Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

21 septembre 2008

C'qu'on peut bien faire...

Je me souviens en terminale en philo, au cours d’une des séances consacrées au thème de l’humain, on avait discuté de ce mot d’un philosophe (ptêt bien Rousseau mais je ne souviens plus trop) qui parlait de la distance, disant qu’on avait plus d’empathie pour un chien blessé devant notre porte que pour un chinois torturé à des milliers de kilomètres (déjà….).

Les blogs ont rapprochés ceux qui sont loins, et désormais on assiste impuissant à la maladie, à la perte d’une moitié ou d’un enfant. On n’a même pas de mots, parce qu’après tout on ne se connais pas, alors que pourtant on a partager les pensées intimes de l’autre, ses humeurs, ses joies et ses doutes pendant parfois quelques années. On ne peut pas prendre la main puisque ces avatars virtuels n’ont pas de mains, et on n’ose trop rien dire puisqu’on ne fait pas partie des « proches.»

Alors on reste là, impuissants, à se demander c’qu’on peut bien faire.

Dans certains cas, tout de même, on peut faire.

(1) On peut s’inscrire sur les listes de donneurs d’organe. Ca ne coûte rien, à peine quelques secondes pour remplir ce formulaire. On reçoit une petite carte à glisser dans son portefeuille beaucoup beaucoup plus tard, un an et demi dans mon cas.

adot

Mais ça n’a pas d’importance. Dans ce cas ou on se trouve dans cette situation désespérée, ce sont les conjoints, parents, enfants qui ont cette décision à prendre. Et remplir ce petit formulaire est surtout prétexte à en parler avec eux, au calme, au cas où…pour qu’au cœur de l’horreur, alors que la répulsion d’avoir à donner un organe de l’être cher peu prendre le dessus, on puisse se souvenir de ses souhaits.

(2) on peut suivre une « initiation aux premiers secours » de la croix rouge.

croix

Il y a un mois je ne savais même pas que ça existait. Je n’avais jamais pu suivre les week-ends dédiés au secourisme proposés lors de mes études (10 places pour 150 demandes…), et je le regrettais amèrement. Un vendredi soir, le chtig bien au chaud à la maison avec son papa, je sors de la pharmacie, et avise un panneau : la croix rouge propose une initiation rapide aux premiers secours à la salle des fêtes. C’est l’occasion ou jamais, pour une fois qu’il n’y a pas de crèche, de cours, de rendez vous.

Ca dure une heure (comptez une heure trente avec les discussions avant et après). On apprend à mettre un homme dans une position de premier secours, la respiration artificielle et les massages cardiaques, et, nouveauté apparemment, à se servir d’un défibrillateur (comme dans le dernier James Bond. C’est très simple, tout est très bien expliquer, mais ça va encore plus vite si on sait déjà ce qu’on va trouver dans la petite malette). Et si on pose la question, on peut nous montrer la manœuvre de Heimlich au cas ou quelqu’un s’étouffe avec un aliment (comme dans Mme Doubfire, oui je sais, on a les références qu’on à), et la version adaptée pour les enfants. C’est particulièrement utile parce que rien ne vaut la respiration artificielle pratiquée sur un mannequin (on peut le faire d’une manière qui ne sert à rien sans même s’en rendre compte), et pour toutes les indications autour d’une situation (tout ce qu’il faut faire avant d’entamer un soin de secours, genre vérifier que le sol n’est pas humide avant de sortir le défibrillateur, je ne sais pas si j’y aurai pensé spontanément dans l’affolement).

mannequin

Ca ne remplace peut-être pas un week end de formation. Mais c’est déjà ça. Parce que ca n’arrive pas qu’aux autres. La preuve, des fois ça arrive à vos voisins de blog. Alors peut-être demain aux voisins en chair et en os.

Les dates et horaires des campagnes d’initiation sont dispos sur les sites des délégations croix rouge locales (liste ici).

(3) On peut donner son sang. Première fois là aussi pour moi il y a une semaine. Parce qu’il y a eu l’adolescence spasmophile, le temps des études et de l’anémie, le temps du premier emploi à l’autre bout de la France, ou quand on avisait une banderole « don du sang le XX », on n’était certain de ne plus être à cet endroit pour la date indiquée, et une certaine indifférence aussi. Pas de la méchanceté, non, mais pas de cas concret récent dans son entourage susceptible de rappeler l’importance du geste.

don

On m’a dit 30 minutes, mais c’est sans compter sans les problèmes de photocopies, les infirmières débordées qui s’occupent de plusieurs personnes en même temps, et le temps de récupération obligatoire (ou on vous sert de délicieuses knaks avec une salade de pommes de terre chaudes et une île flottante pour vous faire patienter, et oui vaut mieux aller se faire tirer son sang en Alsace). Compter une heure si vous êtes en début de file (j’étais la première), 1h30 s’il y a de la queue (donc éviter de faire ça entre la sortie du boulot et la sortie de la crèche…).

On remplit un questionnaire, puis on a une entrevue avec un médecin pour vérifier nos conditions de santé, puis on s’allonge sur un brancard, et l’infirmière prélève une goutte de sang (on ne sens rien) pour vérifier la teneur en fer du sang (c’est systématique maintenant). S’il n’y a pas d’anémie déclarée, on nous pique le bras (ça ne fait pas très mal), le prélèvement en lui-même dure 5-10 minutes selon le débit. Pendant ce temps quelqu’un explique les précautions à prendre avant (manger et boire beaucoup) et après (manger et boire beaucoup ; pas de sport violent, garder le pansement deux heures) le don. On reste assis 3 minutes sur le bord du siège, et si ça va on nous garde 10-20min en observation (le moment avec l’ile flottante).

Les horaires des prochaines collectes dans toutes les communes sur le site de l’EFS. Il y a aussi des centres permanents ou on peut donner son sang (et ses plaquettes, c’est plus long, environ 90minutes, parce qu’on prélève le sang, on garde les plaquettes et on réinjecte le reste au donneur) à heures fixes de la semaine.

(4) s’inscrire sur le registre de greffe de moëlle osseuse. Toutes les informations ici. La compatibilité avec quelqu’un en attente de greffe est très rare, mais si c’est le cas, c’est une vie sauvée (par exemple dans le cas d’une leucémie). Le registre est mondial.

don_moelle_osseuse_171106

Il faut avoir entre 18 et 51 ans au moment de l’inscription, être en bonne santé (contre indications principales : affections cardiaques, hypertension artérielle, affections cancéreuses, affections métaboliques (diabète, insuffisance hépatique), traitements par anti-coagulants, affections neuromusculaires et certaines allergies... ), être prêt à accepter une hospitalisation de 48h rapidement en cas de compatibilité avec un demandeur (et s’engager à rester joignable et à signaler tout changement de situation).

On envoie une demande (imprimer la page 9 de ce questionnaire), puis on est convoqué dans le centre le plus proche de chez nous pour un entretien, une prise de sang pour determiner nos caractéristiques génétiques, nous inscrire sur le registre, et rester joignable en cas de compatibilité avec un donneur.


Alors ça ne sauvera peut-être pas la dame d’un blog d’à côté, mais au moins on ne restera plus les bras ballants d’impuissance, et elle saura que ses mots, parfois arrachés l’un après l’autre au pris d’un effort surhumain auront remplis les réserves de sang des hôpitaux et les registres de donneurs. Je n’avais rien fait jusqu’à présent, par ignorance et indifférence. Je le fais aujourd’hui pour ELLE que je ne connais pas, parce que c’est tout c’que je peux faire à mon petit niveau.

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09 mars 2007

Pour ma soeur....

....malgré tout ce qui nous sépare.

You are my sister, we were born
So innocent, so full of need
There were times we were friends but times I was so cruel
Each night I'd ask for you to watch me as I sleep
I was so afraid of the night
You seemed to move through the places that I feared
You lived inside my world so softly
Protected only by the kindness of your nature
You are my sister
And I love you
May all of your dreams come true
We felt so differently then
So similar over the years
The way we laugh the way we experience pain
So many memories
But theres nothing left to gain from remembering
Faces and worlds that no one else will ever know
You are my sister
And I love you
May all of your dreams come true
I want this for you
They're gonna come true (gonna come true)

(You are My Sister, Antony and the Johnsons).

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06 mars 2007

Qu'est ce que la ligne simple?

Je souhaitais répondre publiquement à une question qui m'a été posée aujourd'hui: qu'est-ce que la ligne simple.

C'est une initiative de Madeinearth, qu'elle, il décrit ainsi:

En commençant mon blog, j’ai cherché un peu sur le web d’autres sites de personnes parlant de leurs expériences de la simplicité volontaire. Force est de constater qu’ils ne sont pas nombreux, et qu’ils ne sont pas forcément accessibles à la première recherche.

Les blogs parlant de la simplicité volontaire peuvent aborder l’aspect spirituel ou psychologique, pécuniaire, environnemental, oriental ou manuel de la simplicité volontaire. Cette somme d’expérience gagnerait à être rassemblée en un lieu unique.

C’est pour cela que j’ai créé la ligne simple. C’est une page rassemblant les blogs traitant de simplicité volontaire qui ont souhaité s’inscrire. Elle affiche les derniers billets écrits par tous ses membres. Les billets trop longs sont tronqués, et le visiteur a la possibilité d’aller consulter le billet directement sur le site original. 

Si vous avez un blog qui parle de simplicité volontaire, et qui n’est pas listé sur le site, faites vous connaitre en me laissant un commentaire ou en envoyant un email à madeinearth @ no-log.org.

Accéder à la ligne simple.

MAJ: Votre blog ne doit pas obligatoirement parler uniquement de simplicité volontaire, il suffit qu’il relate, entre autre, votre expérience de cette simplicité volontaire. Il est tout à fait possible (et même probable) que tous les billets ne parleront pas de simplicité volontaire. Mais la ligne simple rassemble plus des expériences qu’un thème précis.

Quelques mots sur la manière dont je perçoit cette ligne simple. Comme Madeinearth le précise, les blogs regroupés sur la ligne simple ne parlent pas que de simplicité volontaire. Mais in fine, toutes nos expériences de vie tendent vers cette simplification de notre vie, cet allègement de
nos contacts avec les choses et notre enrichissement de nos contacts avec les êtres. Nous sommes dans des situations professionelles, géographiques et familiales très différentes (les professions tertiaires et en lien  plus ou moins direct avec l'enseignement sont assez représentées, c'est une coincidence). Nos centres d'intêret convergent, et nous sommes souvent amenés à faire un post sur le même sujet en même temps (écologie, alimentation, climat, désencombrement, végétarisme, savoir profiter de l'instant, sens de notre travail, travail manuel, et bien d'autres). Les avis sont parfois très divergents, et nous échangeons nos arguments et nous documentons dans un vrai respect mutuel. C'est toute la richesse de cette ligne simple: des arguments sincères, à la fois issus de l'experience et documentés, portes ouvertes laissant totale liberté au lecteur.

Pour finir, je vous renvoie au post et aux commentaires de Caco, à l'occasion de son adhésion à la ligne simple.

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08 février 2007

« C’est le temps que tu a perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante ». (Antoine de Saint Exupéry)

Une fois de plus, les grands esprits se rencontrent. Alors que Pistil reflechit sur les cadeaux donnés et reçu, je reçois cette semaine une partie des innombrables cadeaux de Noel que nous n’avons pas pu ramener.

Dans ma belle famille, Noel, c’est particulier. On croule sous les cadeaux, mais bizzarement, la fête n’est pas consumériste pour autant. Il y a parfois de (très) gros cadeaux, certes. Mais peut importe la taille et le coût sur le fond. D’ou le caractère sain. En réalité, c’est un peu comme si tout l’amour et l’attention accumulés durant une année se deversaient en une soirée magique. Car c’est toute l’année que l’effort se prépare. Et le gros de l’effort est dans l’écoute et le temps passé à réflechir soigneusement à chaque présent. Chacun retient une idée, ici d'une discussion en janvier, là d’une promenade en avril, d’un coup de gueule en aout, d’un après midi passé à flaner en ville en octobre. A partir de la, on construit, on coud, on fabrique, on chine ou on recherche l’objet devenu introuvable, parfois aussi on economise (des fois c’est nécessaire). Et à Noel, on guette le sourire ou l’exclamation de surprise, voir le Meeeeeeeeeeuuuuuuh ! du beau frère devant un cadeau rêvé et pourtant inattendu.

Je n’ai jamais accordé beaucoup d’importance aux cadeaux reçus ou donnés (mon 'tresor' n’était pas là). Au début, je trouvais donc tout cela un peu disproportionné, surtout quand on prétend féter un nouveau né venu au monde au fin fond d’une étable dans une misère absolue. Et puis j’ai compris qu’il n’y avait la aucun consumérisme, que ce qui m’était proposé, c’était de devenir attentive au quotidien aux souhaits non formulés de mon mari, de ma famille, de les écouter, tout simplement. Et je m’y suis mise. Je progresse doucement. Exemples….

Les cadeaux de Noel dont je suis la plus fière (comme on le vois, ce ne sont pas les plus couteux financièrement) :

yoyo

Un yoyo. Quand j’ai rencontré le mari il y a quelques années, il faisait des figures incroyables. Du grand art. Et puis le yoyo s’est déséquilibré, et il a fini au fond d’un tiroir. Ca faisait deux ans que je cherchais un yoyo, mais pas n’importe lequel : un debrayable, mônsieur, et j’ai fini par le trouver 1 mois avant noel. Le mari a passé les vacances de Noel a debrayer…..

Un second cadeau :

magic_eye

Pour savoir que le mari adore les images 3D, il fallait avoir été attentive un soir entre minuit et une heure du matin il y a trois ans, à la raison pour laquelle le mari tardait tant à venir se coucher. Il avait déniché dans une bibliothèque L’œil Magique, et, très doué pour voir les images 3D, s’était enfilé l’album d’une traite. Mais voilà, les images 3D, ça n’était plus à la mode, m’avaient rétorqués moult libraires au cours de ma quête. Magie d’internet, magie des ventes de bouquins d’occasion. Ca fait des heureux. Le colis est arrivé trois jours avant le départ. Et  on a pu observer chaque jour de la fin décembre un cousin ou beau frère, confortablement installé dans un gros fauteuil, loucher ridiculement sur des  pages aux dessins étranges.

Mais le mari a fait beaucoup plus fort. En 2006, il a été absent 6 mois, et toujours par monts et par nuages le reste du temps. Il ne se sent donc pas vraiment concerné par les problèmes dosmestiques ou la déco d’intérieur. Et inutile de dire que nous ne sommes pas guettés par l’usure du quotidien. Pourtant, à Noel, il m’a offert :

plateau_vert

Un plateau, une théiere, et deux tasses assorties (verts car c’est la couleur de ma cuisine). « pour que tu puisses te monter tes litres de thé et ton gouter sans en mettre plein sur tes papiers quand tu travailles. » Bien que souvent absent, le mari connaît mes petites habitudes. Il sait que je me monte un thé toutes les demi heures et un petit en cas de temps en temps, qui viennent s'ajouter au souk de mon bureau. Ca veut dire qu’il me regarde travailler. Ca veut dire qu’il me regarde vivre.

« Car la ou est ton tresor, la aussi sera ton cœur » (Matthieu, 6-21) (et vice versa…)

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07 février 2007

Le pianiste amateur : le concert, le trac, et l’humilité.

J’ai débuté le piano à 6 ou 7 ans. Mes parents avaient consenti de gros sacrifices pour acheter d’occasion un piano droit d’Europe de l’Est. Il m’a accompagné pendant 15 ans. Le son a fini par me ressembler. J’ai pleuré quand j’ai déménagé (et je refuse toujours catégoriquement de le voir disparaître du salon de la maison du midi ou il prend, c’est vrai, de la place. Un salon sans piano est trop triste. Maman, si tu me lis…) Je prenais des cours dans une espèce de bonbonnière rose, la prof était habillée dans une robe de chambre en fourrure rose et incroyablement parfumée. Quand je faisais une gamme sans faute, elle me donnait une image de bisounours.

Je suivais des cours particuliers. Maman a toujours refusé de me voir passé plus de temps devant un cahier de solfège qu’un piano. Même si j’ai des lacunes que je peine aujourd’hui à combler, je pense que cela m’a permis de continuer sans être dégoûtée vers l’age de 15-16 ans.

A 10 ans, après moult déménagements, j’arrive dans une école de jazz. Le prof est odieux. Au cinquième cours, au milieu d’un boogie, je saute du tabouret et je claque la porte en disant : « je ne ferai JAMAIS de jazz ».

Il ne faut jamais dire jamais. J’ai trouvé le rythme auquel mon cœur bat. A 13 ans, j’enflamme Bercy (heu, le salon de mon prof de piano, à qui je dois de tapoter encore un clavier aujourd’hui, où a lieu l’audition annuelle) au son de l’Arnaque. J’ai déjà un trac paralysant. J’ai commencé le morceau avant même de m’asseoir sur le tabouret.

J’ai 18 ans. Dans quelques jours, c’est l’option musique de mon bac S. J’ai le trac. Mon ami Thomas, pianiste et mathématicien virtuose me dit que quand on a le trac, c’est le signe qu’on est pas prêt (dixit Cziffra). Alors, je ne serais jamais prête. Je me complais dans l’amateurisme. Moi, je crois plutôt que le trac dépend de l’hostilité de la salle. Certains sont là a guetter les fausses notes. Du coup, ils n’entendent jamais que des fausses notes en concert, les pauvres. Depuis 4 ans,  à la demande de ma grand-mère, je participe tous les ans à des concerts dans les maisons de retraites. C’est mon moteur. Régulièrement, des petites vieilles me sautent –littéralement-  dans les bras (heureusement, le gabarit 1925 est de 1 m55 en moyenne) : « merci beaucoup, du boogie/ du ragtime. C’est la musique de ma jeunesse !!! Une joie gratuite, ca vaut tous les applaudissements de la terre. 

Je rate l’option musique. J’ai 11/20, la plus mauvaise note de l’académie. Parce que je n’ai jamais fait de solfège. Je suis incapable de faire une dictée musicale ou de commenter Boulez. Mais à l’épreuve d’instrument, j’ai eu 5/5. Rachmaninov, déjà.

J’ai dix neuf ans, je suis en prépa, dans un grand foyer parisien. Il y a des salles musiques, car le foyer accueille des 'musiques-études'. Il y a aussi des filles qui chantent. L’une d’elle me propose de pimenter le traditionnel concert de Noël. Au total, un boogie, un duo piano-saxo, deux gospels (1 soliste et 5 choristes), et un concours blanc préparé à l’arrache.

C’était l’apogée. J'intègre une école, déménage. Mes gentils parents m’offrent un clavinova pour les concours (avec casque, je pourrais jouer dans mon 20 m2). Mais ca n’est pas comme un piano. Et je n’ai pas le temps. Et je ne vais pas bien. Pendant quelques années, je végète. Mais je ne lache pas, jamais. Je me maintiens vaguement.

J’ai bien fait. Depuis quatre ans, c'est la période des mariages. Et tous ceux du conservatoire ont arrêté la musique. Et un mariage sans musique, c’est triste. Et même si c’est artisanal, pas très en rythme, même s’il y a des fausses notes, quand c’est un ami qui est à l’orgue, ca prend une autre dimension. Alors je m’y colle. Toujours avec le trac. Mais pas seule.

Car au même moment, je rencontre mon mari. Violoniste classique émérite, issu du conservatoire. Un breton à l’âme tzigane, qui pleure quand il écoute de la musique russe. Il n'aime pas qu'on l'écoute quand il travaille. Alors je ferme la porte, et j'y colle mon oreille. Un de ses collègues m’a confié qu’a l’internat, pendant leurs années d’école, quand il se mettait au violon dans sa petite chambre mal insonorisée, tout l’étage se taisait…

On s’y colle à deux, donc. Le premier mariage, c’est celui d’un ami à qui nous devons notre rencontre. Nous sommes tous les deux témoins. Nous jouons l’adagio d’Albinoni en pleurant d’émotion.

Des mariages encore, quelques messes. Notre mariage. Cadeau de mariage des beaux parents: un piano (oui, on a de la chance, beaucoup de chance, avec nos familles).

Nous nous inscrivons tous les deux à l’école de musique du coin. Pour moi, c’est la première fois. Et oui, pour les duos, va falloir apprendre a se servir de cet engin de torture qu’on appelle métronome. Ma prof ne sait pas trop comment me conseiller. J’ai un niveau musical correct, mais je sais à peine lire une partition. On s’accroche, tous les deux. Entre son métier et mes aller retour en train, ca n’est pas facile. Et puis il faut faire preuve d’humilité. Lui garde un bon niveau, mais sans commune mesure avec ses années de conservatoire. Le violon, c’est 3 heures par jour ou rien, parait-il. Moi, j’ai presque tout perdu. Et cette fois, c’est du classique. A 25 ans après 15 ans d’arrêts et de reprises, je joue des morceaux de débutants.

Un concert de l’école de musique du mari, fin de l’année. Le violon, c’est ingrat. Les petits ont du mal, ca ne ressemble pas vraiment à un morceau. A la fin du concert, mon mari et son prof, duo violon-alto. Les petits ont les yeux pleins d’étoiles. Pour le mari, la récompense d’une année de persévérance et d’humilité.

Déménagement. Nouvelle école de musique. C’est plus difficile pour nous deux. 6 mois à l’étranger pour lui, une semaine sur deux dans les nuages le rest du temps. Beaucoup de déplacement pour moi.

Sa sœur se marie. Elle veut que j’accompagne toute la messe (mon mari au violon, leur frère au chant). Je n’en dors pas pendant trois semaines. Je n’en serai jamais capable (elle, elle sait que si). Elle rentre dans l’église majestueusement, au son de l’aria de Bach, piano-violon. Le kyrie est chanté en duo par ses deux frères, accompagné par votre serviteur. Emotion. Une fois de plus, récompense. Cette année, elle est venue habiter 6 mois à la maison (habitant à Paris, ATER). On passe des soirée à écouter la musique jouée par l’autre (elle est pianiste emerite, des années de conservatoire, comme son frère). Elle me confie à quel point la musique l’a aidé à traverser les moments difficiles, comment elle évacuait sa peine du bout de ses doigts.

En mai dernier, audition. C’est de plus en plus difficile de maintenir une petite régularité. Je joue une petite valse d’un sombre compositeur russe. Que des enfants. Je passe au milieu. Quand c’est mon tour, je ravale mon orgueil (j’ai fait tellement ‘mieux’ dans le passé…) Je déplie ma grande carcasse (je ne mesure qu’1m70, mais à côté de tous ces gosses, j’ai l’impression d’être monsieur Jack). C’est bourré de fausses notes, mais plein de sentiments. L’avantage de l’age….

Ce soir, nouvelle audition. Deux contes de Grimm (« Les musiciens de la ville de Brême » et « les souliers usés au bal »), sur fond musical. Je joue un quatre mains avec une autre élève, Juliette : la danse norvégienne, de Grieg (car ressemble vaguement à ca). Pas grand-chose, mas c'est deja un challenge. Une fois de plus, il faut s’asseoir sur son orgueil. Mais au moins je joue, et année après année, quelques personnes profitent de cette fidélité. MAIS PUTAIN DE TRAC……. (le repet d'hier soir ne s'est pas super bien passé)

J’aurais voulu une belle chute pour ce post, mais rien à faire. La seule chose qui me vienne à l’esprit c’est : « allez, si je m’en sors pas trop mal, je serai contente de l’avoir fait. » Prozaique.

A si, tout de même. Il y a deux ans, un été, mon mari été moi avons joué une sonate de Schubert à mon grand père adoré, petit-fils d’un violoncelliste célèbre, qui trouvait que Ravel, habitué de la maison familiale, était un vieux monsieur pas poli.

Il a pleuré toutes les larmes de son corps. Moi aussi.

Ce jour là, j’ai promis fidélité éternelle à mon piano.

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20 janvier 2007

Savoir dire merci.

Au début, on les confond tous, toutes les filles ont l’air chatain fade, tous les garçons ont la même coupe de cheveux, et ils ont tous les mêmes cernes sous les yeux. Et puis on commence doucement à les individualiser, d’abord ceux qui participent, ou ceux qui nous touchent. Et puis ceux qu’on convoquent, parce qu’ils ont vraiment la tête sous l’eau, parce qu’il ont besoin de plus d’attention, de conseils. Et ils progressent. Et parfois on les deteste, les jours ou ils sont mous, les jours ou ils ricannent entre eux au fond de la classe, même si ca n’a rien a voir avec soi. Et ils progressent. Finalement on les connaît tous, on leur dit bonjour en souriant en les croisant à la boulangerie à midi, et si c’est eux qui ont l’initiative, ça nous fait chaud au cœur. Alors on redouble d’efforts, on essaie d’être clair, concis, drole, ou en restant sevère et distant, parce qu’on est pas là pour copiner. Et quand ils s’en vont, on se dit qu’on s’était attaché.

Mes élèves. Mecredi prochain, c’est mon dernier cours avec eux. Ainsi que mon dernier cours dans cet établissement, dans cette spécialité. Et penchée sur mes notes, j’ai un peu le cafard. Comme chaque année, je leur ferai remplir une évaluation pour connaître leur avis, mais comme chaque année, ca restera un peu froid et impersonnel.

C’est un de mes regrets. J’ai compris trop tard, une fois que j’ai été prof moi-même, combien il était important de dire merci aux profs qu’on a apprécié. Je ne l’ai jamais fait étant élève. Beaucoup ne le méritait pas, et ceux qui m’avait fait progressé, je me disais que ca ne se faisait pas, que de toute façon ils le savaient, qu’ils étaient bons. Elèves ou étudiants qui lisez ces lignes, sachez que non, ils ne le savent pas. Vos profs ne sont pas des machines, ils ne sont pas des surhommes, et ils passent leur carrière à douter. Et chaque année qui se termine leur laisse dans la bouche un gout d’incertitude, d’inachevé. Suis-je utile ?

Alors, une fois que l’année est finie, qu’il n’y a plus de copie ou de note en jeu, ceux que vous avez écouté, ceux dont vous souviendrez, envoyez leur un petit mail, mettez un petit mot de remerciement dans leur casier. C’est très important pour eux. 

 

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19 janvier 2007

Le cœur contre le nombril : le don d’organe.

C’est mon petit effort du jour. J’en ai discuté hier avec mon mari. On y est tous les deux favorable. Ca serait terrible qu’une vie ne soit pas sauvé juste parce qu’on ne s’est pas donné la peine de le dire autour de nous. J’ai donc commandé deux cartes de donneurs d’organes pour nos portefeuilles respectifs sur http://www.france-adot.org/, et nous en parlerons avec nos familles.

cartedonneur05210

20 secondes montre en main pour sauver une vie. (vous remarquerez que je privilégie les efforts économes en temps. c'est déjà un bon début).

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18 janvier 2007

Don du sang et nomadisme.

J’ai toujours cru que j’étais O+. C’est ce qui était écrit dans mon carnet de santé, et mes deux parents le sont aussi. Comme j’avais cru comprendre que tout le monde, ou au moins le moitié, est O+, et que je suis égoiste, je n’ai jamais cru bon de donner mon sang. J’ai bien un ou deux susauts d’humanité par an, mais nomadisme oblige, chaque fois que je vois un panneau m’informant d’une future campagne de don dans une ville, le temps d’attendre la date indiquée, j’ai déjà changé de ville.  Il y a deux ans, à l’occasion de ma visite prenuptiale, le labo chargé des analyses me propose de me faire une carte rhesus. Double prise de sang, et paf ! je me retrouve O-. la dame me dit que c’est possible, qu’on a pu se tromper à la naissance si j’étais faiblement positive. Je me dis ‘a vérifier’, et je classe l’affaire. Mercredi dernier, je surfe sur le web a la recherche d’infos sur les comptabilité de groupes sanguins. Et je découvre, à ma grande stupeur, que seuls les O- sont donneurs universels, et qu’ils ne sont pas si nombreux (si j’ai bien tout compris).

Je mis alors qu’il y a urgence, et que c’est une bonne occasion de diminuer la taille de mon nombril et d’augmenter celle de mon cœur.

logosang

Mais impossible d’attendre une campagne de don dans ma ville. A coup sur, je serais à l’autre bout de la France ce jour là.

D’ou deux questions :

-Est-ce qu’il y a des services dans les hopitaux ou on peut aller donner son sang en permanence ?

-Quelle est la différence entre le don de sang et le don de plaquettes ?

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