mettre là dedans. Et n'ayant pas réussi à trouver ces foutus magasins de travaux manuels après des heures de voitures, je ne voulais plus mettre une roue en banlieue et gâcher mes week-ends dans des superstores et supersupermarkets. Il fallait donc quelque chose qui corresponde à mes valeurs, que JE trouve joli et utile, bon marché et trouvable dans les quelques magasins du centre ville. Après quelques heures de chine sur deux week-end, j'avais réuni ceci:

-une chute de tissu et un bout de ruban trouvé dans le scrap exchange de Durham, à côté du farmer market. Allez voir sur le site, leur initiative est fascinante. Ils vendent trois francs six sous des materiaux mis au rebut, des bouchons de bouteilles aux pipettes inutilisées, en passant par des chutes de papier cadeau, de tissus, de rubans, des vieux patrons, des boutons désasortis, des cartons: environnementally friendly et stimulant la créativité. Les matériaux sont vendus à l'état brut ou combinés en petits sachets avec des suggestions de petits bricolages. J'y ai aussi acheté des chutes de liberty, qui seront parfaites pour agrémenter des vêtements de poupée (et pas trop lourdes a transporter). J'ai passé mes longues soirées à coudre 10 petits sacs.

-des sucettes bio. J'en avait acheté un gros paquet chez Wholes Food il y a deux mois, et avec toute la merde que Delphine mange ailleurs qu'à la maison, je n'ai pas si souvent l'occasion de lui en donner (en général pour la tenir tranquille pendant les courses). Donc deux sucettes bio par sac.

-J'avais pensé à des des emporte pièces (cookie cutters) de Noël, me disant que ce serait mignon et utile pour les parents et les enfants pour préparer Noël. Je suis donc allée flâner dans les allées de Morgan Import. Finalement, les emporte pièce étaient énormes et vraiment trop cher (ils ne les vendent pas au kilo comme en Alsace, ici). Je me suis donc tournée vers les déco de Noël, qui étaient en train d'être mises en rayon. Là il y avait de quoi faire, et je pouvais les acheter par 10 ou 20 sans problème, mais elles étaient souvent trop petites, j'avais peur que les enfants les avalent.

Je me suis donc arrêtée finalement sur

(1)un jeu de -gros- grelots à suspendre dans le sapin: il y en avait 10, parfait.

(2) Du bain moussant emballé dans des petites têtes de singe. Gros succès auprès de delphine, la texture et la couleur étant vraiment mimi

(3)des têtes d'animaux à ventouser dans la baignoire pour suspendre son gant de toilette, ou autre: 2 paquets de 5

J'ai privilégié l'interaction parents-enfant plutôt que le plaisir immédiat de l'enfant. De mémoire, les « present bags » sont stockés dans les casiers et donnés aux parents en fin de journée, donc j'imagine qu'ils les ouvriront en famille. Seule point noir, c'est du made in China. Aux Etats-Unis, tout (TOUT) est Made in China, pas seulement ce qui est bon marché/de faible qualité. Je ne me souviens pas d'avoir acheté un seul objet ou vêtement non Made in China, à part une tunique explicitement écolo dans un magasin écolo made in US qui m'a du coup coûté un rein (j'en reparlerai). Au moins, tout provient de petits magasins du centre ville, et c'est déjà un exploit ici.

Enfin, j'ai recyclé une partie des horribles bonbons fluos et chimiques reçus pour Halloween. Je suis mauvaise, je sais.

A un moment, j'ai eu peur que ca fasse un peu vide....Ensuite je me suis dit qu'il est plus facile de faire du volume avec des chips et des cacaouettes soufflées qu'avec des sucettes bio, et j'ai oublié.

J'ai cousu à la main mes dix petits sacs en écoutant la radio, le soir, et j'ai demandé au schnik de les garnir avec moi, dans l'espoir de lui apprendre le sens partage, qui n'est pas sa qualité première et qui lui sera pourtant bientôt cruellement nécessaire.

Je n'ai pas eu de retour sur ces petits present bags, mais j'ai testé celui qui nous ai revenu avec le schnik. Un bain moussant et un collier pour Elise fabriqué avec le grelot et un bout de ruban plus tard, je me suis dit que j'avais rempli mon contrat. En me faisant plaisir.


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Lecteur égaré sur ce blog, meet Elise.




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