Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

17 novembre 2009

La forme et le fond

C'est bien gentil, cette rédaction sur le thème « qu'avez vous fait cet été », mais ça n'explique pas pourquoi je n'ai pas bloggé pendant tout ce temps. J'aurais pu partager, dépassionner, crier à l'aide, dérisionner ces problèmes d'enfant gâté par la vie. Mais je me suis tu. Pour differentes raisons à différents moments.

De juin à août, c'est maintenant bien clair, hein, j'étais occupé à ne pas gérer mes nausées.

Depuis mon arrivée ici, j'étais occupé ailleurs. Sur mon blog professionnel, d'abord, puis sur le blog privé que j'ai créé pour donner des nouvelles à ma familles et mes amis et que j'ai eu à coeur de mettre à jour régulièrement quand le mari est parti loin tout la bas dans l'autre sens.

Ce qui m'intéresse ici, c'est pourquoi je n'ai pas bloggué entre mars et juin. Parce que pendant cette période, des posts, j'en ai écris. Plein. Sur mon état d'esprit, tout une série sur le désencombrement (avec le déménagement....), sur la vie du misérable post-thésard encore plus misérable qu'avant, sur l'allaitement, sur les couches lavables. Je n'en ai posté aucun. Parce que j'avais perdu la forme et le fond. Pour expliquer ce qui s'est passé, je devrais peut-être me soumettre à l'exercice du « why blog » qui a agité la toile l'hiver dernier.

 

J'ai d'abord rencontré cette interrogation périodiquement sur tel ou tel blog que fréquente, quand le découragement ou la tentation de fermer guette. Les commentaires suscités par ces interrogations étaient aussi enrichissants que les doutes eux-mêmes. Puis la question s'est posée collectivement, il y a un an environ: le blog est-il un espace de vérité, de représentation, la blogosphère est-elle un monde fermé ou ouvert, de tolérance ou d’intolérance, de liberté ou de pouvoir. Questions exhumées une fois de plus à l'occasion du classement Elle-wiki des bloggeuses influentes, au printemps dernier. Car ils y a ceux qui livrent leurs états d‘âme de la manière la plus sincère et la plus brute possible, peut-être pour démêler les noeuds. Et ils y a ceux qui mettent en scène (leur maison, leurs enfants, leurs convictions politiques, éthiques, et citoyennes, leur moralité, leur religions). S'agit-il de dissimulation ni de travestissement? Je doute que ces femmes et hommes là souhaitent apparaître comme mères/pères parfait (e)s, citoyens absolument responsables, humanistes éclairés.  Peut-être s'agit-il seulement de « presser » sa vie pour en retirer le bon et le beau, de « tisser » une toile avec ces fils, une toile à regarder les jours gris, les jours bleus. Mais quand même, depuis ces deux series de questions collectives, des envies de blog bis qui fleurissent (moi évidemment, je n'ai pas ce genre de problème, j'ai toujours eu un "blog bis").

 

Pour moi, blogguer, c'est avant tout lire des blogs. Et pas lire des posts, rassembler de l'information (sauf pour les blogs de cuisine, et encore, j'ai mes fidélités), mais bien lire des blogs. J'en suis un certain nombre, de jours en jours, de saisons en saisons. J'aime regarder et écouter ces inconnus vivre. Évidemment, il a bien fallu que je confronte ma propre conscience, et que je me demande sérieusement si ce n'était pas là pratiquer une sorte de voyeurisme. Mais je pense que je peux me faire crédit, pour une fois, d'une certaine « soundness » en la matière. Ce qui m’intéresse n’est pas d'épier la vie des gens, mais de comprendre, de sentir ce qui se passe dans leur tête et dans leur cœur. Lire des blogs me donne accès à la petite histoire, le creuset de la grande, et c'est l'intersection des deux, d'ailleurs, qui est mon gagne pain. Il me permet aussi d’ écouter, d'entendre et de recevoir ceux que je ne croiserais jamais dans ma vie de tous les jours, ceux qui pensent différemment en raison de leur origine géographique, sociale, culturelle, en raison des bonheurs et épreuves qui les ont façonné, ou parce qu'ils ont un mode de vie si différent du mien que je ne les croise jamais. Cela me permet de ne pas m'arrêter à la brutalité des mots, même quand elle me déchire, mais d'en comprendre la source.

 

Pour ce qui est d’écrire, il s'agissait simplement au commencement de demander conseil. Quand on pénètre l’univers du vert, du simple, du bio, on a parfois un peu l’impression de  frapper à la porte d'un monde inconnu, ésotérique et fermé, ne serait-ce que par son vocabulaire barbare: « cristaux de soude, huile de lin, agar agar, savon d’alep, salsifis, phase aqueuse, T80-T110, tea-tree, » et j’en passe.

Puis les posts « états d’âme » ou « compte rendu émotionnel » se sont faits plus fréquents.  Une catégorie « tisser un fil » est apparue. Puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. De tisser un fil, de donner une continuité à ma vie. Puis des tags, « petite histoire » et « au fil des saisons ».  Je ne les relis jamais, ces posts mais je parcours souvent la catégorie, les titres, les mots qui sautent aux yeux, les images associées. Quand je me sens éparpillée, ou que je sens que je piétine, ça me fait du bien. J'écris donc d'abord ce blog pour moi, et devenir amnésique de ne pas l'avoir fait 7 mois durant (cf post précédent) rend cette nécessité d'autant plus impérieuse. Je n'ai pas l'impression de trahir la thématique globale de ce blog, simplicité volontaire et écologie, car les valeurs qui sous tendent mes errances des mots et de la chair, celles aussi de ma foi, sont bien les mêmes. Mais je ne voulais pas que ce blog devienne un « journal intime », c'était un autre ton, un autre sujet, un autre lieu. Et j'ai eu du mal à trouver une juste balance, un terrain de réconciliation.

Je commente peu. Jamais pour dire « ah tiens » ou « intéressant », et c’est comme ça, rarement pour dire « ça me touche » ou « je pleure » ou « merci », et je le regrette et tente de m’amender. Quelques fois quand j’ai une expérience ou information précise à faire partager, surtout pour dire « je pense à toi », souvent hors de propos, mais c’est ma façon.

Je reçois peu de commentaires, et ça ne me vexe absolument pas, étant moi même une lectrice silencieuse. En plus, j’y réponds souvent longtemps après, ce qui peut passer pour de la muflerie (en fait c’est juste que je suis mal organisée). Mais tous me touchent beaucoup. J’y pense, j’y repense, je les mâche et les remâche. Et je suis particulièrement heureuse quand un lecteur silencieux me laisse juste un commentaire une fois en passant, pour me dire « je suis X et je te lis ». Juste parce que cela donne une chair à une adresse IP qui passe régulièrement une dizaine de minutes, et je me demande bien qui, et pourquoi, et ce qu’il ou elle y trouve.      

 

Aux premices du printemps dernier, donc, j'ai perdu le fond et la forme. Ces préoccupations de simplicité volontaire, d'écologie, d'essence, d'harmonie, etc. sont passées au second plan. Besoin de consolidation? Sortie de route? Peu importe. J'étais prête à patienter. Mais plus grave, j'ai perdu la forme. J'ai commencé à ressentir une franche irritation à la lecture de nombres de blogs sur ces sujets (pas les blogs ou je suis une "habituée", hein, sinon je serais tout simplement venue vous en parler). Il m'a semblé qu'en matière de vert, finalement, comme en toutes les matières, le monde de ces écolos, de ces simples, était peint de noir et de blanc, peuplé de gentils et de méchants. Les écolos de tous poils, tout autant que les industriels et les « non-mais-on-ne-peut-pas-se-mettre-à-psychoter-pour-tout-tout-de-même », me semblaient fabriquer des épouvantails, se battre contre des moulins, et jeter le bébé avec l’eau du bain. Des deux côtés, la fin justifiait les moyens. Au motif qu'il y a urgence, ce que je ne nie absolument pas. Du coup, les posts sur l'actualité politique, environnementale et autres me paraissaient décalés  : constat correct, et remèdes proposés pire que le mal. Quand aux posts sur la vie de tous le jours, les trucs, les modes de conso et de vie, j'y lisais une certaine autosatisfaction, une certaine condescendance, la même que celle que bien des mères débordées lisent dans ces posts de blogs famille-déco-couture empilant des images d'interieurs parfaitement rangés, harmonisés, chinés, bricolés, pensés, avec, comble, la mention « photo de mon bazar », la même que celle que les êtres humaines lisent dans ces posts de blogs mode « je rentre dans un 36, j'ai une frange, je fais la gueule, j'ai les genoux en dedans, mais je suis hype, et si je mets une chemise à carreaux, ça n'a rien à voir avec la tienne. »

J'ai lu en hurlant ou pleurant franchement des flots de posts pro-allaitement à je ne sais plus quelle occasion (journée/semaine nationale de l'allaitement au printemps?), donc certains me semblaient malsains ou de mauvaise foi, en tout cas prenant pour cible des caricatures de femmes que je n'ai jamais rencontré dans la vraie vie. J'ai lui avec sidération des dizaines de posts panglossiens sur les couches lavables, choisies sans problèmes, essayées et aussitôt adoptées, « y-a-vraiment-aucune-raison-de-ne-pas-les-adopter », et je me suis vraiment demandé si j'étais ne n'étais pas un peu sous-douée avec mes problèmes de vêtements, mes problèmes d'organisation, mes mois ou ça va nickel, mes mois où ça fuit tous les jours ou presque, mes mois où ça sent un peu, parce qu'elle change de corps et de métabolisme tout le temps, et les mois à ça fait juste chier d'avoir la poubelle à transvaser dans la machine tous les 3 jours, puis à étendre, à s'inquiéter des changements de taille, des changements de débit, à surveiller le site tous les jours au cas ou il y aurait celles que j'utilise à vendre pour compléter. Alors j'ai à mon tour écrit quelques posts furieux et catégoriques « ma vérité sur les couches lavables », « ma vérité sur l'allaitement ». Que je n'ai jamais publié. Parce qu'ils n'étaient pas moi.

Pourtant, je n'ai pas peur d'exposer mes « préjugés». Je n'ai rien contre les préjugés, ni les miens ni les autres, à partir du moment ou ils sont désignés comme tels. Car après tout il faut bien commencé quelque part. Et je n'ai pas peur de la contradiction. Dans une certaine mesure, j'écris même pour être contredite, pour que ma position soit infléchie, ou si elle n'est pas, qu'elle prenne du corps, de la souplesse, de la profondeur, de la chair. Dans une vie idéale je posterais beaucoup plus sur mes préjugés, et les lecteurs viendraient me contredire sans me braquer ou me détruire, parce qu'ils traiteraient mes textes comme tels, avec humanité, avec respect.

Mais ce n'était pas moi, parce que ce n'était pas le bon ton. Parce que ma vision du monde, familiale, religieuse, citoyenne, est faite de toute une gamme de gris. Je me suis même fait profession de peindre ce nuancier de gris. Et par ricochet, je me vois comme une composition de gris dont les teintes évoluent jour après jour. Ce n'est peut-être pas un « défaut » ou « une limite », mais ce n'est certainement ni une « qualité » ni un « avantage.» Un tel regard, que certains nommerait peut-être doute, m'empêche souvent de m'engager, de signer, de voter, de prendre parti, d'agir. Mais c'est moi.  Moi qui ne crois pas que « qui ne dit mot consent ». Moi qui ne crois pas que « qui ne s’oppose pas approuve». Moi qui ne crois pas que la fin justifie les moyens, ou plus exactement, et pour une fois, je suis péremptoire, moi qui sais que la fin n'est jamais indépendante des moyens, de sorte que c'est jouer un jeu très dangereux.



 

 

Depuis que je suis ici,de l'autre côté de l'océan, j'ai progressivement retrouvé le fond et le ton.

Pour le fond, c'est une affaire de circonstances. Il suffit d'arriver dans un deux pièces sommairement meublé et équipé, dans un pays aux us, coutumes, objets, sujets, temps, couleurs, lieux, nourritures totalement étrangers, avec de nouvelles habitudes à construire, avec un enfant sous le bras et un autre dans le bidon, avec en tout et pour tout une valise (qui a passé un jour la douane americaine à New-York sait pourquoi cette frugalité dans mes bagages) contenant 3 paires de grandes et 3 paires de petites chaussures, quelques vêtements bientôt inadaptés, 1 doudou, une poupée, une trousse de toilette, 1 livre et un dossier pour moi, 3 livres et 6 crayons de couleur et un demi jeu de memory pour elle, 2 CD, 5 DVD (question de zone), un parapluie, un appareil-photo, une camera, un ordi, un disque dur, un baladeur MP3, du cablage,  une écharpe de portage aussitôt rendue inutilisable par grossesse, le système de santé pourri, et les distances élargies, un ensemble palmes-masque-tuba et petits bras et 3 maillots (chacun son minimum vital, hein...). Et il suffit de garder à l'esprit que quatre mois, deux saisons, un certain nombre de fêtes, d'occasions, et de découvertes professionnelles plus tard, il faudra repartir avec pas plus de deux valises de 23 kilos, un enfant un peu plus grand sous le bras et un ventre énorme dans l'autre sens. Il suffit d'avoir un salaire quasi-doublé par rapport à 10 ans de précarité universitaire (côté pile du miracle américain), et à l'arrivée un niveau de vie presque divisé par deux par rapport à sa vie en France (côté face du miracle américain).

La sensation que pour 4 mois le compteur est remis à 0 en terme de désencombrement, mais qu'il ne faut pas dépasser 23 kilos d'achats à ramener en 4 mois. Le décalage des traditions dans les modes de consommation, de recyclage, d'alimentation, de vie. Le sentiment que tout est à construire, et que pour une fois qu'on a pas a abattre les murs d'abord, il faut essayer de ne pas construire de travers. Mais l'urgence de se construire un abri de fortune en même temps, sans avoir le temps de penser à tout, à toutes les conséquences, dès les premiers jours.

Pour le ton, c'est une affaire de temps. Une certaine colère s'est apaisée, une certaine frustration s'est envolée. Mais pas pour que revienne le ton d'avant. Les nuances de gris ont irrémédiablement changées, il faut faire raisonner un nouveau la. Un ton sur le même fil, mais 7 pas plus avant.

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14 novembre 2009

Le printemps perdu

Les photos de par-chez-moi sur cette île qui porte si bien son nom et qui me manque tant sont empruntées sans vergogne à mon petit frère qui, privilège de son jeune age, trouve toujours le temps d'en faire le tour une fois dans l'année. Evidemment, pas question d'être sans vergogne sans être son frère.

Comme je suis malgré tout une fille bien élevée (et un peu parce que je suis historienne), j'ai cherché à rassembler les morceaux épars de ma vie depuis 7 mois, à saisir ce que je fut et ce que je fis en ces temps là.

Et j'ai eu froid dans le dos, le sentiment d'un immense gâchis (« perdre son temps » apparaît désormais comme une expression pleine de sens....littéral), et, malgré les circonstances atténuantes que je me suis cherché, des regrets au bout du compte.

Froid dans le dos en constatant les difficultés que je rencontrais à reconstituer mon passé récent. La femme sans passé. Cette année 2008-2009, je n'avais même pas un agenda où noter mes rendez-vous, nos plans pour les weeks-ends, les vacances, nos multiples déplacements, croisement, etc. Professionnellement, je n'en ai jamais eu besoin : les cours, par définition, c'est régulier, et les dates des 3 colloques annuels ne sont pas bien difficiles à retenir. Pour le reste,  les soumissions, les partiels, les délibérations, tout est fixé par mail, si bien que ma boite mail me sert d'agenda chronologique. Pour le reste, j'ai un fichier word pense bête qui couvre le mois à venir, du cadeau à offrir au RV chez l'ophtalmo, des billets de train à réserver/échanger/annuler aux vieilles fiches de cuisine à trier de toute urgence depuis 5 ans. Je l'efface au fur et à mesure. Donc pas de trace, pas de mémoire. Peu de photos, toujours mauvaises, et surtout des photos du quotidien. Je ne pense jamais à sortir mon APN pendant une balade une famille, une soirée passée à refaire le monde avec des amis. Probablement parce que je n'aime pas interrompre le flot du discours. J'ai un bien journal dans lequel j'écris certes très irrégulièrement, mais dans lequel aux moments ou je sens que je me dissous, que je m'éparpille, je note l'émotion dominante de chaque semaine (apathie, désespoir, reprise, expectative, satisfaction du travail accompli, enfermement, paralysie, etc.). Mais je ne l'ai pas emmené avec moi. Et surtout, je n'ai aucune mémoire systématique, ce qui est bien un comble dans mon métier. Du coup j'ai une mémoire émotionnelle très développée, même pour ce qui est des concepts les plus abstraits et les plus techniques, mais ce n'est pas comme un catalogue que je peux feuilleter à loisir, j'ai besoin d'une étincelle pour mettre la machine en branle.

Alors?

Alors j'ai fais ce que je fais depuis 2 mois, calée entre deux grosses boites de carbones dans les sous sols de la librairie. J'ai fait du travail sur archives. J'ai reconstitué, à partir des quelques photos, mails stockés à la va vite et au hasard, grâce aux blogs des proches, grâces aux statuts facebook aussi. J'ai fait une chronologie.

Mon dernier post datait de mi-mars. Nous préparions cette fameuse soirée des trentenaires, le mari était rentré depuis peu au bercail après 5 mois de stage à l'autre bout du pays, c'était mes derniers TD, les plus difficiles, tout à inventer, aucun manuel pour m'aider et un prof référant qui m'avait dit clairement au début du semestre qu'il ne voulait rien avoir à faire avec ses chargés de TD, je passais des nuits à essayer de débugger mes programmes.

 

MARS

Le 22 mars, je termine mon sujet de partiel. Ce devait être une période chargée parce que partie de rien sans aucune indication, j'ai voulu concevoir du sur mesure pour mes élèves. Au total j'aurais passé quasiment 3 mois à n'enseigner qu'une matière. Je crois qu'il faisait froid encore, pourtant j'ai des photos du schnik en tee shirt dans le jardin. Très humide peut-être alors. Je me souviens qu'on allait chercher les légumes et les deux litres de lait entier non pasteurisé à la ferme, et que c'était très boueux. Dernière semaine de mars et première semaine d'avril, partiels, surveillance, paquets de copie sous le bras.

 

AVRIL

paysage1

D'après mes photos, c'est ce mois là que Manou vient en Alsace. Je crois que c'est le tout début du mois, mais c'est une déduction plus qu'un souvenir. Il fait encore froid, il pleut des cordes, tout est marron autour de nous quand nous sortons voir les brebis et leurs petits, on dine au coin du feu, et on ne peut pas marcher deux heures dans Strasbourg avec A. et son joli rire rauque sans finir par se précipiter dans un salon de thé. C'est bon, c'est bien, c'est la première fois que j'ai ma maman pour moi toute seule depuis que je suis maman moi aussi,  nous passons de longues soirées à revisiter mon enfance à la lumière de cette expérience nouvelle.   

Ce doit être une période d'intense questionnement aussi, j'imagine. J'imagine, parce que la liste des postes MCF est publiée depuis début mars, nous avons enfin confirmation de la mutation du mari à Pau (1 fac, deux heures de route de Toulouse, trois heures de Bordeaux, pas de TGV dans le sud ouest), et j'ai donc largement eu le temps d'en tirer les conclusions qui s'imposent concernant mon avenir professionnel. D'ailleurs, j'écris un post intitulé « sans issue » sur l'après thèse, que je ne publie pas, comme tous ceux que je rédige durant cette période. Alors, faute de pistes sérieuses en France, le 9 avril, la veille du départ pour le week-end de Pâques, j'envoie ma candidature pour un poste de postdoc aux US. Sur la pointe des pieds. J'y précise ma situation personnelle, que le mari doit partir loin, longtemps et dangereusement, mais qu'on ne sait pas quand, que je souhaiterais donc venir un semestre  sans pouvoir donner de date (très bon effet sur une candidature, mais on m'avait conseillé de jouer la sincérité, et c'est toujours ce que je finis par faire).

Week-end de Pâques en Bretagne. Humide (forcement!), marron tirant sur le vert algueux, mais frais. Je m'isole, parce que je suis perdue, j'ai un peu honte, quand même, on ne se marrie pas pour prendre son môme sous le bras et se barrer outre atlantique. Bref, je n'ai pas encore de réponse, pas pris de décision, et je me sens déjà coupable d'avoir entamer la démarche. Bon, et puis j'ai un papier à écrire, maintenant que j'ai enfin fini mes cours. D'ailleurs, la semaine suivante, le schnik reste s'ioder chez ses grands parents pendant que son papa travaille d'arrache pied et sa maman rédige son foutu papier. En théorie. Le temps de descendre du train et de rallumer l'ordi, la réponse est déjà là: «viendez quand vous voulez, premier semestre, ou deuxième semestre, ou les deux, ou plutôt en 2010-2011 si ça vous arrange. Dites le nous a temps pour le visa. Mon assistante prendra contact avec vous pour les crèches» Et ben, ça change du traitement -de sous-merde, il n'y a juste pas d'autre mot- que j'ai reçu cette année en France.

Donc il faut décider. Commencer par savoir si la vie avec un enfant là bas sera possible (places en crèche, etc.), puis, après 3 jours de vérification en tout genre, décider. Il me dit vas-y, tu le regretteras toute ta vie sinon, tu n'auras pas deux fois l'occasion, on se débrouillera. Et va-y tout de suite, tant qu'à faire, vu qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais encore moins après demain. Alors je dis oui, j'arrive fin aout, avec ma fille.

C'était mon premier choix pour l'année prochaine: une année libre de charge d'enseignement après mon lourd plein temps d'ATER, une vie qui s'organise sur les 5 miles carrés d'un campus américain après les 3 heures de route quotidiennes, un minimum de reconnaissance, tout du moins d'écoute, après le mépris et pire, l'indifférence, le silence subi tout au long de cette année. Une bibliothèque immense, le fond d'archives le plus riche du monde. Des séminaires où discuter, contester, écouter et être écouter.  Un rêve de chercheur. C'était mon premier choix, ce sera le seul, je n'ai même pas dégoté un entretien dans la campagne 2009.

Pas le temps de regretter cette décision, les premiers jours, un impromptu, vite, vite, il faut profiter que le schnik fait des patés de sables breton tranquille pour descendre à Pau chercher un logement. Oui demain. ça tombe bien, le petit neveu toulousain décide de montrer le bout de son nez pile cette semaine là. Nous rentrons tous les trois au bercail vers le 22 avril, et à partir de là, je sombre dans une faille espace temps.
Blanc total, impossible de me souvenir.

MAI

corse_lever

Alors bien sur, il y a les centaines de démarches que supposent deux déménagements dans l'été, dont un à l'étranger. Deux recherches de logement, deux séries de changements d'adresse, les locataires, les déménageurs, le visa (ahhhh, le visa, un plein temps en soi) le jardin à finir, toutes ces petites choses mises de côté à terminer, régler. Bien sûr, il y a les 120 copies que j'ai corrige deux fois, parce qu'après la première correction il me semble soudain que mon barème ne rend pas justice à toute la gamme d'efforts ou de jemenfoutisme que j'ai trouvé dans les copies. Bien sûr, il y a toujours ce foutu papier, sur lequel je travaille un peu, visiblement, parce qu'il y a un peu d'activité sur mon blog pro et des blagues de chercheur sur mon statut facebook à cette péridoe, et que c'est toujours comme ça quand je réfléchis.

Mais quand même, ça ne remplit pas un mois et demi. Et les week-ends?  Et tous ces jours fériés?  Il y a le voyage a Bruxelles, chez le frangin, le petit dernier qui me dépasse de deux tête, la Chimey bleue, la différence entre art déco, art nouveau et art stalinien, la pâte à speculoos et le pain précuit du matin, les God*iva et le parterre de coquelicots pour la fête des mère belge, mais ça ne fait guère que trois jours.

Ai-je vraiment passé mes journées échouée comme une baleine sur couette bleue à noyer ma culpabilité de future-mauvaise-épouse-et-mère dans les mauvais romans des bas fonds poussiéreux des  bibliothèques municipales de France et de Lorraine? Et  mes nuits à errer sur la toile des blogs à... à quoi? Scruter les vies idéales, en tout cas morales, de ces mamans-superwoman qui arrivent à concilier boulot épanouissant, intérieur rangé-enfants bien habillés-cuisine élaborée-multiples activités-mari comblé//// recyclage incomparable- modes de vie irréprochables-empreinte écologique soutenable-moralité véritable, au choix selon selon la communauté blogesque considérée? Et le tout, sachant pertinemment ce que ma petite famille gagnerait à me voir accepter ma décision et faire de ces derniers mois passés ensemble des moments inoubliables.  Un gâchis, pur et simple.

Après? Après pas mieux, mais j'ai une excuse en béton, et puis le rythme s'emballe.

 

JUIN

tour2

C'est la période des conférences, il faut réserver ses billets, la chambre à l'auberge de jeunesse, potasser google map, prendre contact, et surtout terminer ce foutu papier. La Belgique à nouveau, la capitale (c'est pratique), et fin juin, les Etats-Unis. 48 heures de voyage pour 48 heures de conférence, le grand raout annuel, trop de monde, trop peu de temps pour présenter (15 minutes de présentation, 5 minutes de rapport, 10 minutes de questions.. quand les autres intervenants ont tenu leurs temps -c'est à dire jamais-) des dizaines de sessions en parallèle...J'y ai échappé depuis le début de ma thèse, mais cette année, il faut y passer.

Pas beaucoup de temps pour ressasser mon statut de mère indigne....que je noie désormais dans les nausées. Le timing semble parfait, je dois terminer mon postdoc à Noël, j'en serai à sept mois. Sauf que courant juin, ça se précise, le mari partira 3 mois....à partir de janvier 2010. Et je ne peux plus déplacer mon propre séjour, puisque je dois (et je veux) rentrer pour l'accouchement....qui je prévois donc seule, dans une ville totalement inconnue, au trou du cul du pays.

Mais je ne suis plus vraiment en état de m'inquiéter. C'est 100 fois pire que la première fois, mon corps est entouré d'une gangue de toiles d'araignées de la minute ou je me lève à celle ou je sombre enfin. Je n'ai envie de rien et pourtant je dois passer mes journées à manger, de préférence des choses lourdes et ecoeurantes qui me collent à l'estomac pour « fonctionner », puisqu'il y a tous ces colloques, tous ces cartons, toutes ces démarches. J'ai du coton dans les yeux et les oreilles, un essaim d'abeille sous le crâne. Je ne vois ni n'entends distinctement. L'aller retour aux Etats-Unis est un calvaire: j'alterne hamburgers et lasagnes toutes les deux heures pour tenir le coup, je cours chez Mc*do entre deux sessions pour être capable de serrer des pinces, je prend 2 kilos en 2 jours. Les rares moments ou le brouillard se dissipe, je suis tellement mal que je cherche désespérément la fermeture éclair qui me permettra de sortir de cet horrible corps, comme le lendemain de mon retour en France. Mais le pire est encore à venir. Parce que juillet, c'est le mois des cartons, et de la poisse.

 

JUILLET

pas_sable

Pas la grand poisse, le cancer, le chômage, non, la petite poisse qui frappe à la porte avec constance et acharnement tous les matins. Le lundi, le mari apprend qu'il ne pourra pas pendre de congres pour m'aider avant le déménagement, exercice jusqu'à mi juillet! Le mardi, en rangeant des cartons au grenier, il passe à travers le plafond. Gros trou, les locataires suivants arrivent dans 2 semaines, ça va être du plus bel effet. Le mercredi, la voiture tombe en panne devant la crèche, pour la troisième fois en deux semaines. Le problème, c'est qu'elle a redémarrée comme si de rien n'était chez le garagiste trois jours avant, qui n'a trouvé la panne.  Le vendredi, après avoir passé chaque minute de la semaine à appeler le platrier convaincre mon corps de prendre le bouquin, le poser dans le carton, saisir le rouleau de scotch, fermer le carton, non, non, ne pas finir au lit avec le bouquin, est une lutte, tous les livres, papiers, documents, archives sont stockés encartonnés dans le garage (donc le plus gros est fait). Pas de bol, le samedi, c'est l'orage de la décennie, et quand je rentre d'un diner, je découvre le garage (ou sont stockés tous les cartons de papier, donc), inondé. Une nuit passée à déchirer les cartons si péniblement  fermés, à essuyer. Les jours se suivent et se ressemblent. Poisseux  dehors, poisseux dedans. Les nausées sont toujours là, il fait toujours aussi humide (mais est-ce qu'il y a eu un printemps cette année?), mais c'est aussi la canicule dans la journée. Il n'y a plus vraiment de cuisine, je me nourris à la boulangerie, mon corps enfle tellement que je n'ose plus me peser (de toute façon la balance est avalée par un carton). Derniers cartons, chargement, train de nuit, arrivée à Pau à 6h30 un matin, je suis une épave. Petit déjeuné salvateur (le goût du thé, de la confiture) chez un ami attentionné, déchargement, et pas le temps de se reposer. L'homme est aussi épuisé que moi, il s'est farci 4000 kilomètres en 10 jours pour m'éviter d'avoir a descendre une des voitures, je peux bien lui préparer une chambre sans cartons. Idem pour le schnik que manou ramène le surlendemain. Son programme de l'année comprend deux déménagements, son départ, son retour, le départ de son papa, l'arrivée du bébé, et à défaut de retrouver sa maison en rentrant de vacances, je veux au moins qu'elle retrouve ses doudous, ses tableaux, son mobile, sa bibliothèque, son petit fauteuil. L'homme arrive le vendredi, le samedi c'est le baptême du cousin toulousain. Sur les photos, malgré l'anticerne à la truelle, j'ai l'air d'un zombie. Cerise sur le gâteau, le mercredi suivant, c'est Toulouse-Paris-Toulouse-Paris en train pour...les visas!

 

AOUT

arbre

Dans une autre vie, pendant ces trois dernières semaines précédent mon départ, j'aménage un nid douillet pour mon époux  bientôt délaissé, je mets au carré la maison et tout l'administratif, je lui prépare un mode d'emploi détaillé pour homme-qui-va-faire-ma-mutation-interacademique-et-son-repassage-tout-seul-pendant-4-mois (et avec une inavouable arrière pensée sadique, je me dis qu'au moins ce séjour à l'étranger au pour effet bénéfique de démontrer au mari -déjà favorablement disposé la plupart du temps à reconnaître mes mérites- à quel point je suis totalement indispensable dans sa vie, et pas seulement sur le plan sentimental). Ensuite, je concocte des diners aux chandelles, des piques niques dans les Pyrénées, des sorties à la piscine pour nous trois, des moments de complicité en famille. Dans une autre vie.

Dans cette vie de misère, il n'y à guère que la première partie du programme que nous accomplissons en 1 semaine à peine avec l'énergie du désespoir, et surtout le désespoir de l'homme qui reprend le travail aussitôt la dernière Billy monté, sans avoir eu une seconde pour se reposer. Quand a moi, mon corps ne répond plus. Du tout. Il refuse de faire un pas hors du lit avant midi sauf pour relancer le DVD de Winnie, babysitter officiel du schnik en ces semaines grises (avec Bourriquet, cela va de soi), il se contente de se laisser bercer des matinées durant par le tiptoptiptop des petits petons taille 23 sur le carrelage du long couloir qui lui plait tellement, après 3 ans d'escaliers escarpés. Mon corps refuse de peler les aubergines, les poivrons et les tomates pour faire la ratatouille, qui siérait surement mieux à son fessier que le chav*roux-baguette. Il refuse de classer, de trier, d'apposer les mentions « impôts& bulletins de salaire », « crèches à contacter à la rentrée », « sécurité sociale » sur les chemises colorées. Il refuse tout, en bloc. Il ne tolère que les aristochats, les dalmatiens de son enfance, et ne fait exception à son obsession que pour les ratatouille-à-moustache et les Wall-E-E-ve, en caressant le duvet qui lentement mais surement, s'épaissit sur le petit crane émerveillé (« encore les souris, maman, encore les souris »).

Non, le tableau n'est pas exact. Certes, quand il est seul à la maison avec le schnik, mon corps est une épave. Mais c'est plutôt rare, finalement. Autant la région paloise est l'endroit le plus enclavé de France durant l'année, autant c'est apparemment le centre du monde pendant la trêve estivale.  Il ne se passe jamais plus de trois jours sans une pizza maison au chorizo avec un verre de rosé devant la chaine des Pyrénées,  quelques verrines, un, deux, ou quatre lits dressés à la va vite. Il y a une tente et une piscine gonflable presque immédiatement crevée, des rires d'enfants, un marché noir de layettes, des aventuriers du rail, des diners aux chandelles pour 4 ou 8, des croissants et du pain brioché.  A défaut d'offrir un corps svelte (6 kilos au compteur les trois premiers mois, qui dit mieux?), un sourire radieux, et des vacances à l'homme, je lui offre de vraies tablées de famille le week-end, quelques rares instants d'été après des semaines de corvées. Et je culpabilise d'autant plus de ne pas être capable d'en faire autant quand nous ne sommes que tous les trois.  Car de jolis moments à deux ou trois, il y en a peu. J'ai trop honte, je me cache. Le 23 août, j'étouffe mes larmes dans le bourriquet musical du schnik qui me regarde interloqué, et je tend nos deux passeports au contrôle de sécurité. Je compte déjà les jours qui nous sépare des vacances de la Toussaint, ou il devrait nous rejoindre pour une semaine.


EPILOGUE

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Le temps de digérer les 3 avions, les quinze plans, la nouvelle crèche, les centaines de pages de formulaire, et le cornbread, les nausées disparaissent, ça fait trois mois. Le poids physique  s'allège. Au sens propre comme au figuré. Si  j'ai pris 6 kilos en 3 mois, à bientôt 6 mois, il y en à 7,5 au compteur. Et d'après l'échographie, le petit knicker a bien profité. Comme quoi, lecteur égaré, il ne faut pas croire ce que racontent les gynécologues sur la prise de poids régulière et contrôlée pendant la grossesse. On fait comme on peut. Et des fois, on ne peut pas grand chose, et on a juste envie de foutre des baffes au monsieur en blouse blanche qui nous dis « tout va bien...mais vous grossissez trop vite, madame », et qui ne sait visiblement pas de quoi il parle.  Bon ok, les deux piscines du campus l'absence de fromages et de chocolats décents dans ce foutu pays, et surtout la fin des nausées y sont surement pour beaucoup. Mais peu importe les raisons. On fait comme on peut.

 

Ce n'est pas seulement le poids physique qui s'allège. Début septembre, l'homme apprend que finalement, c'est en octobre qu'il part. Retour prévu fin janvier. C'est la panique totale, et  la perspective de me retrouver un matin de décembre après 24 heures de transport, un gros jetlag, deux grosses valises et 1,75 enfants sous le bras à l'aéroport de Toulouse seule sans voiture pour rentrer dans un chez moi inconnu et de toute façon sans les clés dudit chez moi me flippe un peu, mais quel soulagement, au fond. Je le sais, je suis mieux sur mon vert campus et ma fille avec sa ferme mais gentille maitresse et les autres kids que seules à huit clos dans une maison inconnue au milieu des champs de mais palois. Son père lui manque, mais comme sa mère à globalement le moral, c'est supportable. C'est comme si j'avais eu raison de forcer le destin. Reste ce printemps perdu.

20 février 2009

Ecole buissonnière

Une escapade de deux jours en semaine.

 D’un côté de la frontière…..

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….et de l’autre

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Un week-end en semaine pour faire l'école buissonière

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J'avais une tite chanson pour aller avec tout ça, mais impossible de mettre là main sur le lien du lecteur chez deezer. Ya un problème ou bien je dois d'urgence me racheter des yeux?

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24 janvier 2009

Apocalypse

D'abord l'effroi, le dimanche matin. exercice, Libre**ville, appareil, crash, mort. L'incompréhension. L'impuissance. Pas de coup de fil, peur de déranger, on est proche, certes, mais pas assez proches. Un mail court, de toute façon que dire face à cela. Puis l'attente, les soirées pas vraiment vécues, passées dans cet ailleurs, à se demander ce qu'elle peut être en train de faire, de penser, de pleurer. A penser aux petits. Quelques échos. Aéroport, cérémonie, dur. Puis l'annonce de la date fatidique, le surlendemain. Recherche frénétiques sur internet, coups de téléphone tardifs, c'est loin, derrière Toulouse, samedi matin. Ce sera le train de nuit, via Paris pour déposer le chtig à la belle soeur bien gentille. Les bagages, les élèves, les dernières copies, la course, le vent déjà, ce vendredi, dans l'Est. Le premier train arrêté de longs moments en pleine voie, le temps de correspondance qui s'évapore, le TGV qui attendra, l'écharpe, le noeud, vite, le métro, le pyjama, le diner, vite, vite, le train de nuit. Le train qui tangue sous les rafales, les méninges qui ne veulent pas s'assoupir, qui « anticipent » dans un vain effort pour rendre l'épreuve moins cruelle. Je ne vois aucune raison de ne pas pleurer ni de m'en cacher. Aucune circonstance atténuante, pas de « il a eu une belle vie », « il souffrait tellement, il ne reconnaissait plus personne », rien que de l'injustice, de la colère brute. L'impuissance, encore, de ne rien pouvoir pour elle, déjà si bien entourée. L'appréhension du visage de ses enfants, de ce caillou posé sur le coeur, la perspective de passer le long voyage du retour à étouffer ses pleurs dans ces trop étroits sièges de seconde classe. Surtout ne pas faire de bruit, ne pas susciter les « ca va? » polis de la compatissante dame aux cheveux blancs assise côté couloir.

Mais alors qu'en arrivant à Matabiau à 6h40 je lève négligemment les yeux sur le tableau des départs pour voir si mon retour est déjà affiché, je comprend que rien ne se passera comme prévu. Tout le trafic est suspendu. Mon train fut le dernier à passer Bordeaux. Pourtant, dans les rues, le vent ne semble pas si fort. Bien moins qu'à Nancy la veille, ou les panneaux de signalisation étaient agités de tremblements épileptiques. La voiture est basse, elle tient bien la route. Je vois bien que les arbres qui bordent le périphérique s'agitent frénétiquement, nous captons des brides d'information à la radio, mais on parle de Bordeaux, du bassin d'Arcachon, de Biarritz. Pas trop d'ici. Et puis, au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans la campagne, un arbre couché sur le bas côté, puis deux, puis trois, de plus en plus gros. Des troncs sciés pour laisser passer les voitures, des dizaines de poteaux téléphoniques arrachés, des fils qui pendent. Des routes de plus en plus désertes, et soudain, une dizaine de voiture qui se suivent. Dans le sens inverse. La voiture de tête est une voiture de gendarmerie. Ils reconnaissent les uniformes, nous annoncent que la route est barrée, chute d'arbre, il faut faire le tour, suivez le convoi. Nous arrivons enfin au village. Jusque loin dans les champs, les rues sont bordées de voitures. En ouvrant la portière, je réalise. Je peux à peine tenir débout. Le bruit du vent est assourdissant. L'église est pleine, nous ne pouvons entrer. Nous sommes une cinquantaine dehors. Certains vont s'abriter à la mairie. Nous resterons là, nombreux, debout sous le porche, après avoir vérifié que ni toit ni arbre n'est à porté de tête sur cette place dégagée, en proie aux hurlements, au froid,à la pluie, sans faire un pas, n'entendant que de lointaines bribes de chorales, la fin d'un Notre Père, le début d'un éloge funèbre. Sans bouger, avec la certitude d'une bronchite prochaine. Stoïcisme absurde, geste plein d'impuissance de tous ceux qui veulent dire un adieu par cet acte parfaitement inutile et qui pourtant, en ressentent la profonde nécessité. Avec tous ceux là je ne bouge pas, transie dans mon manteau trop léger. Je redoutais mes larmes, mais le vent les assèche. Je redoutais les hurlements de mon cœur et voici que ceux du ciel les couvrent totalement, voici qu'au dehors se reflète la fureur que nous portons tous au dedans depuis 6 jours. Je refuse de bouger. Aussi parce que je n'ai même pas pu entrapercevoir son visage, et que je veux la voir, même si elle ne saura surement jamais que je suis venue pour lui, pour elle, pour eux, comme pour vérifier qu'elle est encore debout, qu'on la porte, qu'on la soutient. L'assistance reflue et soudain elle est là droite, si jeune, sans les enfants, une bougie a la main, ses larmes se mêlant à ses cheveux éclaircis par 18 mois d'Afrique. Après tout va très vite. La porte du cimetière juste en face, la foule qui reste après qu'elle soit ressortit, je ne comprend pas immédiatement que le cercueil reste hors de terre un moment pour que nous puissions individuellement lui rendre un dernier hommage. Je suis restée à l'écart, dans l'ombre, gauche, proche, surement, mais pas assez proche, sans doute. Son regard me projette dans la lumière. Le monde s'est effondré et pourtant elle a ce regard pour chacun, cette attention. Ce regard qui me dit que ma présence compte pour elle. Son étreinte, nos larmes, ces quelques mots à mon oreille, couverts par la tempête, je ne saisis que la fin « et maintenant il faut que je sois forte ». Je balbutie qu'elle est si forte, que nous serons là toujours, et pas qu'en mots. Et déjà d'autres se pressent.

Nous courons à la voiture, transis, dans un état second. Nous comprenons enfin que nous sommes au milieu d'une alerte rouge, qu'il et inutile de retourner à la gare de Toulouse, qu'il n'y aura pas de train. Nous sommes à devoir absolument regagner Paris, pourtant. J'y ai laissé mon enfant, et j'ai plus que jamais envie de la serrer fort contre moi. L'homme doit regagner l'Alsace au plus vite, en voiture, avec les bagages de nombreux camarades. Il nous déposera à Lyon, de toute façon la route est bloquée à Bordeaux, et on annonce de la neige à Clermont. Le silence dans l'habitacle fait curieusement écho au chaos du dehors. La frustration est palpable. Nous pensions assister à un dernier hommage, à avoir le coeur lourd et les joues humides. Nous avons plutôt l'impression d'avoir passé deux heures dans une machine à laver, ou en plein pôle nord au coeur du blizzard dans la nuit, nuit rapidement entrecoupé d'un éclair de triste lucidité, d'un sentiment de manque, de culpabilité inexplicable d'être toujours là, nous. La voiture, basse, spacieuse et stable, amortit le bruit et les secousses, si bien qu'elles nous parviennent dans les bulletins météo que la radio crache à intervalles réguliers plutôt qu'au travers de nos sens directement. Nous observons les arbres qui se couchent complètement a travers la vitre, mais c'est comme si le son était lointain. Vers Montpellier, le vent se calme brusquement, remplacé par du brouillard et de la pluie, auxquels s'ajoute l'ombre. Comme si, en un instant, nous avions soulevé une tenture et pénétré dans une pièce enfumée, ou franchi un niveau au cœur d'un jeu vidéo. A 19h nous sommes à Part Dieu, sur le quai, billets en poche, emplis d'un sentiment d'irréalité, comme au cœur d'une ville fantôme parcouru d'un vague bruissement et de lumières qui perçent à travers le brouillard humide. A 21h30 je descend du 91 et dévale le boulevard Montparnasse. Les couples flânent tranquillement à la recherche d'une carte alléchante, les groupes d'ados déboulent devant le Bretagne ou ils se sont donnés rendez vous pour Twilight. Tout est si calme, si silencieux, à milles milles du chaos et du mugissement sur les routes et dans les gares d'Aquitaine, les foyers privés d'électricité, à milles lieues aussi de du fantomatique brouillard lyonnais. J'ai traversé le pays 3 fois en 24 heures, et j'ai le sentiment d'avoir vécu l'apocalypse et de revenir du pays des brumes. J'en ressort amputée et augmentée à la fois, et je comprend alors que l'un ne compensera jamais l'autre, que les deux coexistent désormais éternellement en moi.

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05 janvier 2009

Le bout de son nez

Je n’ai jamais trop compris la tradition des vœux du nouvel an. Ni souhaiter plein de bonnes choses à ceux qu’on aime (pourquoi juste ce jour là si c’est un moyen de leur dire qu’on pense à eux), ni même réfléchir à ses propres « souhaits » et « résolutions » pour la nouvelle année.

Peut-être parce que le passage du 31 décembre au 1er janvier n’évoque rien pour moi, ne rythme pas ma vie.

Peut-être parce que je suis prof, et que c’est plutôt fin août-début septembre que le bilan s’effectue, que l’ardoise de l’année précédente s’efface et que l’on pose de nouvelles bases pour « l’année » à venir. Parce que souvent, le statut professionnel, le lieu d’enseignement, le lieu de vie, l’emploi du temps du conjoint et des enfants changent à ce moment là.

Peut-être parce que je suis « du sud » et que j’ai tant de mal à supporter cette période de l’année. Il me semble si incongru de se réjouir et de voir loin en cette période de nuit permanente et de froid extrême. Bien sûr, en faisant la tournée des blogs, je lis ces vœux que mes voisins se font à eux-mêmes et je deviens capable de concevoir ce que je pourrais « souhaiter » pour 2009, la santé pour tous, un deuxième enfant, un époux plus présent (Armée, si tu me lis….), un poste de MCF (on peut rêver, hein, il parait que c’est Le moment de l’année ou on peut rêver, alors…) un déménagement pas trop fatiguant et des repères, là bas, en pays palois. Mais cela reste abstrait, lointain, dénué de sens aussi. Tout ce que m’évoque le premier janvier, c’est le début de la pire période de l’année, celle qui sépare les fêtes du jour tant attendu ou il fera « jour » une heure de plus et ou les risques de neige et de verglas commenceront à s’évanouir. Celle de la fatigue, des cernes, du teint blanchâtre, des réveils amputés par les aller-retours prudents à effectuer sur la pente et le dégivrage à la lueur du lampadaire, la peur de ne pas pouvoir rentrer à cause de la météo, de ne pas pouvoir aller la rechercher à temps à la crèche, le léger frisson permanent, l’impression d’avoir les os trempés, la tentation constante de se jeter sur le canapé sous un plaid ou sur le lit sous la couette et de ne plus en sortir, jamais, le risque du relâchement de la conscience professionnelle. Et cette année, la solitude, encore. Pour deux mois. Ne pouvoir compter que sur soi, habiter dans cette maison bien trop grande pour un adulte et un enfant. 

Alors, depuis le premier janvier, je me prépare à tenir un siège. La maison est à peu près ordre, je suis venue à bout du panier après 5 lessives (joie des retour de vacances), et le marathon cuisine de samedi a produit du bon et du moins bon, et j’espère un peu de soleil dans mon assiette les jours à venir

quotidien

Un cake tomate-basilic-mozza (trop de purée de tomates, consistence un peu molle, mais c’est bon).Un cake à la patate douce (raté. Pas assez de sucre du tout. J’ai du me tromper en recopiant la recette). Un cake à la banane (excellent. Vraiment l’aliment doudou de l’hiver). Une tarte échalottes-chèvre (excellent également. J’aime beaucoup les échalotes, je devrais en cuisiner plus souvent). Des portions de haché de bœuf aux herbes (pratique, facile à congeler, et une bonne solution quand on n’aime pas la viande comme moi). Une purée celeri-bleu d’auverge pour aller avec (miam. Le celeri est un petit nouveau dans mon assiette. Bien que ce soit un classique.   J’attends de le goûter en crudité, pour sortir un peu des sempiternelles (mais délicieuses) salades d’endives qui accompagnent tous les plats depuis un mois (je n’aime pas trop la verdure) Il faut que j'essaie le chou rave et le chou rouge, mais un chou pour moi toute seule, ça fait beaucoup). Des portions de haché crevettes-petits pois-asperges (en boite) : pas encore goûté la purée cocos plats-bœuf et celeri-jambon, compotes pommes-coings et pommes-poires pour le chtig.

J’essaie de cuisiner un peu de saison, mais pas que. Ces deux mois difficiles, il me faut de la vitamine, de la couleur et de la joie sous les papilles. J’ai fait le plein de clémentines corses et de pamplemousses pour les matins difficiles. Beaucoup de nouvelles recettes, inspirée des 10 jours que j’ai passé chez bonne maman qui possède l’intégrale des œuvres de Sophie. 

 

Il est parti hier déjà, et déjà mes plans de guerre, de résistance sont mis en échec. Chaque geste devient compulsif, le grignotage du soir comme la recherche d’une idiote comédie américaine à se mettre sous les yeux pour oublier, je ressemble à un vieux 33 tour rayé. Le chtig s’est réveillé au milieu de la nuit, et après 1h30 de hoquetages et de pleurs, n’a consentie à se rendormir pour quelques heures que dans le lit parapluie à poste dans ma chambre. Une première, elle dont les nuits sont si paisibles habituellement. Et ce matin pour le retour à la crèche, elle ne voulait pas lâcher ma main. Elle a bien supporté l’absence de son papa jusqu’à présent. Mais maintenant ? 

Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez. Et tout ce que je suis capable de me souhaiter, c’est assez de chaleur et de lumière pour compenser le froid et la nuit, dehors. Tenir deux mois. Après, on verra.

 

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Ce matin, vers 10h00

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28 décembre 2008

Carnaval!!!!

Noël eut des allures de Carnaval.

Une trève de la crise, une trève de la simplicité, une trève de la déconsommation, une trève du sain, du stress, des transports, de l'absence, du silence et de la nuit. Quelques jours hors du temps ou tous les excès furent permis, ou les sens furent saturés de sons, de senteurs, de mouvements, de lumière, de couleurs, de gouts, de graisse et de sucre.

 

alimentation

Quelques jours ou tout fut permis, et où, pour une fois, cette licence ne sembla pas faire insulte au petit bonhomme né dans la paille et la pauvreté dont, à cause de la fatigue et des soucis et grâce aux enfants, on avait simplement répété le nom comme un mantra depuis 24 jours: zezu. Une célébration à l'image de ce carnaval, des flots de lumignons, d'enfants, d'étoiles et de chants, peu de paroles.

cadeaux

Un Noël où la profusion du dedans cèda parfois à la reposante aridité du dehors,

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mais ou le silence était traversé de rires,

balades

et ou les lumières qui dansent projettent des ombres sur les murs, celles de la prochaine solitude, du froid et des nuits sans fin, et ce qui semble bien apporter la douloureuse preuve de mon incurie professionnelle.

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13 décembre 2008

Les jours d'après....

 

Il y eut le jour d’après. Celui qui commença tôt, avec deux croissants et demi, un chocolat chaud, un ami, et un parapluie dégoulinant, dans un bistrot place de la Madeleine. Il y eu la marche tranquille sous la pluie, de la Madeleine aux Arts et Métiers, la recherche calme d’une boulangerie (pour les cookies), et d’un magasin bio (pour les yaourts à la crème de marron et les clémentines de Corse), et le second petit déjeuner, beaucoup plus tardif. Il y eut les quelques courses en flânant, du brocoli et de la patate douce pour faire de la purée aux petites. Il y eu l’après-midi au 522, déserté depuis six mois et soudain aux allures de ruches, et deux heures de calcul pour trouver un exercice qui tombe juste pour leur partiel, les discussions, le sentiment d’après. Il y eu le retour à l’appartement, les éternels problèmes sur la ligne B, l’attente patiente en discutant. Il y eu la purée brocoli-patate douce, l’attente, le bus, les lumières, la gare, l’homme du train en éternelle chemise à manches courte malgré la neige et la petite tête encagoulée. Le luxe oublié de dépenser son temps sans compter.

 

Il y eut le week-end d’après, le pire de l’année peut-être. Ce neveu ou cette nièce qui ne le deviendra jamais, et cette difficulté, en même temps, à le pleurer, parce qu'en quelques jours on n'a pas eu le temps de le considérer comme une personne vraiment. Ces quarante voix qui effacèrent un an de travail acharné et de nuits blanches, les nuits fiévreuses, les six heures de conduite dans le vent,la neige, et lanuit, les yeux rivés sur les phares de la voiture de devant qu’il ne fallait surtout pas perdre, les tremblements de l’héroïque petit passager arrière, les urgences, la courte nuit.

 

Il y eut quelques jours d’accalmie, le temps de mille petites choses mises en consigne : dégivrer son congélateur ; réparer les jouets cassés ; passer l’après midi au coin du feu avec l’amie maman enceinte de 8 mois dont le mari est en Afganisthan, sans se soucier du travail en retard ; se regarder enfin dans la glace, ne plus supporter ses tifs, faire enfin un hénné, et même prendre rendez vous chez le coiffeur, première fois depuis 2 ans, même si c’est pour psychoter sur la chaise et lui demander de changer un peu tout en ne changeant rien et de ne surrrrtout pas couper plus de 5cm…et ressortir avec la frange ; racheter des collants, un sous pull, faire les 15 ourlets en attente, constater que la garde robe familiale a doublée dans l’affaire et se demander si les matins seront un peu moins difficiles en sachant quoi se mettre sur le dos ; compter ses balles de jonglage, en se disant qu’il faudrait s’y remettre; apprendre les paroles de pirouette, cacaouette, de la mère michel, et de compère guilleri pour arrêter de la flouer avec des lalala dès la deuxième strophe ; apprendre à les jouer au piano. Donc dépoussiérer le piano, l’ouvrir, jouer, la laisser tapoter  ; lui donner des ordres en surveillant la cagoule blanche qui tangue dans le chemin. Les jacinthes, j’aime moins, dans le coin en bas a gauche. Les tulipes, je préfère, sur la terrasse, devant la haie ;g lisser des dicos sous les plantes vertes qui sont en train de dépérir depuis qu’on a remis le chauffage par le sol en route ;lire le mode d’emploi de la nouvelle (d’il y a 6 mois) machine à laver. Apprendre à vider le filtre, laver à fond le bac à détergent. S’apercevoir qu’en fait il faut diluer l’adoucissant dans de l’eau chaude pour ne pas boucher le compartiment (si, j’ai des balles de lavage, mais non, ça ne suffit vraiment pas. Et le bicarbonate de soude non plus. J’aimerais bien, notez, parce qu’à plus de 3 euros le bidon d’adoucissant bio…) ; aspirer la cave, la voiture. Essayer d’en faire un espace un peu agréable puisque j’y passe tant de temps. Prévoir l’eau, les petits morceaux de bois aux huiles essentielles, le CD de comptines, aller chercher à la bibliothèque les livres audio de la vingtaine d’aller retour d’ici Noël. Se dire que Jeanine Boissard, c’était vraiment pour les vieux, que c’était une super version de Voyage au Centre de a Terre, qu’il faut réessayer du Jules Verne, et que tient, Vipère au Poing, ca fait longtemps, j’étais en 5e je crois, je suis bien tentée de remettre ça.

 

Puis il y eut le constat. Rien, vraiment rien n’avait changé. C'était même plutôt pire. L’urgence, les partiels, les réunions, les sujets, l’emploi du temps du second semestre, l’incohérence avec les possibilités de crèche, les suppliques, les négociations, l’espoir, les deceptions, les négociations, encore et encore. La difficulté à réunir les pièces pour le dossier de qualif, l’ouverture inquiète de la boite aux lettres  -vide de ces dossiers tant attendus-, les heures passées au téléphone, le PV égaré quelque part entre le service des thèse et le service des diplômes, le président du jury pas pressé, la lettre d’acceptation de l’article jamais reçue, tous ces blogs, ces témoignages sur le parcours du combattant, la précarité, l’absence de postes, les manipulations des comms de spé. La neige, le verglas, les mains engourdies par le dégivrage, la nuit le matin, le soir, tout le temps. L’absence surtout, la maison vide, bien trop grande pour deux, qu’on essaie d’égayer en écoutant Bing Crosby parce qu’il parait que c’est bientôt Noël et que nos cœurs doivent être à la fête. Le vide plus grand encore une fois qu’elle est couchée, et qu’on essaie d’enfouir derrière un écran lumineux, derrière la vie des autres, celles des séries, celles des blogs. La place qui reste vide, sur son manteau, là ou il faudrait accrocher la médaille qui devrait être décernée aux femmes de militaire, le déménagement, dans 6 mois à l’autre bout de la France. Certain oui, mais absolument certain.? Mutation interacadémique? Pas de mutation, trop risqué, avec l’armée on ne sait jamais. La rhino, la bronchite, et encore la bronchite. La fatigue, la fatigue et encore la fatigue.

 

Et puis il y eut ce matin. Un lit soudain trop petit pour les habitudes prises, les tiraillements des retrouvailles en voie d’apaisement, un rayon de soleil, enfin, le petit chemin caché qui ne pouvait être découvert qu’en marchant au pas d’un enfant de treize mois, les deux chevaux, les trois biquettes, et les 15 moutons. L’odeur du sablé à la châtaigne, une belle assiette, le bruit de ses pinceaux, de son jeu dans le bureau. Qui ne règle rien de cette course sans fin. Mais qui laisse espérer 3 semaines de présence, et une trêve ou on sa croix quelques précieux jours, s’assoit au bord du chemin et regarde.... et s'aperçoit qu'il est docteur.

 

  

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29 octobre 2008

Changement de rythme

3 semaines déjà. Je n’ai pas eu le temps de m’appesantir, j’étais en train de finir cette foutue thèse. J’ai paré au plus pressé, acheté quelques bloque portes, pris l’habitude de fermer à clé la salle de bain, poussé quelques coups de gueule pour lui expliquer qu’elle devait me donner la main dans la rue, qu’il y a des voitures partout, que c’est dangereux. Je ne l’attendais pas si tôt en fait. Elle avait eu le bon goût de faire ses premiers pas deux jours avant que son papa ne parte, quelques jours avant ses onze mois. Ensuite, plus rien pendant une semaine. Ca allait tellement plus vite à quatre pattes, pourquoi se risquer. Je pensais que le statu quo durerait des mois. Et puis non.

Je n’ai vraiment réalisé qu’un soir de la semaine dernière, quand il a fallu aller racheter d’urgence quelques bouteilles de lait en fin d’après midi. Rien d’impératif ensuite, pas besoin de courir, alors nous avons eu le temps de nous disputer plus en détail, elle réclamant sa liberté, moi hésitant entre les dangers de la laisser gambader librement et le désir de lui offrir un peu de cette indépendance nouvellement acquise. Nous avons longé une rue, deux rues, et traversé l’immense place à tous petits pas, parfois elle courant devant, souvent moi la rattrapant et lui montrant la direction. Il avait fallu le temps, et la nuit était tombée. Le nuage du souffle dans le froid, le ciel tout violet, les lumières de la place, et l’hiver tout d’un coup. Elle ne voulait pas retourner à la voiture. Elle a fini montré du doigt. J’ai eu du mal à comprendre ce qui l’intéresser tant. Une migration. Un nuage d’oiseaux volant en cercles autour du clocher de la vieille mairie, grossissant à chaque passage. Il disparaissait derrière les toits, et elle croyait que c’était fini, et à chaque fois qu’elle allait me suivre il réapparaissait plein de grâce. C’est vrai que c’était magnifique, nuage noir sur fond prune, reflets encore rosés. Et je n’avais rien vu. Trop pressée par le dîner, les lessives, les mails a vérifier, le manteau 18 mois à dénicher au meilleur prix. Nous nous sommes arrêtés, et avons contempler longtemps, jusqu’à ce que le nuage se pose enfin sur le haut du clocher.

C’est elle qui m’apprend à voir. C’est elle qui m’apprend à marcher. Nous sommes en train de changer de rythme. 

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21 septembre 2008

Danger! Somnambule…

Cette nuit, alors que nous dormions mon mari et moi, je lui ai fait tombé la penderie pleine à craquer sur la gueule.

Je suis somnambule depuis tout le temps. Quand j’étais gamine ma mère me surprenait parfois au détour d’un couloir :

-qu’est ce que tu fais ici à deux heures du mat ?

-bah, je vais chercher des livres (les somnambules ont une logique imparable)

Ca s’est compliqué quand mes parents ont aménagé la chambre sous les combles. Je dormais à quelques cm du plafond et je suis devenue (ou me suis révélée) claustrophobe. Ou peut-être que c’est quelque chose de plus profond. Je n’ai pas d’appréhension dans l’ascenseur ni dans les avions, je fais de la plongée, mais je devrais peut-être me faire violence pour la spéléo, et en apprenant que Florence Aubenas avait survecue des semaines dans un acgibi noir ou elle ne pouvait même pas se tenir debout, je me suis dit que moi je serais morte en quelques jours (en même temps peut-être que plein d’autres personnes bien constituées se sont peut-être dit la même chose). Alors je me suis mis à rêver que le plafond descendait lentement et sournoisement sur moi pour m’étouffer, que la maison/ l’immeuble allait s’effondrer parce qu’elle était construite sur un galet ( ??!!). Je pousse des hurlements dignes des meilleurs films d’horreur, et souvent c’est ça qui me reveille. Et quand je me reveille, au mieux je suis en train de tenir le plafond ou le mur, au pire j’ai envoyé valser la table de nuit, cassé la lampe de chevet, et je suis déjà en train d’ouvrir la porte/la fenètre/en train de descendre les escaliers.  

 

Mais je n’ai jamais mis la vie de personne en danger. Tout au plus traumatisée quelques compagnes de chambrée, amies venues dormir à la maison ou internes comme moi. Jusqu’à hier.

 

La penderie est pourtant très stable. Et bien lourde. Je n’arrive même pas à soulever la barre qui soutient les cintres. Il fallait donc une force supérieure à la mienne pour la faire basculer. Mais j’étais en danger de mort (dans mon cauchemar dont je n’arrive pas à me souvenir, à part qu’il fallait absolument sortir de la pièce tout de suite, et même c’était sûrement déjà trop tard). D’abord j’aurais pu fendre en deux la tête du mari. Heureusement elle est tombée au milieu, juste une éraflure à la jambe pour lui, et des gros bleus aux pieds pour moi. Elle est tombé exactement là ou le chtig dormait hier soir, ou pour la première fois en revenant d’une soirée, nous avions décidé, étant donné le peu d’heures qu’il nous restait à dormir, qu’elle pouvait bien resté entre nous deux. Le réveil avait été agréable, et comme on était dimanche, l’idée m’avait caressée hier soir de remettre ça. Et puis non, finalement….

 

Je ne me suis rendue compte de ce que j’avais fait uniquement après avoir réussie à allumer la lumière. J’avais du confondre la porte de la chambre de l’armoire et la porte de la chambre et tirer dessus convulsivement. Le mari a hurlé, mais cela pouvait être la surprise (en fait en entendant mes hurlements il a cru que le chtig était sous l’armoire). Je n’en ai pas cru mes yeux. J’ai pleuré pendant une demi heure, ensuite on a vidé la penderie et on l’a déménagé dans le bureau à côté. Impossible de dormir avec un meuble haut dans la chambre désormais (ça va être pratique chez la famille et les amis. Tout le monde à une armoire dans sa chambre, non ?

 

Puis nous nous sommes recouchés (serein l’homme qui partage mon lit. Moi si on m’avait balancé une armoire dans la gueule à deux heures du mat, je ferais chambre à part pendant 6 mois), et je n’ai pas pu endigué la vague de si. Et si je l’avais couchée entre nous deux ce soir ? Je suis un danger pour ma famille…. (lui, il a surtout peur que je sois un danger pou moi-même et que je prenne la fenêtre pour une porte. Heureusement qu’on a un velux) La semaine prochaine le mari s’en va pour 5 mois (mais on se verra le WE de temps en temps), je comptais la faire dormir dans ma chambre de temps en temps, dans le lit parapluie. Vaut mieux pas. Je risquerai de tomber dans l’escalier en ayant voulu la sortir de la maison avant qu’elle ne s’effondre. Le couloir qui nous sépare suffit habituellement à me réveiller. Peut-être même qu’il faudra que je ferme la porte de ma chambre à clef. Mais alors il y aura dans ces innombrables nuits de solitude, dans cette grande maison vide, en plus, une porte fermée à clé entre elle et moi.

 

Et si je m’étais fait tombé l’armoire dessus la semaine prochaine, alors que le mari est parti pour longtemps. Combien de temps avant qu’on ne me trouve, surtout, pour elle encore. Le boulot ? Ils me laisseront des messages sur répondeur, pas plus dans un premier temps. Les copines ? je travaille, alors quelques jours de silence n’ont rien de surprenant. Les voisins ? Je ne le connais que de loin, et je suis là très irrégulièrement depuis que nous avons emménagé.

 

Stérile, l’exercice du « si » ? Pas toujours. Mesuré les conséquences d’avoir laissé la porte ouverte et retrouvé le chtig au bord de l’escalier en haut ou déjà sur la quatrième marche en bas, d’avoir laisser traîner ce petit objet peut aider à la vigilance. Mais ici je n’ai pas de prise sur mon comportement, puisque c’est mon subconscient qui agit en mon absence, puisque je dors sans me douter de rien pendant ce temps. Pour avoir prise sur ce subconscient qui me pourrit la vie (je sais ce qui m’habite la nuit, c’est sûrement une des raisons de mon insomnie chronique, et ca ne va pas s’arranger maintenant), peut être devrais-je entamer une psychanalyse. Mais les psys sont comme les bons profs. Rares, avec des conséquences terribles si on a affaire à un mauvais. Et je n'en connais pas de bon (je n'en connais pas tout cours), sauf ceux que je connais à titre privé et chez qui je ne vais bien evidemment pas aller vider mon sac) . Et j’ai été témoins de cas incroyables ou l’analyse, au lieu de révéler des pans cachés de notre identité, en à créer de nouveaux à partir de fragments existants, avec des conséquences graves pour l’entourage et la personne. Je veux être moi libre, je ne veux pas être quelqu’un d’autre. Alors pas d'analyse pour l'instant.

 

Alors quoi faire maintenant?

Posté par mowgli nomade à 16:04 - tisser un fil - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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19 septembre 2008

couleurs d'automne II

Le comble: quand j'ai rpis le train hier pour la dernière fois (à partir de la semaine prochaine c'est 3hde voiture/jour pour cause de travaux sur les voies), j'ai reçu....

DSC05403

Je ne sais pas trop si je dois pleurer ou pleurer.

Alors je me suis fait un petit plaisir d'automne pas très écolo ni très écono mais qui me rappelle le pays:

DSC05402

ce sont les figues qui me rappellent le pays, hein, pas l'abondance.

Et dans mon cabas pour les découvertes de la semaine:

patisson  feves

Patisson et fèves

Posté par mowgli nomade à 07:28 - tisser un fil - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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