Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

15 décembre 2008

Voyageur galactique recherche guide

Pénétrer la galaxie ne fut pas facile.

Mot de passe mal enregistré, message d’erreur, l'écran resta d'abord intersidéralement vide.

Pièces du dossier éparpillées aux quatre vents : PV de soutenance perdu entre le service des thèses et le service des examens (un étage plus bas), président du jury pas pressé de rendre son rapport, lettre d’acceptation de la publi paumée dans les sous sols du labo. La galaxie menaça alors de m'expulser, de me "juger irrecevable".

Enfin, il fallu, pour pénétrer la galaxie, passer par l’épreuve du feu, l’épreuve honnie : le CV.

Je déteste « faire » mon CV, empaqueter dix années de ma vie en quelques lignes. J’ai l’impression que ça me renvoie à la figure toute la vacuité de ma vie, ma paresse, que c’est le vide sidéral.

J’ai passé la semaine à ne pas faire mon Cv, tout en ne faisant rien des milles tâches urgentes (soumission d’articles, commentaires, cadeaux de noël) puisque j’avais déjà du boulot, j’avais un Cv à rédiger. Hier soir vers 23H30, il a bien fallu prendre le taureau par les cornes. La date limite d’envoi du dossier étant le 15 décembre…

Alors j’ai cherché des exemples de CV de qualif/ de MCF sur internet pour voir comment ils étaient structuré. Et là j’ai halluciné : des CV de 10, 20, 30 pages. De jeunes chercheurs qui ont la trentaine et qui postulent sur les mêmes postes que moi, moi qui n’ai jamais réussi à dépasser 4 pages en interligne double avec des titres en taille 18. Des fleuves de publications, des responsabilités « administratives et collectives » à la pelle, des projets de recherche motivés en pagaille.

Soit

1) les gens ont des journées de 48 heures, et c’est triché

2) je suis particulièrement paresseuse

3) le suis particulièrement lente

4) je suis particulièrement bête

5) les gens ont un sens du marketing qui me fait complètement défaut, 

mais en tout cas il y a un problème.

Mes publications ? 1, et ca m’a pris 18 mois. 

Mes activités adminstratives et collectives ? Je n’arrive déjà pas à faire coïncider mon emploi du temps et mes contraintes perso, je n’ai pas le temps d’enseigner ET de rechercher ET de manager ET d’administrer….. ET de jouer des comptines à ma fille ET de prendre un peu de temps pour mon couple ET d’aller voir les moutons et les chevaux en dessous de la maison le dimanche ET d’éradiquer défintivement les plats cuisinés et les pizzas surgelés de mon assiette comme je le voudrais. Mais comment font-ils ?

Je ne parviens même pas à enseigner ET rechercher correctement en même temps. Je pourrai certes écrire que « j’ai cherché à développer au cours de ma thèse mes activités d’enseignement, composante essentielle du métier de chercheur », si je n’avais pas trouvé ce genre de phrase totalement inutile. Oui, c’est une composante essentielle de chercheur, et oui, il y a des synergies entre enseignement et recherche. Comment ? Ca n’est pas évident, la question mérite réflexion. Mais surtout, je n’arrive pas à faire les deux en même temps. Ou alors je suis médiocre dans les deux activités, comme cette année par exemple. Jusqu'à présent je me suis toujours organisée pour alterner les deux. La première année de ma thèse, j’ai passé presque six mois à préparer mes cours (pour des agrégatifs, donc il fallait beaucoup de synthèse documentaire), ensuite, j’ai pu consacrer plus de temps à la recherche, en tout cas alterner : deux mois plutôt consacrés aux élèves, deux mois plutôt consacrés aux archives, aux conférences, aux lectures. J’ai publié mon premier chapitre, présenté le second et écrit le troisième l’année ou j’ai été relevé de ma charge d’enseignement (congé mater et parental). Et voilà que cette année, j’ai une lourde charge d’enseignement (alourdie par les 2 heures 30 de voiture quotidienne) et qu’il faut « publish or perish » pour caresser du bouuuuut des doigts l’espoir fou d’avoir un poste d’enseignant un jour. Et c'est médiocre. 

Mon projet de recherche et d’enseignement ? Ecrire des articles sur ces évènements mal documentés qui ont fait de la science ce qu’elle est aujourd’hui, sur les liens avec le Maccarthysme, le complexe militaro-industriel, la notion d’expertise scientifique, le financement par les fondations, l’impact des troubles sociaux des années 60, de la crise des années 70…..Ecrire mieux, plus fluidement, donner du sens au présent en racontant le passé, respecter les grands hommes sans être hagiographique. Faire en sorte que ces étudiants qui sont bloqués à 8-9, passent la barre des 10, ou leurs donner les clés de leur réorientation s’ils n’ont pas trouvé la bonne voie. Pas seulement leur transmettre des connaissances, mais leur donner envie d’aller les chercher, de les approfondir, de leur donner chair, leur chair, de s’en servir au quotidien. Travailler dur, rester honnête, traiter collègues et élèves en êtres humains. Pas le genre de petit paragraphe dynamique, motivé, d’ »insider », que l’on trouve sous le chapeau « activités d’enseignements » ou « activités de recherche ». Alors je n’écris rien d’autre que le minimum syndical, me cachant derrière l’anonymat et la standardisation du « cursus universitaire » et des renseignements d’usage. Pour le dossier de qualification, ça peut passer. Pour les candidatures aux postes de MCF, ça cassera sans doute.

 

Est-ce moi qui suis incapable de m’adapter, de m’acculturer ? A-t-on déshumanisé la recherche, démotivé les jeunes chercheurs, fait de ces moments ou l’on pourrait, avec la fièvre de la jeunesse, dire son projet pour faire « avancer la science » une ridicule foire aux bestiaux ? Qui ? Comment ? Pourquoi ?

 

Vers 2h30, j’ai imprimé les CV j’ai cacheté les enveloppes. Ironie, la Galaxie supposée me délivrer les adresses de mes rapporteurs était « momentanément indisponible ». A 10h00, j’ai été à la poste, puis en rentrant pour déjeuner, j’ai trouvé dans ma boite aux lettres le rapport « officiel » du jury, visé à chaque page par l’Université…..   

Voyageur galactique cherche guide....


trou_noir_stellaire


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06 novembre 2008

Besoin de vos conseils culinaires II. Pot de thèse

Le planning était déjà bien chargé comme ça ! Descendre le chtig a sa Manou vers toulon (6 heurs de train et les correspondances durant lesquels elle ne dort pas une seule minute, trop de chose a voir). Remonter le dimanche (re 6 heures), aller lundi matin au RV sur le don de moëlle osseuse, faire cours trois jours, et le mercredi soir après les cours filer à Paris pour la soutenance le lendemain (et avoir bien évidemment préparé la soutenance, les cours, les corrigés et corrigé les copies dans l’intervalle). 

Mais j’avais oublié le plus important : préparer le pot de thèse (et accessoirement le transporter du grand est à Paris, ce qui va me forcer à faire le trajet en voiture). Le pot de thèse, c’est un peu le nerf de la guerre (free fooooood !!).

free_food

Mais mon expérience en la matière est plutôt limité. Je n’ai assisté qu’à deux soutenances. La première se tenait à 500 m du domicile de la maison du valeureux thésard. Trop facile. Et je n’avais pas trop fait attention au contenu des plateaux. Pour la seconde, la très toulousaine et enthousiaste maman du rougissant potache (elle a quand même claqué deux bises sonores sur les joues de l’un des membres du jury à l’issu de la soutenance en s’écriant « mon fils est un génie ». Celui-ci, pas en reste, a serré la main de tous les membres de l’assistance en s’exclamant chaque fois « félicitations ».), la maman donc, a vendu un rein pour payer un traiteur.

Je ne sais donc pas ce qu’il convient de servir à un pot de thèse (à part les incontournables pistaches, chips et le cake jambon-olives pour les messieurs conservateurs du jury). Et les contraintes sont énormes. Tout doit être fait maison, vite (cf emploi du temps ci-dessus), froid (un petit frigo mais mais de four à disposition), facilement transportable (sur 500 kilomètres).

Donc à part deux cakes ? Des idées ? Des recettes de ce type (merci praline pour le lien) ? Que du salé ? Ou aussi des petits gateaux alsaciens ?

Et surtout qu’est ce qu’on boit Coca-jus de fruit ? Bière ? Vin ? Apero ? 

Edit: et dans la mesure du possible, des choses qui peuvent se faire plusieurs jours avant.Combien de temps ça se garde, les gateaux alsaciens??

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26 octobre 2008

156 pages

Elle est posée sur la table basse devant moi, fraîchement reliée.

156 pages.

C’est étrange à contempler. Ce projet que je croyais sans fin soudainement incarné sous mes yeux, 4 ans de travail que je ne pourrais pas qualifier d’acharné, les périodes d’abandon, d’hibernation, faisant suite à celles d’acharnement. Un mois sur deux. Comme une respiration. Mais toujours quelque part dans un recoin de ma tête, comme si mon cerveau moulinait sans moi.

156 pages.

C’est peu finalement. Je me souviens qu’avant de commencer, j’avais eu une discussion au cours d’un dîner promo sur ce fameux nombre de pages. Je venais de terminer mon mémoire de DEA, 75 pages je crois, et il me semblait qu’en écrire deux fois plus n'était pas insurmontable. On m’avait rit au nez. Deux fois plus ? Mais c’est 4 fois plus qu’il me faudrait.écrire. 300-400 pages, c’est la norme. N’allez pas croire que nous pensions naïvement que cet exercice long et fastidieux était une question de quantité plutôt de qualité. Ce genre de conversation futile était une manière de "visualiser" le résultat auquel nous étions sensé aboutir après 3 à 5 ans de labeur, un résultat si abstrait, une échéance si lointaine vue du seuil. L’histoire m’aura donné raison finalement. Même pas deux fois plus.

156 pages

Mais pas du tout comme je l’imaginais. J’ai compris dans l’effort, le coton des nuits sans sommeil et du silence si particulier d’un maisonnée endormie, dans les larmes aussi, le sens de cette affirmation : c’est la qualité qui compte, pas la quantité. 156 pages, c’est si peu. Mais j’ai réécrit chaque phrase de 5 à 12 fois, transformant la tournure, cherchant le mot exact dans cette langue qui n’est pas la mienne et qui demande plus de concision et de précision, traquant les idées redondantes, sacrifiant telle tirade dont j’étais si fière du tombé parce qu’ elle casse le rythme de la narration finalement.

Les anciens, ceux qui avient fini avant moi, m’ont souvent décrit l’horreur des six derniers mois, ou on pisse de la copie au mètre parce que la date de la soutenance est déjà arrêtée, en s’étonnant de cette soudaine verve, de cette inspiration. La surprise de constater que ces centaines de pages si vite rédigées ne sont pas si mauvaises, quoiqu’un peu bancales souvent. Et de se demander pourquoi alors on a mis si longtemps à finir, à s’y mettre. 

Rien de tout cela dans mon cas. Trois articles écrits au fil du temps, présentés en conférence, soumis, accepté pour le plus avancé. Début juin, après la dernière conférence, j’avais obtenu de conserver les articles en l’état. Ne restait donc qu’une introduction et une conclusion à écrire. Mi août, après une grosse déprime, je n’avais pas avancé d’un poil. Mi septembre, j’avais renoncé, difficilement, à soutenir en novembre comme c’était prévu. Le mari qui re-partait pour 5 mois dans le sud à la fin du mois, la reprise du boulot, 3 jours de crèche pour le chtig bientôt sans papa au quotidien. Suffisamment de bouleversements pour qu’il soit impensable de se couper du monde, de se couper de son monde, afin de plonger en soi pour en presser l’essence de ces quatre ans de réflexion. Peut-être que j’en faisais tout un plat. Souvent c’est l'introduction qu'on rédige en dernier, vite, qu’on en finisse, on emballe le tout le cadre de pensée d’un Foucault ou autre penseur brillantissime, pas grave, restera toujours le contenu. L’angle d’approche, ca n’est pas si important. On est jeune, naïf, il nous reste beaucoup à apprendre.

 

Mais je ne voulais pas m’y résoudre. J’avais construit mon approche pas à pas, ce n’était pas un instrument, c’était ma vision du monde, j’y croyais, et naïve ou pas, je ne voulais pas rater l’occasion qui m’était donné de l’exposer une fois  en toute liberté, sans avoir à citer des dizaines de prédécesseurs, sans a voir à peser mes mots, puisque c’était MON approche, puisque c’était chez moi. Je voulais en découdre, en soutenance ou en conférence. Je ne pouvais laisser tomber avant que l’on me dise directement « cela ne vous mènera nulle part.» Alors je n’y arrivais pas, je n’avais pas le temps. Tant pis, ce serait pour plus tard. Quand j'aurai aidé le chtig  à supporter la séparation, à se faire à notre nouveau rythme, quand je me serai habituée aux trois heures de voiture quotidiennes (travaux sur les voies  sncf jusqu'en janvier oblige) pour aller enseigner dans cette lointaine fac, quand j'aurai appris à combler le vide le soir, pour qu’elle ne sente pas trop l’absence de son papa, quand j'aurais appris a rassembler mes forces pour lui donner le bain, réchauffé le diner, ranger la cuisine, préparer les sacs, les cours, pour le lendemain, corriger les copies.  

 

Et puis, trois jours avant le départ du mari, il y eut ce coup de téléphone. « Je n’ai rien contre le fait de reporter une soutenance, mais pour quelques pages d’introduction, cela me semble dommage. Concluez.» Quelques mots simples, mais si lourd des promesses d’un après. Après… après j’aurais du temps pour les balades dominicales, pour rendre service aux amies et les inviter autour d’un moelleux pomme-vanille, j’aurais le temps de cuisiner au quotidien, de terminer le désencombrement, de jouer avec elle, de l’écouter lui. Surtout, ces vacances de Noël seraient les premières depuis 4 ans. Des vacances avec 500 copies à corriger dans mon sac, mais des vacances néanmoins. L’esprit libre. Pas de double vie. Un esprit au même endroit que le corps, totalement.

J’ai rempli le congélateur de pâtes cuisinées Pic*ard (je ne suis pas naïve : le prof des jours, la maman des soirs et le chercheur des nuits ne laisseraient pas exister un cuistot des entre deux), rempli ma voiture de livres audio. J’ai repris, raturé, biffé, traduit. J’ai médité en public pour Jean Gabriel, puis au milieu de cette fête de famille, je me suis enfermée dans le bureau de mon père. Tout le monde a compris, tout le monde y a cru alors que je n’y croyais plus. Ils étaient là pour 5 minutes de conversation, pour me cuire des châtaignes, pour une plaisanterie, pour assurer l’intendance. En deux semaines, j’ai fait trois versions, de prendre en compte les commentaires de certains membres du jury. J’ai compté mes heures de sommeil, m’octroyant juste le nécessaire pour ne pas m’endormir au volant. J’ai joué d’une main, et elle a été patiente. Je n’ai cessé d’admirer ceux qui terminent ou reprennent leurs études tout en travaillant et en construisant leur vie de famille.

Elle est posée devant moi, sur la table basse. Trois exemplaires. 156 pages chacun. Demain elle sera « déposée », m’octroyant le droit de la « soutenir » devant un jury. Dans une semaine j’aurai fait d’infimes modifications et elle fera 157 pages. Je l’enverrai aux membres du jury. Et pendant quatre semaines je vivrais dans la hantise de ces quelques heures ou je serais bombardée de questions, mise sur le grill. Je regretterai d’avoir invité mes proches, je me dirai que j’aurais mieux fait de réduire l’assistance à néants. Et je vivrai dans le vertige de l’après. Cet après ou je me suis promise de mieux séparer vie de famille et vie professionnelle, de cesser de ne jamais être tout à fait là, cet après ou je pourrai enfin effectuer chaque geste lentement, pleinement, jusqu’au bout. Mais je sais aussi que je ne serais pas plus riche de temps, que je continuerai à être épouse, mère, famille, amie, enseignante, chercheur et citoyenne, que je voudrai être chacune de ces femmes et non un septième de chaque. Je me demanderai s’il y a un genre de baby blues après, une difficulté à gérer le vide après le trop plein, ou si c’est sans fin, et que c’est cela qu’il faut gérer. J’attendrai et j’appréhenderai en même temps cet après. Après la thèse.

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16 février 2008

Le prof face à la dyslexie

Je l’ai toujours connue dyslexique. Je  me souviens du combat quotidien de ma mère pour lui faire faire ses devoirs, pour lui apprendre à lire, pour lui arracher chaque mot de vocabulaire, les séances d’orthophonie, les dictées à 50 fautes(sic), les crises de nerfs, les « pourquoi moi je dois travailler 4 fois plus que tous les autres de ma classe et je suis à peine à la moyenne», l’extraordinaire patience, pédagogie et diplomatie déployée par ma mère pour qu’il reste quelques brides de cette leçon d’histoire le lendemain matin et pour qu’elle comprenne bien que ses difficultés scolaires ne faisaient pas d’elle une « sous-personne ».

Je les trouvais vraiment courageuses, toutes les deux. Je ne pensais pas un instant ma sœur diminuée de quelque manière que ce soit, ou moins intelligente que les autres. Mais je voyais tout cela de loin. J’avais 5 ans de plus, j’avais toujours réussi en classe sans efforts, je ne comprenais pas vraiment la douleur du mauvais élève. Je passai le bac, quittai la maison pour commencer mes études supérieures, et le reste de ma famille demenagea à 1000 kms de là.

Quatre ans plus tard, les hasards de la vie ramènent la famille à quelques kilomètres du lieu ou je termine mes études. Ma sœur entre en première ES et ma mère s’essouffle. Elle est usée par ces années de combat, et sculpteur ayant réussi le bac parce que c’était la condition que mon grand père avait posé à son mariage, elle décroche dans certaines matières. Elle envisage de confier ma sœur à des professeurs particuliers.

Oui mais voilà. Entre-temps, presque par hasard, j’ai découvert que j’étais prof. L’intégration hasardeuse d’une ENS pour échapper aux écoles de commerce, un stage obligatoire en première année. J’entre, incertaine, dans une classe de BTS. 28 paires d’yeux me regardent, l’air mi-méfiant mi-amusé (j’ai 2 ans de plus qu’eux et je ne fais pas mon age). 3 heures plus tard, je sors….prof. C’est une évidence.

Cette année là, je me prépare donc à passer l’agrégation. Alors je décide de prendre le relais. Quel sens cela aurait-il de me préparer à une vie d’enseignement si je n’en fait pas profité mes plus proches ? Un prof extérieur est recruté pour le soutien en math, je m’occuperai de l’eco, de la philo, et de l’anglais. Je ne sais pas encore que cela va m’occuper trois soirs pas semaine et la moitié du week-end.

Dans cette tâche qui m’attend, je pars avec un gros handicap: je suis prof. C'est-à-dire, ex bon élève, incapable de comprendre que les gens ne comprennent pas. Mais j’ai aussi un gros atout. Depuis deux ans, j’ai enfin chaussé les vans du mauvais élève. J’ai intégré une ENS sans avoir jamais pris un cours de la matière dont je suis soi-disant spécialiste (parce qu’en France en étant bon en maths on peut faire n’importe quoi. N’importe quoi, comme se spécialiser dans une matière dans avoir jamais pris un seul cours de celle-ci). Le choc a été rude. A moi les 4 heures passées hagarde au fond de la classe à ne pas comprendre un mot du charabia que débite le prof. Deux ans en terre étrangère. Et puis l’agreg approchant, je me suis dit que si mon destin était de devenir prof, autant avoir compris quelque chose à la matière que j’allais enseigner. Alors je me suis isolée deux mois à la campagne, avec un livre de terminale, deux trois bouquins élémentaires, deux trois bouquins spécialisés. Je les ai lu deux, trois, parfois quatre fois chacun. Et en septembre, j’étais prête à tomber malade de cette grègue dont on m’avais battu et rebattu les oreilles.

Mais j’étais largement autodidacte. Je n’avais eu aucun complexe à rouvrir, dans une année qui était pour moi l’équivalent de la maîtrise, un bouquin de terminale bien fait pour apprendre les bases qu’on ne m’avait jamais enseigné. Je n’avais eu aucun complexe à repartir des concepts les plus élémentaires d’une science, de leur enchaînement logique le plus basique, pour ne raffiner et ne complexifier ma vision du système social dans lequel nous vivons que bien plus tard.

Et j’allais rapidement découvrir que, pour qu’un enfant dyslexique comprenne un cours, l’élémentaire, les concepts de base, la logique, l’enchaînement, doit être irréprochable, « crystalclear » comme disent les anglais.

Parce que l’enfant dyslexique possède sa propre logique. Je le découvre en la faisant travailler sur ses disserts de philo. Pour un élève normal, le processus thèse-antithèse-synthèse est parfaitement logique. Pour elle, la logique consistait à présenter d’abord la conclusion (dans l’introduction donc), puis à remonter les étapes du raisonnement. Dans d’autres matières, elle fonctionnait par associations d’idées. D’autre fois encore, j’étais incapable de comprendre comment elle procédait. Mais certainement par intuition. Elle parvenait directement à des conclusions et des « lois », dont j’avais mis des années à déchiffrer la signification. J’étais éblouie….éblouie et bien emmerdée. Parce que bien évidemment, le correcteur n’admettrait qu’une seule logique le jour du bac.

Alors je lui dis. Je lui dis que je suis éblouie par ses intuitions, afin qu’elle comprenne que sa logique n’est pas illogique mais autre, que je suis admirative de son intelligence, qu’elle possède une intelligence que d’autres feraient bien de lui envier. Mais je lui dis aussi qu’il va falloir tricher. Que je ne comprend pas comment elle fonctionne, que je ne peux pas vraiment rentrer dans sa logique, mais que je peux au moins essayer d’en déployer plusieurs (et par la suite je passerai des heures à trouver trois manières différentes d’expliquer la même idées), et surtout que je vais lui apprendre à réécrire ses idées dans la logique « standard », celle qui est demandé le jour de l’examen. Mais pour cela, il faut entièrement démonter le raisonnement, jusqu’aux concepts premiers.

Impossible de tricher avec des élèves dyslexiques. Il faut leur donner toutes, toutes les étapes du raisonnement, et avoir plusieurs chemins à disposition, ‘faire appel à leur monde’: utiliser l’enchaînement des concepts, mais également, puisqu’il s’agit de sciences sociales (philo et éco), l’histoire, les magasines, l’actualité, la vie quotidienne, et les erreurs passées des scientifiques (ça leur permet de voir que cette logique reconstituée n’est pas, contrairement à ce qui est enseigné, intuitive. Que ces théories ont été construites au fil des ans, par essais-erreurs, à la force du poignet. Dans la nuit de l’esprit. Dans le brouillard. Comme celui dans lequel il se trouve).

Et puis, il a les problèmes de mémoire. Ce qui rentre par l’oreille du dyslexique ressort instantanément par l’autre. Même quand on le fait rentrer 10 fois (et 10 fois pour un élève de 16 ans, c’est trrrrès pénible). Alors je fiche, je trouve des chemins, je presse, j’ordonne, je sélectionne la moelle, l’essence de ma matière et je lui donne à la petite cuillère au lieu d’utiliser la louche académique. Ca prendra le temps qu’il faut. Et quand je suis démunie, je demande à ma mère de lui faire apprendre. Dyslexique elle aussi, elle est spécialiste des associations d’idées. Je n’y arrive pas, c’est vraiment une logique étrangère à la mienne.

Et surtout, je la fais écrire. 10 fois l’introduction. 10 fois le même paragraphe. Pour lui montrer comment démonter son raisonnement et le remonter selon les canons en vigueur. Ou pour que sa propre logique soit aiguisée et claire jusqu'à devenir crédible aux yeux du correcteur. Je lui apprends qu’il vaut mieux ne pas terminer sa copie que de ne pas avoir le temps de se relire. Car se relire fait évidemment horreur aux élèves dyslexiques, dont les phrases n’ont parfois aucun sens à leurs yeux d’être une pâle imitation d’une logique qu’il ne comprennent pas, et qui sont en sus bourrées de fautes d’orthographe. Sauf que les fautes d’orthographe, en anglais, allemand, ou espagnol, deviennent des fautes bien plus coûteuses. Alors je lui fait faire des pages et des pages de rédaction en anglais. Et je l’oblige à se relire, avec en tête trois grosses fautes à corriger (genre le s à la troisième personne du singulier). Pour que ça devienne des automatismes. Elle se relit avec moi, et elle se relit jusqu’à ce que ces trois fautes là soient éliminées. Et on passe à la suite.

Ca se termine parfois en crise de nerf. Mais elle me fait confiance. Elle me voit réfléchir en même temps qu’elle, démonter les phrases en même temps qu’elle. Elle me voit prendre un chemin, puis en chercher un autre, puis en chercher encore un autre. Elle me voit aux prises avec la connaissance, et elle comprend que la science n’est infuse pour personne.

La Première, puis la Terminale.

La tête dans le labour, toujours. Au bac blanc, on dépasse les 11 de moyenne. Succès incroyable dans ce lycée parisien réputé de bon niveau. Elle demande un tiers temps pour le bac, qu’on lui refuse. Elle n’a pas un « vrai » handicap ( !!!!). Elle est au rattrapage….et rate le bac.

Elle le prend avec philosophie. Entre temps ma mère a œuvré pour lui permettre de « se trouver », pour l’aider à se dévoiler ce qu’elle aime, ce qu’elle voudra faire tous les jours de sa vie professionnelle. Elle s’oriente vers la déco, et trouve une école qui la prend sans le bac. Car pas question pour elle de le repasser si elle le rate. Elle intègre cette école, et dès lors, s’épanouie complètement. Son corps, son visage est plus ouvert, plus serein. Elle a trouvé sa voie, elle a cessé d’être « celle qui travaille quatre fois plus que les autres pour un résultat moyen ». Elle est libérée au sens propre du terme.

Pour moi, en revanche, c’est un camouflet terrible. Un échec personnel. Parce qu’entre-temps, j’ai eu l’agreg. Major. J’ai été payé pendant un an pour préparer ce concours, je n’ai donc pas d’autre mérite particulier que celui d’avoir travaillé dur….et d’avoir fait face à mon ignorance sans complexes. Et cela, c’est largement grâce à elle. Grâce à elle que j’ai consacré les deux premiers mois de la préparation à lire des livres de lycée au lieu de me plonger dans des raffinements infinis. Sans me sentir diminuée en une quelconque façon. Grâce à elle que les bases étaient si solide que j’ai pu construire si haut dessus. Grâce à elle que j’avais cette multitude de perspectives sur ma matière, notamment cette vision historique qui deviendra ma spécialité par la suite (en thèse). Et j’avais été incapable de lui rendre la pareille. A quoi cela servait-il de voir ses soi-disant aptitudes à l’enseignement sanctionné par une première place si cela ne me permettait même pas de la hisser jusqu’au bac (contrairement à certaines idées recues, l’agreg n’est pas un concours complètement idiot qui sanctionne des connaissances. Pas dans ma matière en tout cas. Le jury note, à l’oral, une réelle aptitude à transmettre du savoir. Les résultats sont proclamés publiquement, et si vous allez discuter avec le jury ensuite, ils vous sortent les fiches détaillées de vos oraux, se souviennent précisément de votre exposé, de vos faiblesses et atout, de votre clarté, de votre attitude générale, ect.). Jeune prof et déjà en échec.

Et puis j’ai étouffé mon amertume. J’ai enseigné à des « grands », ceux qui à leur tour préparaient l’agreg.. J’ai acquis la certitude d’être un prof honorable, parce que je n’ai oublié cette période où je ne savais rien de la discipline que j’enseigne. Il y a quelques années à peine, il a fallu commencé par le commencement. Et je n’ai pas honte de conseiller à mes agrégatifs d’aller ouvrir un bouquin de lycée, de passer quelques mois sur les bases, pas plus que je n’ai honte de leur dire que « non, je ne sais pas. Mais je sais ou chercher. On en reparle demain.»

Il y a quelques jours, j’ai lu cette phrase dans l’Elegance du Herisson (Muriel Barbery) :

«Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique. »

J’ai souri. C’est vrai pour certains. Faut pour pleins d’autres, méritants, et excellent formateurs que j’ai rencontré ces dernières années. Ce n’est pas tout à fait vrai pour moi, je crois.

Et puis elle m’a demandé d’en parler. Du prof face à la dyslexie. Elle voulait faire une série sur son blog. Avec le témoignage d’une maman, la notre (il est ici), d’une orthophoniste, une amie (), d’un prof, sa sœur, et d’elle-même (à venir). Alors en y repensant, je me suis aperçue qu’aujourd’hui elle aime écrire, et qu’elle écrit bien, comme en témoigne son blog. Et quelque part j’ai l’espoir que toutes ces heures passées à raturer n’aient pas été vaines……

 

Par ce que cette maladie touche des milliers (dizaines de milliers ? centaines de milliers ?) d’élèves en France.

Parce que l’éducation nationale ne fait rien contre ce fléau.

Parce que les dégâts vont bien au delà du carnet de note : tous ces enfants traînent leur mal être au fond des salles de classe, persuadés qu’ils sont des « nuls » ou des « débiles » ; pendant l’enfance et l’adolescence, les performances scolaires sont le principal, et souvent le seul, mode d’évaluation de ces enfants. S’ils sont « nuls » en classe, alors ils sont « nuls » tout court.

Parce que cette souffrance « casse » irrémédiablement ces enfants.

Parce que les profs, souvent anciens bon élèves, sont totalement démunis face à leurs difficultés.

Il faut en parler.

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15 janvier 2008

Un second accouchement

Février 2004 : J’entend son nom pour la première fois. J’étais en DEA. C’est mon directeur de thèse qui m’a conseillé de lire un de ses bouquins pour mon mémoire. Je me souviens, j’ai du noter son nom sur un bout de papier.

J’ai été à la bibliothèque. J’ai appris que sa femme avait reçu le prix Nobel de la paix. Un couple de prix Nobel, ça alors. J’ai trouvé une biographie de sa femme, par sa fille. C’est la première chose que j’ai lu sur lui. Lui en filigrane, au travers de sa femme. Depuis, j’ai lu les biographies écrites par ses deux autres enfants.

J’ai lu le livre conseillé par mon directeur de thèse. Son premier livre. Il avait 31 ans. Puis son best seller, celui des années 40. Puis son second livre important, années 60. Beaucoup de changements dans sa pensée. Il avait découpé lui même sa vie en 3 périodes, et on avait coutume de l’étudier comme trois chercheurs différents. Mais je n’y croyais pas, on ne se renie jamais complètement. Il y a des ruptures et des fils, des liens, dans une vie, ca faisait partie de ma thèse. Et justement parce que savait que l’année suivante, j’allais poursuivre en thèse, j’ai décidé qu’il ferait l’objet de mon premier chapitre. En juin j’ai soutenu mon mémoire de DEA sur lui.

En septembre, j’ai essayé d’écrire mon premier papier en anglais à partir de ce mémoire. C’était mauvais, très mauvais, presque illisible, mais ça je ne l’ai su que bien des versions plus tard. Mon directeur de thèse ne m’a pas laissé d’illusions, mais m’a encouragé.

Après ma seconde version, j’ai décidé qu’il ne pouvait pas y avoir de demi mesure. Si je voulais montrer la continuité et les ruptures de la vie et de la science d’un homme, montrer les influences réciproques entre la vie et science, justement, il me fallait étudier toute sa vie. Même la période ou il n’écrivait qu’en suédois. Alors j’ai appris le suédois. Et en février de l’année suivante, je suis partie à Stockholm, dix jours, visiter ses archives.

Il faisait – 20°. Je dormais sur une péniche rouge, dans un dortoir. Le matin je prenais deux bananes et un lait fraise dans un café internet, je n’avais pas de quoi me payer autre chose, la nourriture est très chère la bas. Le soir en sortant, j’allais prendre en chocolat chaud et une part de tarte au pomme à la maison du peuple. J’avais bien fait de prendre mes après skis. Je me promenais les pieds dans la neige, la tête dans sa vie. Il y avait la détresse aussi. Celle de bosser 8 heures par jour, soit dans une langue non maitrisée, soit sur un support non maîtrisé (putain de microfilms). Et la contemplation du bleu de Klein, si bien mis en valeur au musée d’art moderne. Et l’emerveillement devant la carcasse du Wasa.

Et puis je suis rentrée, j’ai passé l’été les mains dans le cambouis, à traduire des pages et des pages de suédois (et d’allemand aussi, tant qu’on y est). A les traduire en anglais, sinon c’est pas drole. Et j’ai refait 2 ou 3 versions.

Et puis j’en ai eu marre, j’ai laissé reposer. Je ne le supportais plus. J’ai commencé à travaillé sur un autre économiste. J’ai refais une version en mars, et cette fois mon directeur de thèse a jugé que c’était suffisamment bon pour être présenté en colloque. Mon premier colloque international, à Porto, c’était encore avec lui. Mon premier PowerPoint, ma première trouille devant le référé, mon premier trac oublié après deux minutes, la passion.

Mais j’avais cru trop vite que c’était gagné. L’oral était brillant, mais l’écrit toujours assez obscur. Découragement. Je veux tout arrêter. Le directeur de thèse m’engueule. La lâcheté, c’est de rester au pied du mur sans avoir essayer de l’escalader. Il m’ordonne de mettre de coté l’article, et tout l’été je ne travaille que sur un squelette. Etre capable de dire en une phrase ce qu’il y a dans chaque partie, chaque sous partie. Jusqu’à la clarté. Puis encore une ou deux versions.

Premiers commentaires de chercheurs étrangers. Le contenu y est, mais il faut resserré la narration. Quand je l’ai repris en janvier dernier, je savais exactement quoi faire. Je l’ai réécrit, et je l’ai enfin soumis. J’étais déjà enceinte.

J’ai attendu six mois, et alors que j’avais passé les è mois et demi, j’ai reçu la réponse. Bien mais un peu long.

Ultime révision. Je compte, j’ai trois semaines avant l’accouchement. Je veux avoir fini. Je veux accoucher de ça aussi. Ca fait trois ans et demi que je le porte. Je reprend chaque phrase, chaque mot, et je supprime le redondant. Qu’il n’y ait une fois chaque idée, de la manière la plus claire et la plus concise possible. Une narration nerveuse. Et alors que je n’ai plus que l’anglais à améliorer, j’accouche. En avance.

De retour de la maternité, je me dis que si ca n’est pas maintenant, ce ne sera pas avant des mois. J’ai de la chance, j’ai de longues périodes de solitude, une main sur le tire lait, à occuper. Alors je corrige, je m’évade quelques instants par jour de la joie, des pleurs, de l’émotion, des couches, de la contemplation de ce petit visage tout fripé. Les brumes de fatigues ne se déchirent pas totalement, et c’est un peu dans le brouillard que j’achève le texte. J’ai coupé d’un tiers. J’ai peur d’avoir sur-corrigé, que la fatigue ait détruit la fluidité, que ca ne soit trop haché. Trois semaines après l’accouchement je le renvoie quand même.

Décembre 2007 :

Dear Mrs Mowglinomade,

Both of the referees are now in favor of publication. As such, I am very pleased to be able to accept the paper for publication in our journal.....

Posté par mowgli nomade à 14:52 - Misérable thésard - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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28 septembre 2007

I did it

-M'empecher de croire jusqu'à que j'ai passé le porche de l'université que j'y serai.

-M'empêcher de passer en revue la liste des participants en préparant mon speech. Un prix Nobel, un économiste qui a bien connu celui dont je fais l'histoire, pleins de "big guns" de ma spécialité. m'empêcher de me souvenir que je suis la seule non anglophone, qu'il n'y a qu'une autre femme, que je serais la plus jeune, et que par dessus le marché je suis enceinte de sept mois. Me souvenir des mots de mots directeur de thèse: "le secret c'est l'humilité". Presentez vos travaux avec humilité. On n'attendra pas de vous que vous ayez la maturité d'un chercheur de 60 ans, mais simplement que vous ayez des choses à dire. faire abstraction de toutes les questions qu'on pourra me poser. essayer le rendre le plus clairement possible le fond de ma pensée.

-passer les 8 heures de vol a repeter le speech- ecouter le bébé bouger-repeter le speech-ecouter le bébé bouger. C'est un long voyage pour un petit bébé, et peu à peu, le stress tombe, parce que cette petite présence me donne du recul. Le speech est toujours trop long, je reduis peu a peu mais pas assez. tant pis, on verra demain.

-arriver à l'université. filer au restau, se mettre un peu dans le bain. Essayer de dormir quelques heures au moins.

-se lever a 6 heures (vive le jet lag), avec la motivation mais pas le stress. beaucoup moins de stress qu'à la dernière présentation en juin, devant un auditoire moins impressionnant. Est-ce la présence rassurante du bébé? l'inconscience? L'humilité qui fait son chemin? le fait d'avoir entrevu la gentillesse de ces grands chercheurs. J'ai la certitude que je ne serai pas humiliée, même si je suis sevèrement contredite. La certitude que si j'ai ouvert les mauvaises portes, je ne repartirai pas d'ici sans les clé pour les bonnes. Qu'on va m'ecouter. Parce que sinon on ne m'aurais pas invité. Je parle en premier, juste après la "roundtable" introductrice.

-11 h. Se lancer. Une demi heure de speech. un petit peu long, mais pas facile de ne pas perdre son souffle avec un poids de 10 kilos sur le ventre. Un auditoire extremment attentif de bout en bout, bien plus qu'a toutes les conférences précédentes. Quelques questions, mais qui ne me permettent pas de juger de la reception de mon exposé. Compliments des autres "jeunes", mais ca ne veut pas dire grands chose. On se sert les coudes dans la profession. Difficile de s'évaluer sur le moment. Une seule certitude: je ne sais pas si j'étais au niveau, mais c'est déjà une victoire personnelle. J'ai été plus claire que dans mes présentations précédentes.

-glaner des commentaires ici et là pendant les deux jours qui vont suivre. Souvent positifs, m'incitant à continuer. Admirer. Les "grands" de la discipline, qui ne sont pas grands pour rien, et certains jeunes d'autres sciences sociales. Mélange de précision conceptuelle, de finesse et de sens historique, d'honneteté intellectuelle. l'histoire qu'ils écrivent est à la foi claire et complexe, jamais caricaturale, melant les éléments biographiques, sientifiques et techniques, avec le zeitgeist de l'époque, le coté marketing de la recherche (il faut bien financer la recherche), l'impact des transformations historiques (guerre froid, ect). Si jeunes et déjà si fins. Je mesure le respect mutuel entre les participants. Les desaccords sont parfois extremment fort, mais exprimés avec respect pour l'aure parti.

-partir, pleine de nourriture intellectuelle pour l'année à venir. Sachant que rien n'est gagné, qu'il y a des toujours des modèles a suivre, que reste un gouffre entre eux et moi, pour l'instant, celui de la publication, que tous ces contacts ne resolvent en rien ma situation personnelle incompatible avec une vie de chercheur, du moins étant donné le fonctionnement actuel des facs françaises.

-m'effondrer à l'aéroport, dimanche, en attendant l'avion. Parce que le contraste entre ces deux jours et la rentrée dans un lycée loin de chez moi, sur un poste de remplacante, des matières que je n'ai pas choisi, est trop grand.

-me relever. me dire que j'ai un an devant moi pour apprendre à apprivoiser le petit monstre et terminer ma thèse. Après, après on verra.

-me remettre à la tâche, sans tarder. Enfin, essayer.

 

Posté par mowgli nomade à 18:00 - Misérable thésard - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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