Mowgli Nomade

Etats d'âmes d'une maman thésarde, petits pas vers un mode de vie plus simple et plus ecologique.

17 novembre 2009

La forme et le fond

C'est bien gentil, cette rédaction sur le thème « qu'avez vous fait cet été », mais ça n'explique pas pourquoi je n'ai pas bloggé pendant tout ce temps. J'aurais pu partager, dépassionner, crier à l'aide, dérisionner ces problèmes d'enfant gâté par la vie. Mais je me suis tu. Pour differentes raisons à différents moments.

De juin à août, c'est maintenant bien clair, hein, j'étais occupé à ne pas gérer mes nausées.

Depuis mon arrivée ici, j'étais occupé ailleurs. Sur mon blog professionnel, d'abord, puis sur le blog privé que j'ai créé pour donner des nouvelles à ma familles et mes amis et que j'ai eu à coeur de mettre à jour régulièrement quand le mari est parti loin tout la bas dans l'autre sens.

Ce qui m'intéresse ici, c'est pourquoi je n'ai pas bloggué entre mars et juin. Parce que pendant cette période, des posts, j'en ai écris. Plein. Sur mon état d'esprit, tout une série sur le désencombrement (avec le déménagement....), sur la vie du misérable post-thésard encore plus misérable qu'avant, sur l'allaitement, sur les couches lavables. Je n'en ai posté aucun. Parce que j'avais perdu la forme et le fond. Pour expliquer ce qui s'est passé, je devrais peut-être me soumettre à l'exercice du « why blog » qui a agité la toile l'hiver dernier.

 

J'ai d'abord rencontré cette interrogation périodiquement sur tel ou tel blog que fréquente, quand le découragement ou la tentation de fermer guette. Les commentaires suscités par ces interrogations étaient aussi enrichissants que les doutes eux-mêmes. Puis la question s'est posée collectivement, il y a un an environ: le blog est-il un espace de vérité, de représentation, la blogosphère est-elle un monde fermé ou ouvert, de tolérance ou d’intolérance, de liberté ou de pouvoir. Questions exhumées une fois de plus à l'occasion du classement Elle-wiki des bloggeuses influentes, au printemps dernier. Car ils y a ceux qui livrent leurs états d‘âme de la manière la plus sincère et la plus brute possible, peut-être pour démêler les noeuds. Et ils y a ceux qui mettent en scène (leur maison, leurs enfants, leurs convictions politiques, éthiques, et citoyennes, leur moralité, leur religions). S'agit-il de dissimulation ni de travestissement? Je doute que ces femmes et hommes là souhaitent apparaître comme mères/pères parfait (e)s, citoyens absolument responsables, humanistes éclairés.  Peut-être s'agit-il seulement de « presser » sa vie pour en retirer le bon et le beau, de « tisser » une toile avec ces fils, une toile à regarder les jours gris, les jours bleus. Mais quand même, depuis ces deux series de questions collectives, des envies de blog bis qui fleurissent (moi évidemment, je n'ai pas ce genre de problème, j'ai toujours eu un "blog bis").

 

Pour moi, blogguer, c'est avant tout lire des blogs. Et pas lire des posts, rassembler de l'information (sauf pour les blogs de cuisine, et encore, j'ai mes fidélités), mais bien lire des blogs. J'en suis un certain nombre, de jours en jours, de saisons en saisons. J'aime regarder et écouter ces inconnus vivre. Évidemment, il a bien fallu que je confronte ma propre conscience, et que je me demande sérieusement si ce n'était pas là pratiquer une sorte de voyeurisme. Mais je pense que je peux me faire crédit, pour une fois, d'une certaine « soundness » en la matière. Ce qui m’intéresse n’est pas d'épier la vie des gens, mais de comprendre, de sentir ce qui se passe dans leur tête et dans leur cœur. Lire des blogs me donne accès à la petite histoire, le creuset de la grande, et c'est l'intersection des deux, d'ailleurs, qui est mon gagne pain. Il me permet aussi d’ écouter, d'entendre et de recevoir ceux que je ne croiserais jamais dans ma vie de tous les jours, ceux qui pensent différemment en raison de leur origine géographique, sociale, culturelle, en raison des bonheurs et épreuves qui les ont façonné, ou parce qu'ils ont un mode de vie si différent du mien que je ne les croise jamais. Cela me permet de ne pas m'arrêter à la brutalité des mots, même quand elle me déchire, mais d'en comprendre la source.

 

Pour ce qui est d’écrire, il s'agissait simplement au commencement de demander conseil. Quand on pénètre l’univers du vert, du simple, du bio, on a parfois un peu l’impression de  frapper à la porte d'un monde inconnu, ésotérique et fermé, ne serait-ce que par son vocabulaire barbare: « cristaux de soude, huile de lin, agar agar, savon d’alep, salsifis, phase aqueuse, T80-T110, tea-tree, » et j’en passe.

Puis les posts « états d’âme » ou « compte rendu émotionnel » se sont faits plus fréquents.  Une catégorie « tisser un fil » est apparue. Puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. De tisser un fil, de donner une continuité à ma vie. Puis des tags, « petite histoire » et « au fil des saisons ».  Je ne les relis jamais, ces posts mais je parcours souvent la catégorie, les titres, les mots qui sautent aux yeux, les images associées. Quand je me sens éparpillée, ou que je sens que je piétine, ça me fait du bien. J'écris donc d'abord ce blog pour moi, et devenir amnésique de ne pas l'avoir fait 7 mois durant (cf post précédent) rend cette nécessité d'autant plus impérieuse. Je n'ai pas l'impression de trahir la thématique globale de ce blog, simplicité volontaire et écologie, car les valeurs qui sous tendent mes errances des mots et de la chair, celles aussi de ma foi, sont bien les mêmes. Mais je ne voulais pas que ce blog devienne un « journal intime », c'était un autre ton, un autre sujet, un autre lieu. Et j'ai eu du mal à trouver une juste balance, un terrain de réconciliation.

Je commente peu. Jamais pour dire « ah tiens » ou « intéressant », et c’est comme ça, rarement pour dire « ça me touche » ou « je pleure » ou « merci », et je le regrette et tente de m’amender. Quelques fois quand j’ai une expérience ou information précise à faire partager, surtout pour dire « je pense à toi », souvent hors de propos, mais c’est ma façon.

Je reçois peu de commentaires, et ça ne me vexe absolument pas, étant moi même une lectrice silencieuse. En plus, j’y réponds souvent longtemps après, ce qui peut passer pour de la muflerie (en fait c’est juste que je suis mal organisée). Mais tous me touchent beaucoup. J’y pense, j’y repense, je les mâche et les remâche. Et je suis particulièrement heureuse quand un lecteur silencieux me laisse juste un commentaire une fois en passant, pour me dire « je suis X et je te lis ». Juste parce que cela donne une chair à une adresse IP qui passe régulièrement une dizaine de minutes, et je me demande bien qui, et pourquoi, et ce qu’il ou elle y trouve.      

 

Aux premices du printemps dernier, donc, j'ai perdu le fond et la forme. Ces préoccupations de simplicité volontaire, d'écologie, d'essence, d'harmonie, etc. sont passées au second plan. Besoin de consolidation? Sortie de route? Peu importe. J'étais prête à patienter. Mais plus grave, j'ai perdu la forme. J'ai commencé à ressentir une franche irritation à la lecture de nombres de blogs sur ces sujets (pas les blogs ou je suis une "habituée", hein, sinon je serais tout simplement venue vous en parler). Il m'a semblé qu'en matière de vert, finalement, comme en toutes les matières, le monde de ces écolos, de ces simples, était peint de noir et de blanc, peuplé de gentils et de méchants. Les écolos de tous poils, tout autant que les industriels et les « non-mais-on-ne-peut-pas-se-mettre-à-psychoter-pour-tout-tout-de-même », me semblaient fabriquer des épouvantails, se battre contre des moulins, et jeter le bébé avec l’eau du bain. Des deux côtés, la fin justifiait les moyens. Au motif qu'il y a urgence, ce que je ne nie absolument pas. Du coup, les posts sur l'actualité politique, environnementale et autres me paraissaient décalés  : constat correct, et remèdes proposés pire que le mal. Quand aux posts sur la vie de tous le jours, les trucs, les modes de conso et de vie, j'y lisais une certaine autosatisfaction, une certaine condescendance, la même que celle que bien des mères débordées lisent dans ces posts de blogs famille-déco-couture empilant des images d'interieurs parfaitement rangés, harmonisés, chinés, bricolés, pensés, avec, comble, la mention « photo de mon bazar », la même que celle que les êtres humaines lisent dans ces posts de blogs mode « je rentre dans un 36, j'ai une frange, je fais la gueule, j'ai les genoux en dedans, mais je suis hype, et si je mets une chemise à carreaux, ça n'a rien à voir avec la tienne. »

J'ai lu en hurlant ou pleurant franchement des flots de posts pro-allaitement à je ne sais plus quelle occasion (journée/semaine nationale de l'allaitement au printemps?), donc certains me semblaient malsains ou de mauvaise foi, en tout cas prenant pour cible des caricatures de femmes que je n'ai jamais rencontré dans la vraie vie. J'ai lui avec sidération des dizaines de posts panglossiens sur les couches lavables, choisies sans problèmes, essayées et aussitôt adoptées, « y-a-vraiment-aucune-raison-de-ne-pas-les-adopter », et je me suis vraiment demandé si j'étais ne n'étais pas un peu sous-douée avec mes problèmes de vêtements, mes problèmes d'organisation, mes mois ou ça va nickel, mes mois où ça fuit tous les jours ou presque, mes mois où ça sent un peu, parce qu'elle change de corps et de métabolisme tout le temps, et les mois à ça fait juste chier d'avoir la poubelle à transvaser dans la machine tous les 3 jours, puis à étendre, à s'inquiéter des changements de taille, des changements de débit, à surveiller le site tous les jours au cas ou il y aurait celles que j'utilise à vendre pour compléter. Alors j'ai à mon tour écrit quelques posts furieux et catégoriques « ma vérité sur les couches lavables », « ma vérité sur l'allaitement ». Que je n'ai jamais publié. Parce qu'ils n'étaient pas moi.

Pourtant, je n'ai pas peur d'exposer mes « préjugés». Je n'ai rien contre les préjugés, ni les miens ni les autres, à partir du moment ou ils sont désignés comme tels. Car après tout il faut bien commencé quelque part. Et je n'ai pas peur de la contradiction. Dans une certaine mesure, j'écris même pour être contredite, pour que ma position soit infléchie, ou si elle n'est pas, qu'elle prenne du corps, de la souplesse, de la profondeur, de la chair. Dans une vie idéale je posterais beaucoup plus sur mes préjugés, et les lecteurs viendraient me contredire sans me braquer ou me détruire, parce qu'ils traiteraient mes textes comme tels, avec humanité, avec respect.

Mais ce n'était pas moi, parce que ce n'était pas le bon ton. Parce que ma vision du monde, familiale, religieuse, citoyenne, est faite de toute une gamme de gris. Je me suis même fait profession de peindre ce nuancier de gris. Et par ricochet, je me vois comme une composition de gris dont les teintes évoluent jour après jour. Ce n'est peut-être pas un « défaut » ou « une limite », mais ce n'est certainement ni une « qualité » ni un « avantage.» Un tel regard, que certains nommerait peut-être doute, m'empêche souvent de m'engager, de signer, de voter, de prendre parti, d'agir. Mais c'est moi.  Moi qui ne crois pas que « qui ne dit mot consent ». Moi qui ne crois pas que « qui ne s’oppose pas approuve». Moi qui ne crois pas que la fin justifie les moyens, ou plus exactement, et pour une fois, je suis péremptoire, moi qui sais que la fin n'est jamais indépendante des moyens, de sorte que c'est jouer un jeu très dangereux.



 

 

Depuis que je suis ici,de l'autre côté de l'océan, j'ai progressivement retrouvé le fond et le ton.

Pour le fond, c'est une affaire de circonstances. Il suffit d'arriver dans un deux pièces sommairement meublé et équipé, dans un pays aux us, coutumes, objets, sujets, temps, couleurs, lieux, nourritures totalement étrangers, avec de nouvelles habitudes à construire, avec un enfant sous le bras et un autre dans le bidon, avec en tout et pour tout une valise (qui a passé un jour la douane americaine à New-York sait pourquoi cette frugalité dans mes bagages) contenant 3 paires de grandes et 3 paires de petites chaussures, quelques vêtements bientôt inadaptés, 1 doudou, une poupée, une trousse de toilette, 1 livre et un dossier pour moi, 3 livres et 6 crayons de couleur et un demi jeu de memory pour elle, 2 CD, 5 DVD (question de zone), un parapluie, un appareil-photo, une camera, un ordi, un disque dur, un baladeur MP3, du cablage,  une écharpe de portage aussitôt rendue inutilisable par grossesse, le système de santé pourri, et les distances élargies, un ensemble palmes-masque-tuba et petits bras et 3 maillots (chacun son minimum vital, hein...). Et il suffit de garder à l'esprit que quatre mois, deux saisons, un certain nombre de fêtes, d'occasions, et de découvertes professionnelles plus tard, il faudra repartir avec pas plus de deux valises de 23 kilos, un enfant un peu plus grand sous le bras et un ventre énorme dans l'autre sens. Il suffit d'avoir un salaire quasi-doublé par rapport à 10 ans de précarité universitaire (côté pile du miracle américain), et à l'arrivée un niveau de vie presque divisé par deux par rapport à sa vie en France (côté face du miracle américain).

La sensation que pour 4 mois le compteur est remis à 0 en terme de désencombrement, mais qu'il ne faut pas dépasser 23 kilos d'achats à ramener en 4 mois. Le décalage des traditions dans les modes de consommation, de recyclage, d'alimentation, de vie. Le sentiment que tout est à construire, et que pour une fois qu'on a pas a abattre les murs d'abord, il faut essayer de ne pas construire de travers. Mais l'urgence de se construire un abri de fortune en même temps, sans avoir le temps de penser à tout, à toutes les conséquences, dès les premiers jours.

Pour le ton, c'est une affaire de temps. Une certaine colère s'est apaisée, une certaine frustration s'est envolée. Mais pas pour que revienne le ton d'avant. Les nuances de gris ont irrémédiablement changées, il faut faire raisonner un nouveau la. Un ton sur le même fil, mais 7 pas plus avant.

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14 novembre 2009

Le printemps perdu

Les photos de par-chez-moi sur cette île qui porte si bien son nom et qui me manque tant sont empruntées sans vergogne à mon petit frère qui, privilège de son jeune age, trouve toujours le temps d'en faire le tour une fois dans l'année. Evidemment, pas question d'être sans vergogne sans être son frère.

Comme je suis malgré tout une fille bien élevée (et un peu parce que je suis historienne), j'ai cherché à rassembler les morceaux épars de ma vie depuis 7 mois, à saisir ce que je fut et ce que je fis en ces temps là.

Et j'ai eu froid dans le dos, le sentiment d'un immense gâchis (« perdre son temps » apparaît désormais comme une expression pleine de sens....littéral), et, malgré les circonstances atténuantes que je me suis cherché, des regrets au bout du compte.

Froid dans le dos en constatant les difficultés que je rencontrais à reconstituer mon passé récent. La femme sans passé. Cette année 2008-2009, je n'avais même pas un agenda où noter mes rendez-vous, nos plans pour les weeks-ends, les vacances, nos multiples déplacements, croisement, etc. Professionnellement, je n'en ai jamais eu besoin : les cours, par définition, c'est régulier, et les dates des 3 colloques annuels ne sont pas bien difficiles à retenir. Pour le reste,  les soumissions, les partiels, les délibérations, tout est fixé par mail, si bien que ma boite mail me sert d'agenda chronologique. Pour le reste, j'ai un fichier word pense bête qui couvre le mois à venir, du cadeau à offrir au RV chez l'ophtalmo, des billets de train à réserver/échanger/annuler aux vieilles fiches de cuisine à trier de toute urgence depuis 5 ans. Je l'efface au fur et à mesure. Donc pas de trace, pas de mémoire. Peu de photos, toujours mauvaises, et surtout des photos du quotidien. Je ne pense jamais à sortir mon APN pendant une balade une famille, une soirée passée à refaire le monde avec des amis. Probablement parce que je n'aime pas interrompre le flot du discours. J'ai un bien journal dans lequel j'écris certes très irrégulièrement, mais dans lequel aux moments ou je sens que je me dissous, que je m'éparpille, je note l'émotion dominante de chaque semaine (apathie, désespoir, reprise, expectative, satisfaction du travail accompli, enfermement, paralysie, etc.). Mais je ne l'ai pas emmené avec moi. Et surtout, je n'ai aucune mémoire systématique, ce qui est bien un comble dans mon métier. Du coup j'ai une mémoire émotionnelle très développée, même pour ce qui est des concepts les plus abstraits et les plus techniques, mais ce n'est pas comme un catalogue que je peux feuilleter à loisir, j'ai besoin d'une étincelle pour mettre la machine en branle.

Alors?

Alors j'ai fais ce que je fais depuis 2 mois, calée entre deux grosses boites de carbones dans les sous sols de la librairie. J'ai fait du travail sur archives. J'ai reconstitué, à partir des quelques photos, mails stockés à la va vite et au hasard, grâce aux blogs des proches, grâces aux statuts facebook aussi. J'ai fait une chronologie.

Mon dernier post datait de mi-mars. Nous préparions cette fameuse soirée des trentenaires, le mari était rentré depuis peu au bercail après 5 mois de stage à l'autre bout du pays, c'était mes derniers TD, les plus difficiles, tout à inventer, aucun manuel pour m'aider et un prof référant qui m'avait dit clairement au début du semestre qu'il ne voulait rien avoir à faire avec ses chargés de TD, je passais des nuits à essayer de débugger mes programmes.

 

MARS

Le 22 mars, je termine mon sujet de partiel. Ce devait être une période chargée parce que partie de rien sans aucune indication, j'ai voulu concevoir du sur mesure pour mes élèves. Au total j'aurais passé quasiment 3 mois à n'enseigner qu'une matière. Je crois qu'il faisait froid encore, pourtant j'ai des photos du schnik en tee shirt dans le jardin. Très humide peut-être alors. Je me souviens qu'on allait chercher les légumes et les deux litres de lait entier non pasteurisé à la ferme, et que c'était très boueux. Dernière semaine de mars et première semaine d'avril, partiels, surveillance, paquets de copie sous le bras.

 

AVRIL

paysage1

D'après mes photos, c'est ce mois là que Manou vient en Alsace. Je crois que c'est le tout début du mois, mais c'est une déduction plus qu'un souvenir. Il fait encore froid, il pleut des cordes, tout est marron autour de nous quand nous sortons voir les brebis et leurs petits, on dine au coin du feu, et on ne peut pas marcher deux heures dans Strasbourg avec A. et son joli rire rauque sans finir par se précipiter dans un salon de thé. C'est bon, c'est bien, c'est la première fois que j'ai ma maman pour moi toute seule depuis que je suis maman moi aussi,  nous passons de longues soirées à revisiter mon enfance à la lumière de cette expérience nouvelle.   

Ce doit être une période d'intense questionnement aussi, j'imagine. J'imagine, parce que la liste des postes MCF est publiée depuis début mars, nous avons enfin confirmation de la mutation du mari à Pau (1 fac, deux heures de route de Toulouse, trois heures de Bordeaux, pas de TGV dans le sud ouest), et j'ai donc largement eu le temps d'en tirer les conclusions qui s'imposent concernant mon avenir professionnel. D'ailleurs, j'écris un post intitulé « sans issue » sur l'après thèse, que je ne publie pas, comme tous ceux que je rédige durant cette période. Alors, faute de pistes sérieuses en France, le 9 avril, la veille du départ pour le week-end de Pâques, j'envoie ma candidature pour un poste de postdoc aux US. Sur la pointe des pieds. J'y précise ma situation personnelle, que le mari doit partir loin, longtemps et dangereusement, mais qu'on ne sait pas quand, que je souhaiterais donc venir un semestre  sans pouvoir donner de date (très bon effet sur une candidature, mais on m'avait conseillé de jouer la sincérité, et c'est toujours ce que je finis par faire).

Week-end de Pâques en Bretagne. Humide (forcement!), marron tirant sur le vert algueux, mais frais. Je m'isole, parce que je suis perdue, j'ai un peu honte, quand même, on ne se marrie pas pour prendre son môme sous le bras et se barrer outre atlantique. Bref, je n'ai pas encore de réponse, pas pris de décision, et je me sens déjà coupable d'avoir entamer la démarche. Bon, et puis j'ai un papier à écrire, maintenant que j'ai enfin fini mes cours. D'ailleurs, la semaine suivante, le schnik reste s'ioder chez ses grands parents pendant que son papa travaille d'arrache pied et sa maman rédige son foutu papier. En théorie. Le temps de descendre du train et de rallumer l'ordi, la réponse est déjà là: «viendez quand vous voulez, premier semestre, ou deuxième semestre, ou les deux, ou plutôt en 2010-2011 si ça vous arrange. Dites le nous a temps pour le visa. Mon assistante prendra contact avec vous pour les crèches» Et ben, ça change du traitement -de sous-merde, il n'y a juste pas d'autre mot- que j'ai reçu cette année en France.

Donc il faut décider. Commencer par savoir si la vie avec un enfant là bas sera possible (places en crèche, etc.), puis, après 3 jours de vérification en tout genre, décider. Il me dit vas-y, tu le regretteras toute ta vie sinon, tu n'auras pas deux fois l'occasion, on se débrouillera. Et va-y tout de suite, tant qu'à faire, vu qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais encore moins après demain. Alors je dis oui, j'arrive fin aout, avec ma fille.

C'était mon premier choix pour l'année prochaine: une année libre de charge d'enseignement après mon lourd plein temps d'ATER, une vie qui s'organise sur les 5 miles carrés d'un campus américain après les 3 heures de route quotidiennes, un minimum de reconnaissance, tout du moins d'écoute, après le mépris et pire, l'indifférence, le silence subi tout au long de cette année. Une bibliothèque immense, le fond d'archives le plus riche du monde. Des séminaires où discuter, contester, écouter et être écouter.  Un rêve de chercheur. C'était mon premier choix, ce sera le seul, je n'ai même pas dégoté un entretien dans la campagne 2009.

Pas le temps de regretter cette décision, les premiers jours, un impromptu, vite, vite, il faut profiter que le schnik fait des patés de sables breton tranquille pour descendre à Pau chercher un logement. Oui demain. ça tombe bien, le petit neveu toulousain décide de montrer le bout de son nez pile cette semaine là. Nous rentrons tous les trois au bercail vers le 22 avril, et à partir de là, je sombre dans une faille espace temps.
Blanc total, impossible de me souvenir.

MAI

corse_lever

Alors bien sur, il y a les centaines de démarches que supposent deux déménagements dans l'été, dont un à l'étranger. Deux recherches de logement, deux séries de changements d'adresse, les locataires, les déménageurs, le visa (ahhhh, le visa, un plein temps en soi) le jardin à finir, toutes ces petites choses mises de côté à terminer, régler. Bien sûr, il y a les 120 copies que j'ai corrige deux fois, parce qu'après la première correction il me semble soudain que mon barème ne rend pas justice à toute la gamme d'efforts ou de jemenfoutisme que j'ai trouvé dans les copies. Bien sûr, il y a toujours ce foutu papier, sur lequel je travaille un peu, visiblement, parce qu'il y a un peu d'activité sur mon blog pro et des blagues de chercheur sur mon statut facebook à cette péridoe, et que c'est toujours comme ça quand je réfléchis.

Mais quand même, ça ne remplit pas un mois et demi. Et les week-ends?  Et tous ces jours fériés?  Il y a le voyage a Bruxelles, chez le frangin, le petit dernier qui me dépasse de deux tête, la Chimey bleue, la différence entre art déco, art nouveau et art stalinien, la pâte à speculoos et le pain précuit du matin, les God*iva et le parterre de coquelicots pour la fête des mère belge, mais ça ne fait guère que trois jours.

Ai-je vraiment passé mes journées échouée comme une baleine sur couette bleue à noyer ma culpabilité de future-mauvaise-épouse-et-mère dans les mauvais romans des bas fonds poussiéreux des  bibliothèques municipales de France et de Lorraine? Et  mes nuits à errer sur la toile des blogs à... à quoi? Scruter les vies idéales, en tout cas morales, de ces mamans-superwoman qui arrivent à concilier boulot épanouissant, intérieur rangé-enfants bien habillés-cuisine élaborée-multiples activités-mari comblé//// recyclage incomparable- modes de vie irréprochables-empreinte écologique soutenable-moralité véritable, au choix selon selon la communauté blogesque considérée? Et le tout, sachant pertinemment ce que ma petite famille gagnerait à me voir accepter ma décision et faire de ces derniers mois passés ensemble des moments inoubliables.  Un gâchis, pur et simple.

Après? Après pas mieux, mais j'ai une excuse en béton, et puis le rythme s'emballe.

 

JUIN

tour2

C'est la période des conférences, il faut réserver ses billets, la chambre à l'auberge de jeunesse, potasser google map, prendre contact, et surtout terminer ce foutu papier. La Belgique à nouveau, la capitale (c'est pratique), et fin juin, les Etats-Unis. 48 heures de voyage pour 48 heures de conférence, le grand raout annuel, trop de monde, trop peu de temps pour présenter (15 minutes de présentation, 5 minutes de rapport, 10 minutes de questions.. quand les autres intervenants ont tenu leurs temps -c'est à dire jamais-) des dizaines de sessions en parallèle...J'y ai échappé depuis le début de ma thèse, mais cette année, il faut y passer.

Pas beaucoup de temps pour ressasser mon statut de mère indigne....que je noie désormais dans les nausées. Le timing semble parfait, je dois terminer mon postdoc à Noël, j'en serai à sept mois. Sauf que courant juin, ça se précise, le mari partira 3 mois....à partir de janvier 2010. Et je ne peux plus déplacer mon propre séjour, puisque je dois (et je veux) rentrer pour l'accouchement....qui je prévois donc seule, dans une ville totalement inconnue, au trou du cul du pays.

Mais je ne suis plus vraiment en état de m'inquiéter. C'est 100 fois pire que la première fois, mon corps est entouré d'une gangue de toiles d'araignées de la minute ou je me lève à celle ou je sombre enfin. Je n'ai envie de rien et pourtant je dois passer mes journées à manger, de préférence des choses lourdes et ecoeurantes qui me collent à l'estomac pour « fonctionner », puisqu'il y a tous ces colloques, tous ces cartons, toutes ces démarches. J'ai du coton dans les yeux et les oreilles, un essaim d'abeille sous le crâne. Je ne vois ni n'entends distinctement. L'aller retour aux Etats-Unis est un calvaire: j'alterne hamburgers et lasagnes toutes les deux heures pour tenir le coup, je cours chez Mc*do entre deux sessions pour être capable de serrer des pinces, je prend 2 kilos en 2 jours. Les rares moments ou le brouillard se dissipe, je suis tellement mal que je cherche désespérément la fermeture éclair qui me permettra de sortir de cet horrible corps, comme le lendemain de mon retour en France. Mais le pire est encore à venir. Parce que juillet, c'est le mois des cartons, et de la poisse.

 

JUILLET

pas_sable

Pas la grand poisse, le cancer, le chômage, non, la petite poisse qui frappe à la porte avec constance et acharnement tous les matins. Le lundi, le mari apprend qu'il ne pourra pas pendre de congres pour m'aider avant le déménagement, exercice jusqu'à mi juillet! Le mardi, en rangeant des cartons au grenier, il passe à travers le plafond. Gros trou, les locataires suivants arrivent dans 2 semaines, ça va être du plus bel effet. Le mercredi, la voiture tombe en panne devant la crèche, pour la troisième fois en deux semaines. Le problème, c'est qu'elle a redémarrée comme si de rien n'était chez le garagiste trois jours avant, qui n'a trouvé la panne.  Le vendredi, après avoir passé chaque minute de la semaine à appeler le platrier convaincre mon corps de prendre le bouquin, le poser dans le carton, saisir le rouleau de scotch, fermer le carton, non, non, ne pas finir au lit avec le bouquin, est une lutte, tous les livres, papiers, documents, archives sont stockés encartonnés dans le garage (donc le plus gros est fait). Pas de bol, le samedi, c'est l'orage de la décennie, et quand je rentre d'un diner, je découvre le garage (ou sont stockés tous les cartons de papier, donc), inondé. Une nuit passée à déchirer les cartons si péniblement  fermés, à essuyer. Les jours se suivent et se ressemblent. Poisseux  dehors, poisseux dedans. Les nausées sont toujours là, il fait toujours aussi humide (mais est-ce qu'il y a eu un printemps cette année?), mais c'est aussi la canicule dans la journée. Il n'y a plus vraiment de cuisine, je me nourris à la boulangerie, mon corps enfle tellement que je n'ose plus me peser (de toute façon la balance est avalée par un carton). Derniers cartons, chargement, train de nuit, arrivée à Pau à 6h30 un matin, je suis une épave. Petit déjeuné salvateur (le goût du thé, de la confiture) chez un ami attentionné, déchargement, et pas le temps de se reposer. L'homme est aussi épuisé que moi, il s'est farci 4000 kilomètres en 10 jours pour m'éviter d'avoir a descendre une des voitures, je peux bien lui préparer une chambre sans cartons. Idem pour le schnik que manou ramène le surlendemain. Son programme de l'année comprend deux déménagements, son départ, son retour, le départ de son papa, l'arrivée du bébé, et à défaut de retrouver sa maison en rentrant de vacances, je veux au moins qu'elle retrouve ses doudous, ses tableaux, son mobile, sa bibliothèque, son petit fauteuil. L'homme arrive le vendredi, le samedi c'est le baptême du cousin toulousain. Sur les photos, malgré l'anticerne à la truelle, j'ai l'air d'un zombie. Cerise sur le gâteau, le mercredi suivant, c'est Toulouse-Paris-Toulouse-Paris en train pour...les visas!

 

AOUT

arbre

Dans une autre vie, pendant ces trois dernières semaines précédent mon départ, j'aménage un nid douillet pour mon époux  bientôt délaissé, je mets au carré la maison et tout l'administratif, je lui prépare un mode d'emploi détaillé pour homme-qui-va-faire-ma-mutation-interacademique-et-son-repassage-tout-seul-pendant-4-mois (et avec une inavouable arrière pensée sadique, je me dis qu'au moins ce séjour à l'étranger au pour effet bénéfique de démontrer au mari -déjà favorablement disposé la plupart du temps à reconnaître mes mérites- à quel point je suis totalement indispensable dans sa vie, et pas seulement sur le plan sentimental). Ensuite, je concocte des diners aux chandelles, des piques niques dans les Pyrénées, des sorties à la piscine pour nous trois, des moments de complicité en famille. Dans une autre vie.

Dans cette vie de misère, il n'y à guère que la première partie du programme que nous accomplissons en 1 semaine à peine avec l'énergie du désespoir, et surtout le désespoir de l'homme qui reprend le travail aussitôt la dernière Billy monté, sans avoir eu une seconde pour se reposer. Quand a moi, mon corps ne répond plus. Du tout. Il refuse de faire un pas hors du lit avant midi sauf pour relancer le DVD de Winnie, babysitter officiel du schnik en ces semaines grises (avec Bourriquet, cela va de soi), il se contente de se laisser bercer des matinées durant par le tiptoptiptop des petits petons taille 23 sur le carrelage du long couloir qui lui plait tellement, après 3 ans d'escaliers escarpés. Mon corps refuse de peler les aubergines, les poivrons et les tomates pour faire la ratatouille, qui siérait surement mieux à son fessier que le chav*roux-baguette. Il refuse de classer, de trier, d'apposer les mentions « impôts& bulletins de salaire », « crèches à contacter à la rentrée », « sécurité sociale » sur les chemises colorées. Il refuse tout, en bloc. Il ne tolère que les aristochats, les dalmatiens de son enfance, et ne fait exception à son obsession que pour les ratatouille-à-moustache et les Wall-E-E-ve, en caressant le duvet qui lentement mais surement, s'épaissit sur le petit crane émerveillé (« encore les souris, maman, encore les souris »).

Non, le tableau n'est pas exact. Certes, quand il est seul à la maison avec le schnik, mon corps est une épave. Mais c'est plutôt rare, finalement. Autant la région paloise est l'endroit le plus enclavé de France durant l'année, autant c'est apparemment le centre du monde pendant la trêve estivale.  Il ne se passe jamais plus de trois jours sans une pizza maison au chorizo avec un verre de rosé devant la chaine des Pyrénées,  quelques verrines, un, deux, ou quatre lits dressés à la va vite. Il y a une tente et une piscine gonflable presque immédiatement crevée, des rires d'enfants, un marché noir de layettes, des aventuriers du rail, des diners aux chandelles pour 4 ou 8, des croissants et du pain brioché.  A défaut d'offrir un corps svelte (6 kilos au compteur les trois premiers mois, qui dit mieux?), un sourire radieux, et des vacances à l'homme, je lui offre de vraies tablées de famille le week-end, quelques rares instants d'été après des semaines de corvées. Et je culpabilise d'autant plus de ne pas être capable d'en faire autant quand nous ne sommes que tous les trois.  Car de jolis moments à deux ou trois, il y en a peu. J'ai trop honte, je me cache. Le 23 août, j'étouffe mes larmes dans le bourriquet musical du schnik qui me regarde interloqué, et je tend nos deux passeports au contrôle de sécurité. Je compte déjà les jours qui nous sépare des vacances de la Toussaint, ou il devrait nous rejoindre pour une semaine.


EPILOGUE

palombaiggia_home

Le temps de digérer les 3 avions, les quinze plans, la nouvelle crèche, les centaines de pages de formulaire, et le cornbread, les nausées disparaissent, ça fait trois mois. Le poids physique  s'allège. Au sens propre comme au figuré. Si  j'ai pris 6 kilos en 3 mois, à bientôt 6 mois, il y en à 7,5 au compteur. Et d'après l'échographie, le petit knicker a bien profité. Comme quoi, lecteur égaré, il ne faut pas croire ce que racontent les gynécologues sur la prise de poids régulière et contrôlée pendant la grossesse. On fait comme on peut. Et des fois, on ne peut pas grand chose, et on a juste envie de foutre des baffes au monsieur en blouse blanche qui nous dis « tout va bien...mais vous grossissez trop vite, madame », et qui ne sait visiblement pas de quoi il parle.  Bon ok, les deux piscines du campus l'absence de fromages et de chocolats décents dans ce foutu pays, et surtout la fin des nausées y sont surement pour beaucoup. Mais peu importe les raisons. On fait comme on peut.

 

Ce n'est pas seulement le poids physique qui s'allège. Début septembre, l'homme apprend que finalement, c'est en octobre qu'il part. Retour prévu fin janvier. C'est la panique totale, et  la perspective de me retrouver un matin de décembre après 24 heures de transport, un gros jetlag, deux grosses valises et 1,75 enfants sous le bras à l'aéroport de Toulouse seule sans voiture pour rentrer dans un chez moi inconnu et de toute façon sans les clés dudit chez moi me flippe un peu, mais quel soulagement, au fond. Je le sais, je suis mieux sur mon vert campus et ma fille avec sa ferme mais gentille maitresse et les autres kids que seules à huit clos dans une maison inconnue au milieu des champs de mais palois. Son père lui manque, mais comme sa mère à globalement le moral, c'est supportable. C'est comme si j'avais eu raison de forcer le destin. Reste ce printemps perdu.

03 novembre 2008

La chance qu'on a....

Il y a certains domaines dans lesquels je n’ai jamais compris la chance que j’ai. Je sais (rationnellement, j’entends) la chance que j’ai d’être en bonne santé, de vivre dans un pays développé et en paix, de ne pas être un laideron bien que je ne soit pas non plus Liv Tyler, de posséder un corps qui entre dans les canons de beauté modernes (pas ceux de Elle non plus, je mange à ma faim et même un peu plus des fois, merci), mais je ne comprend pas, je n’imprime pas, je n’incarne pas, je n’en fait rien. Trop mal dans ma peau. Trop mal dans cette société de surabondance que mon comportement, ne nous le cachons pas, cautionne largement malgré la petite voix de ma conscience chrétienne, écolo, citoyenne, humaniste ettoutetout. Je n’en profite absolument pas.

Il y a d'autres sphères où je réalise la chance que j’ai. Soit parce que des fois on sait le bien qu'on nous fait( enfance protégée, famille unie), soit parce que la vie se charge de nous "suggérer" ce qu’aurait pu être la vie sans cette chance.

Par une attente, juste assez longue et juste assez pénible (« test de Hunher négatif, déséquilibre hormonal, non ovulation, aucune survie à 12h, faiblesse ») pour que j’imagine sérieusement ce que serait ma vie sans enfants.

Par une alarme, puis une deuxième. Infection urinaire qui touche les reins, hospitalisation d’urgence, perfusion, une fois, deux fois. Une batterie des tests. Et au bout du compte pas de malformation, des reins sains.

Par ces trois deuils, qui me touchent parce que leurs parents, bien que je ne les connaissent  que de loin ou virtuellement, m'importent. Parce que celle à qui la vie a déjà tant repris, celle avec son visage de madone dans l’attente, et celle à l’œil et la plume affûtée font preuve d’un courage dont je ne me sais pas capable.

 

Aujourd’hui elle a un an. Elle n'a pas jouée avec la bougie, elle n'a pas ouvert de grands yeux  brillants devant les paquets cadeaux, touchant timidement le papier lisse choisi avec amour par sa maman. Elle était fatiguée et ronchon, il y avait du bruit, du mouvement, des cris d'enfants, des disputes, elle a eu peur des grosses voies qui chantaient joyeux anniversaire,elle a été se coucher bien vite.

Elle est en bonne santé, elle sourit, elle est là tout simplement, et je réalise pleinement ma chance.

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29 octobre 2008

Changement de rythme

3 semaines déjà. Je n’ai pas eu le temps de m’appesantir, j’étais en train de finir cette foutue thèse. J’ai paré au plus pressé, acheté quelques bloque portes, pris l’habitude de fermer à clé la salle de bain, poussé quelques coups de gueule pour lui expliquer qu’elle devait me donner la main dans la rue, qu’il y a des voitures partout, que c’est dangereux. Je ne l’attendais pas si tôt en fait. Elle avait eu le bon goût de faire ses premiers pas deux jours avant que son papa ne parte, quelques jours avant ses onze mois. Ensuite, plus rien pendant une semaine. Ca allait tellement plus vite à quatre pattes, pourquoi se risquer. Je pensais que le statu quo durerait des mois. Et puis non.

Je n’ai vraiment réalisé qu’un soir de la semaine dernière, quand il a fallu aller racheter d’urgence quelques bouteilles de lait en fin d’après midi. Rien d’impératif ensuite, pas besoin de courir, alors nous avons eu le temps de nous disputer plus en détail, elle réclamant sa liberté, moi hésitant entre les dangers de la laisser gambader librement et le désir de lui offrir un peu de cette indépendance nouvellement acquise. Nous avons longé une rue, deux rues, et traversé l’immense place à tous petits pas, parfois elle courant devant, souvent moi la rattrapant et lui montrant la direction. Il avait fallu le temps, et la nuit était tombée. Le nuage du souffle dans le froid, le ciel tout violet, les lumières de la place, et l’hiver tout d’un coup. Elle ne voulait pas retourner à la voiture. Elle a fini montré du doigt. J’ai eu du mal à comprendre ce qui l’intéresser tant. Une migration. Un nuage d’oiseaux volant en cercles autour du clocher de la vieille mairie, grossissant à chaque passage. Il disparaissait derrière les toits, et elle croyait que c’était fini, et à chaque fois qu’elle allait me suivre il réapparaissait plein de grâce. C’est vrai que c’était magnifique, nuage noir sur fond prune, reflets encore rosés. Et je n’avais rien vu. Trop pressée par le dîner, les lessives, les mails a vérifier, le manteau 18 mois à dénicher au meilleur prix. Nous nous sommes arrêtés, et avons contempler longtemps, jusqu’à ce que le nuage se pose enfin sur le haut du clocher.

C’est elle qui m’apprend à voir. C’est elle qui m’apprend à marcher. Nous sommes en train de changer de rythme. 

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21 septembre 2008

Danger! Somnambule…

Cette nuit, alors que nous dormions mon mari et moi, je lui ai fait tombé la penderie pleine à craquer sur la gueule.

Je suis somnambule depuis tout le temps. Quand j’étais gamine ma mère me surprenait parfois au détour d’un couloir :

-qu’est ce que tu fais ici à deux heures du mat ?

-bah, je vais chercher des livres (les somnambules ont une logique imparable)

Ca s’est compliqué quand mes parents ont aménagé la chambre sous les combles. Je dormais à quelques cm du plafond et je suis devenue (ou me suis révélée) claustrophobe. Ou peut-être que c’est quelque chose de plus profond. Je n’ai pas d’appréhension dans l’ascenseur ni dans les avions, je fais de la plongée, mais je devrais peut-être me faire violence pour la spéléo, et en apprenant que Florence Aubenas avait survecue des semaines dans un acgibi noir ou elle ne pouvait même pas se tenir debout, je me suis dit que moi je serais morte en quelques jours (en même temps peut-être que plein d’autres personnes bien constituées se sont peut-être dit la même chose). Alors je me suis mis à rêver que le plafond descendait lentement et sournoisement sur moi pour m’étouffer, que la maison/ l’immeuble allait s’effondrer parce qu’elle était construite sur un galet ( ??!!). Je pousse des hurlements dignes des meilleurs films d’horreur, et souvent c’est ça qui me reveille. Et quand je me reveille, au mieux je suis en train de tenir le plafond ou le mur, au pire j’ai envoyé valser la table de nuit, cassé la lampe de chevet, et je suis déjà en train d’ouvrir la porte/la fenètre/en train de descendre les escaliers.  

 

Mais je n’ai jamais mis la vie de personne en danger. Tout au plus traumatisée quelques compagnes de chambrée, amies venues dormir à la maison ou internes comme moi. Jusqu’à hier.

 

La penderie est pourtant très stable. Et bien lourde. Je n’arrive même pas à soulever la barre qui soutient les cintres. Il fallait donc une force supérieure à la mienne pour la faire basculer. Mais j’étais en danger de mort (dans mon cauchemar dont je n’arrive pas à me souvenir, à part qu’il fallait absolument sortir de la pièce tout de suite, et même c’était sûrement déjà trop tard). D’abord j’aurais pu fendre en deux la tête du mari. Heureusement elle est tombée au milieu, juste une éraflure à la jambe pour lui, et des gros bleus aux pieds pour moi. Elle est tombé exactement là ou le chtig dormait hier soir, ou pour la première fois en revenant d’une soirée, nous avions décidé, étant donné le peu d’heures qu’il nous restait à dormir, qu’elle pouvait bien resté entre nous deux. Le réveil avait été agréable, et comme on était dimanche, l’idée m’avait caressée hier soir de remettre ça. Et puis non, finalement….

 

Je ne me suis rendue compte de ce que j’avais fait uniquement après avoir réussie à allumer la lumière. J’avais du confondre la porte de la chambre de l’armoire et la porte de la chambre et tirer dessus convulsivement. Le mari a hurlé, mais cela pouvait être la surprise (en fait en entendant mes hurlements il a cru que le chtig était sous l’armoire). Je n’en ai pas cru mes yeux. J’ai pleuré pendant une demi heure, ensuite on a vidé la penderie et on l’a déménagé dans le bureau à côté. Impossible de dormir avec un meuble haut dans la chambre désormais (ça va être pratique chez la famille et les amis. Tout le monde à une armoire dans sa chambre, non ?

 

Puis nous nous sommes recouchés (serein l’homme qui partage mon lit. Moi si on m’avait balancé une armoire dans la gueule à deux heures du mat, je ferais chambre à part pendant 6 mois), et je n’ai pas pu endigué la vague de si. Et si je l’avais couchée entre nous deux ce soir ? Je suis un danger pour ma famille…. (lui, il a surtout peur que je sois un danger pou moi-même et que je prenne la fenêtre pour une porte. Heureusement qu’on a un velux) La semaine prochaine le mari s’en va pour 5 mois (mais on se verra le WE de temps en temps), je comptais la faire dormir dans ma chambre de temps en temps, dans le lit parapluie. Vaut mieux pas. Je risquerai de tomber dans l’escalier en ayant voulu la sortir de la maison avant qu’elle ne s’effondre. Le couloir qui nous sépare suffit habituellement à me réveiller. Peut-être même qu’il faudra que je ferme la porte de ma chambre à clef. Mais alors il y aura dans ces innombrables nuits de solitude, dans cette grande maison vide, en plus, une porte fermée à clé entre elle et moi.

 

Et si je m’étais fait tombé l’armoire dessus la semaine prochaine, alors que le mari est parti pour longtemps. Combien de temps avant qu’on ne me trouve, surtout, pour elle encore. Le boulot ? Ils me laisseront des messages sur répondeur, pas plus dans un premier temps. Les copines ? je travaille, alors quelques jours de silence n’ont rien de surprenant. Les voisins ? Je ne le connais que de loin, et je suis là très irrégulièrement depuis que nous avons emménagé.

 

Stérile, l’exercice du « si » ? Pas toujours. Mesuré les conséquences d’avoir laissé la porte ouverte et retrouvé le chtig au bord de l’escalier en haut ou déjà sur la quatrième marche en bas, d’avoir laisser traîner ce petit objet peut aider à la vigilance. Mais ici je n’ai pas de prise sur mon comportement, puisque c’est mon subconscient qui agit en mon absence, puisque je dors sans me douter de rien pendant ce temps. Pour avoir prise sur ce subconscient qui me pourrit la vie (je sais ce qui m’habite la nuit, c’est sûrement une des raisons de mon insomnie chronique, et ca ne va pas s’arranger maintenant), peut être devrais-je entamer une psychanalyse. Mais les psys sont comme les bons profs. Rares, avec des conséquences terribles si on a affaire à un mauvais. Et je n'en connais pas de bon (je n'en connais pas tout cours), sauf ceux que je connais à titre privé et chez qui je ne vais bien evidemment pas aller vider mon sac) . Et j’ai été témoins de cas incroyables ou l’analyse, au lieu de révéler des pans cachés de notre identité, en à créer de nouveaux à partir de fragments existants, avec des conséquences graves pour l’entourage et la personne. Je veux être moi libre, je ne veux pas être quelqu’un d’autre. Alors pas d'analyse pour l'instant.

 

Alors quoi faire maintenant?

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15 septembre 2008

Quand ça veut pas….

J’ai harcelé la dame du planning au téléphone pendant des semaines, attendue devant son bureau qu’elle rentre de sa pause déjeuner pendant des heures. Il y avait la contrainte de la crèche : être là impérativement à 18h00 pour la récupérer le soir, sans pouvoir compter sur le mari (exilé en provence puis dans un pays ou il ne fait pas bon vivre en kaki à moyen-long terme). Avec 1h20 de bagnole entre la maison et la fac, sans compter les embouteillages. Donc le creneau 15h00-16h40, c’était déjà trop juste. Décalé juste 1h30 de cours le lundi, en plus du mardi et du mecredi, pour être plus large, et pour pouvoir faire les aller-retour en train. Plus écolo, bien sur, mais aussi plus confortable (je deteste conduire, alors presque 3 heures par jour…) et plus économique, bien sûr. La maison est à 15min de la gare en voiture, et la fac à 4 minutes de la gare d’arrivée à pieds. Génial, parfait. Juste un sas pour lire un peu dans le train, je récupère la voiture une heure avant que la crèche ne ferme, et je ne suis qu’à quelques kilomètres, qu’est ce qui peut bien arriver.

 

Sauf que….. sauf qu’en demandant les horaires d’hiver, le guichetier sncf me tend deux fasicules. A partir du 22 septembre (jour où les cours débutent), il y à des travaux sur la voie, certains trains sont remplacés par des bus. Dont le mien évidemment. Et le bus de remplacement ne me permet pas d’arriver à temps pour le début des cours. Et la dame du planning qui a déjà été bien sympa avec moi ne peut plus déplacer mes cours : plus de salles disponibles.

 

C’est parti pour 3 heures de voitures par jour, 3 fois par semaine, jusque fin janvier. Le temps que j’aurai consacré à finir ma thèse.

 

Quand ça veut pas……

embouteillages

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07 août 2008

Montagnes Russes

Trois mois sans écrire ici. Parce que j’ai écrit ailleurs, un peu. Parce que l’humeur était fragile, beaucoup. A peine je jette un œil sur la boussole pour tenter de me saisir que l’aiguille à déjà viré à 180°
 

En juin pourtant, le temps était stable, mais gris, brumeux, gluant. Impossible de lever un doigt pour le poser sur un clavier, que ce soit pour faire avancer la science ou ce blog. J’attends un poste qui ne vient pas, pour de mauvaises raisons. Pas la bonne affiliation, pas la bonne spécialité, pas les bonnes relations. Je me pose milles questions, un peu comme un enfant gâté qui découvre que la vie c'est injuste, comme elle le repetait à longueur de journée vers ses douze ans (et gagnant au passage le surnom de Calimero).

On me dit de ne pas prendre les choses personnellement, mais c’est exactement ce qui est jugé ici, mes choix personnels. J’ai un bon dossier, mais je ne le présente pas dans ma fac d’appartenance, car j’ai refusé le célibat géographique, refusé de prendre mon enfant sous le bras et de le ramener dans un 15m2 en banlieue parisienne, loin de son père. Quand à mon choix de sujet, pas assez « scientifique » (ça n’est pas de la « science dure » l’histoire. La science ici, c’est de casser des équations). Vingt fois j’essaie de séparer cette déconvenue de ma thèse qui s’approche lentement (trop) de son point final, de me dire que ce n’est pas si terrible de reprendre six mois de congé parental pour la finir, que je ne l’ai pas commencé « pour avoir un taf » mais par passion, et que c’est donc par passion que je dois la terminer. Rien n’y fait. Impossible de me remettre à écrire. Impossible de me lever de mon canapé, je suis paralysée. C’est que le malaise est plus profond. Je dors et je mange n’importe quoi à n’importe quelle heure, la cuisine est dans un état de délabrement à l’image de mon estomac, je suis seulement capable de m’occuper correctement de mon chtig, mais là encore cette joie de l’innocence qui prend aux tripes est incapable d’agir sur mon malaise. Probablement parce qu’elle y participe d’ailleurs. Je suis malheureuse de cette inactivité forcée qui s’annonce, mais qui me permettra de rester auprès d’elle ; je serais toute aussi malheureuse de devoir la mettre plusieurs jours en crèche pour retourner enseigner. Aucune situation n’apaisera mes troubles. C’est bien là le problème.
 

Du coup, la nouvelle qu’un poste d’ATER m’est attribué à distance raisonnable de la maison passe presque inaperçu. C’est un plein temps, les emplois du temps ne seront connus que courant septembre. Le stress de la maman-qui-bosse se substitue instantanément au stress de la chômeuse-rejetée-des-employeurs. Chercher une nounou ? Mais elle est si bien dans cette petite crèche qui accepte ses couches lavables et son rythme. D’un autre côté je serais célibataire géographique d’octobre à février. Seule dans cette région ou je ne connais que quelques amies avec 3 enfants, aussi seules que moi. Seule avec mon boulot et mon enfant, personne pour aller la récupérer à la crèche en cas d’embouteillage, de grève des trains, d’empêchement. Prendre le risque de me retrouver mi-septembre incapable de faire correspondre leurs disponibilité et mon emploi du temps ? Il faut bien prendre le risque de toute façon. Mais j’appréhende la rentrée. 

J’attends beaucoup de la transhumance estivale, du coup. Qu’elle casse l’anarchie qui règne dans mon corps et dans mon esprit. Que cette maison qui n’est pas la mienne me donne un rythme, que la mer apaise mon trouble, et plus prosaïquement, que mon mari prenne en charge le chtig pour que je puisse enfin finir cette fichue thèse. Car mon ras-le-bol est accentué par le fait de voir enfin, au loin, la ligne d’arrivée. Un chapitre à réviser, un chapitre introductif et une grosse conclusion à écrire. Et c’est tout. Et vite, en plus, parce que les dates de remise de dossier pour la qualification sont avancées cette année. Soutenance prévue vers le 23 novembre, thèse à rendre pour début octobre donc.

Mais tout s’écrase sous une moto trois jours après notre arrivée. Jambe fracturée pour l’homme, pas de plâtre pour éviter la rééducation. Mais plus de souffrance physique. Jamais personne ne s’est cassé quelque chose dans ma famille, et j’avais du mal à imaginer à quel point ce problème de santé somme toute assez bénin (pas de complication, pas de danger pour la vie…) est un casse tête sur le plan pratique. Il dort mal, ne peut pas se laver tout seul, ne peut pas aller se chercher un verre d’eau ou transporter quelconque objet d’une pièce à l’autre (ou du placard à la table ) et bien évidemment pas porter le chtig : deux mains-deux béquilles, l’équation infernale. Je me retrouve avec un infirme au lieu d’un bébé. Les journées comptent désormais 12h de corvées, le fait de ne pas être chez moi rend tout plus difficile à présent, et les gens autour de moi s’obstinent à appeler cela « des vacances ». Je craque. Si c’est le mental qui tirait le physique vers le bas le mois précédent, c’est désormais l’inverse. On me crois à la limite de la dépression, je répond sèchement qu’un dépressif ne s’agite pas comme un diable 12h par jour. Je suis simplement épuisée, incapable de me tenir, très agressive, et un peu aigrie aussi. Le rêve de la soutenance en novembre, et de mes premieres « vraies » (= avec l’esprit vraiment libre) vacances depuis quatre ans à Noël s’éloigne. Pour la première fois de ma vie, je me couche régulièrement vers 20h30 juste après le chtig juste pour pouvoir assurer le jour suivant. Je fond en larmes tous les jours, remet tous mes choix de vie en cause. Personne à qui confier le chtig pour souffler deux jours, la belle maman est occupée avec une cousine, la maman avec une autre. L’homme me regarde avec appréhension et incompréhension, il se dit intérieurement qu’il a de la chance de ne pas s’en sortir infirme, tant que manifeste de la réticence à m’occuper de lui. Il ne comprend pas que c’est un problème de vase qui déborde, un problème de timing. 

Le retour à la maison il y une semaine arrange les choses finalement. L’absence de cousins, famille, enfants, restaure un calme relatif, c’est une période creuse à la crèche et je laisse ma fille sans complexe deux jours par semaine (elle est ravie du reste de retrouver une immense salle de jeu dont les trésors sont plus abordables depuis qu’elle sait se déplacer). Je m’enferme à la bibliothèque, vide et silencieuse, et m’arrache un mot puis l’autre, en essayant de me convaincre que le fait que ces mots soient lus à l’automne ou au printemps suivant n’a pas d’importance. Les bureaux et secrétariats sont aussi vides et silencieux que les rayonnages, je suppose, et entendre ce silence éloigne temporairement l’appréhension de la rentrée : l’impuissance est totale de toute façon, et les faiseurs d’emploi du temps sont sur les plages.

Reste un deuil à faire, celui de pouvoir poser le mot fin au bas de 4 ans de travail. Des ressources à puiser je ne sais ou, pour tenir 6 mois de plus.

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27 mars 2008

Cacolendrier du jeudi

Comme l'atteste ce blog "3 pas en avant-1 pas en arrière", j'ai du mal à m'astreindre à la régularité. Mais ça ne coûte rien d'essayer, si ce n'est des photos qu'on  n'aurait jamais pensé  à faire sinon (merci Caco).

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a) Zoo de Thoiry, jeudi, vers 10h30. Le fauve affamé se repait de sa malheureuse proie herbivoire (aouimbowé, aouimbowé, aouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii)

b) Hopital de Saverne, service pédiatrie, vers 10h30. En attende d'une cystographie retrograde. Jamais sans ma Sophie!

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24 mars 2008

Humeurs en vrac

(1) Cette semaine, j'ai fait une crise de "sapeupucojtinuercommecafautksachange." Probablement due à l'état postcyclonemitch de la maison, l'hibernation de la thèse depuis bientôt un mois, les croyances qui circulent parmi les eskimos de nos contrées selon lesquelles les frigos se lavent et se remplissent tout seul, les parquetes et le carrelage s'autoregénèrent, et la penderie s'autoremplit de linge propre et repassé (que le frigo se lave tout seul n'est même pas une croyance, d'ailleurs, l'homme des neiges n'ayant absolument pas notion qu'il faille laver un frigo de temps en temps).

Peut-être aussi le fait de réaliser douloureusement que le chtig est là de manière permanente, et qu'on a quitté les états transitoires de "quand elle fera ses nuits", "quand elle aura des horaires réguliers", "quand le baptême sera passé", "quand on sera sorti de l'hopital", "quand on aura fini de passer notre vie au service radio", ect. On n'aura jamais fini, voilà, c'est ça les enfants, l'impossibilité de travailler plus de 15 minutes d'affilé. Il va falloir apprendre à vivre avec, se réorganiser. Impossible de retenir sa respiration de 8h30 a 20h30 et de faire toutes les corvées du jour (et d'avancer la thèse) le soir et la nuit, sinon c'est la disparition totale de la vie de couple, et ça c'est pô bon du tout. Il faudrait plutôt prendre l'habitude de se lever un peu avant 7h00 en même temps que l'homme des neiges, ce qui laisse (quand il n'y a pas poussée dentaire) une bonne heure et demi pour mettre la maison en branle et émerger tranquillement. Mais là, il ne s'agit pas simplement de réorganisation, mais limite d'un changement dans ma nature profonde. Et pour l"instant, echec et mat.

Enfin, les quelques kilos de désorganisation qui ont succédé aux kilos de grossesse rapidement perdu. Rien d'alarmant, 3 kilos environ, mais de quoi me sentir trrrrrrès boudiné dans mes jeans, et donc trrrrrès boudiné dans ma vie. Et un peu lourde

La maison a maintenant retrouvé un aspect civilisé, et ça va mieux. mais le problème de fond persiste. Plus d'excuse, un mode de vie à changer. Et une thèse dont la deadline approche.


(2) La vie de couple m'a révélé bizzarremment colérique, alors que je suis bonne nature hors de la yourte. Pas un problème de fond, plutôt un vilain tour de mes gènes méditerannéens. La "french-syndicats" attitude, que je trouve aussi stérile chez eux que chez moi: gueuler d'abord, négocier ensuite. Mais cela se traduit par de fréquents éclats de voix. Donc le chtig ne retient que la forme, pas le fond (pas dirigé contre lui, les éclats de voix, mais elle est souvent dans mon rayon sonore). Et la forme n'a rien de rassurant pour un chtig qui va grandissant. J'essaie de m'amender. C'est difficile.

(3) j'ai été à la Fnac samedi. Je voulais un CD de comptines pour mon chtig. J'étais toute contente jusqu'à ce que je sorte le CD de la boite. C'est pas que j'ai quelque chose contre les arrangements musicaux à base de tambourin et de youkoulélé, mais j'avais plutôt en tête un truc du genre "les petits chanteurs à la croix de bois chantent à la claire fontaine à capella." Quelqu'un aurait-il une référence pour moi

 

 

(4) C’est tellement bien, cette multiplication des possibilités de troquer, de vendre d’occas, que j’ai regardé mon poche de Jonathan Strange et Mister Norrell aussi acheté à la Fnac et que je me suis dit que c’était peut-être la dernière fois que j’achète un livre neuf. Ce qui est faux évidemment, parce qu’il n’y avait pas trop d’affaire niveau occas quand j’ai lu Millenium, mais cela témoigne quand même du changement qui s’opère dans mon mode de consommation (est- ce que j’en ai besoin. Attends un peu pour voir. Ok, d’occas ou neuf ? Durable et réparable comment ?). Non sans me faire des nœuds au cerveau comme d’habitude, notamment avec les produits de puericulture qui occupent pas mal mon emploi du temps et mon cerveau (même quand on se limite au nécessaire, le choix et l’achat dudit nécessaire n’est pas un chemin semé de pétales de roses). Parce que quand on veut quatre enfants, on peut avoir interêt à acheter du neuf. Mais quand on a déjà beaucoup patienté avnt l’arrivée de la cigogne n°1, on se demande si c’est vraiment la peine. 

 

(5) j’ai commencé le bouquin of the year de l’année dernière, c'est-à-dire l’Elegance du Hérisson. Au début ça a produit sur moi les mêmes effets que sur beaucoup d’autres lecteurs. Légerté, ravissement, dégustation, et un légère sensation de flotter sur les nuages. Puis l’indigestion est venue avant même la 100e page. Trop manichéen, trop de ressorts éprouvés. Je n’ai pas besoin de noir bien noir et de blanc plus blanc que blanc, mais de bouquins qui reflètent toutes les nuances de gris de l’âme humaine. Et j’ai déjà lu trois fois tout Zola. Mais bon, heureusement que j’ai Millenium. Et puis j’ai besoin de magie, de fantastique, de vaisseaux spaciaux et de mondes télépathes, de Mr Norell, de Fondations, de Dunes, d’Hyperions et de Stratégie Ender. Mais ça, c’est permanent.

 

(5) En ce moment, je lis les livres dans le désordre. Comme ma maman a l’habitude de le faire. Le premier cinquième, puis la fin. Et si j’ai encore envie de lire le livre quand je connais la fin, je considère que c’est un bon livre. Oui, je sais, hérésie. M’en fout. Inutile de dire que peu de livres résistent à ce traitement. Et quasi aucun polar. Et ben Millenium, si. Sa réputation n’est pas usurpée (non, Millenium n'est pas le nouveau Da Vinci Code. Comment peut-on comparer ce travail d'écriture à cette bouse?)

 

(6) ce post n’est pas une pub pour Millenium. Enfin si, mais bon…. Jme demande juste pourquoi on se tape toujours Candide au bac alors qu’il y a ce genre de livre qui traine.

edit de midi: A oui et aussi, une question hyperimportante: est-ce que je suis la seule a devoir systématiquement m'y reprendre plusieurs fois pour taper les bonnes lettres de contrôle quand je commente sur les blogs d'overblog? Parce qui si c'est le cas, faut vraiment que je change de lunettes.

Posté par mowgli nomade à 10:15 - tisser un fil - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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18 mars 2008

Absence

Des commentaires longtemps restés sans réponse. De quoi décourager le passant. Toutes mes excuses.

A l'appui, de bonnes et de mauvaises raisons.

Les mauvaises raisons portent un vilain nom, compliqué et crissant, un gros mot: pyelonephrite aigue. Autrement dit infection urinaire sérieuse, grosse fièvre, une semaine de perfusion. Pour le chtig evidemment, sinon c'est pas drôle. Qui heureusement, est trop chtig pour en avoir vraiment souffert. Pas vraiment de douleur une fois la perf posée, et c'est même plutôt rigolo ce fil qui sort de mon bras avec lequel maman m'interdit de jouer et cette grosse machine noire pleine de voyants et de bips.

J'ai pu passer toute la semaine avec elle. Jours et nuits. J'ai eu tout loisir d'apprécier la chance de ne pas avoir à rentrer à la maison pour m'occuper d'autres chtigs, la chance de ne pas avoir à quitter mon bébé accroché a sa noire machine le matin pour aller bosser grâce à ce congé parental qui reste un rêve pour beaucoup, faute de moyens financiers.  Bien plus de chance que la petite de la chambre d'à côté, dont les "maman, j'ai mal. Maman tu es ou? Maman viens, j'ai mal," pourtant à peine audible, resonnent hurlements à mes oreilles. Ce sejour dont le chtig ne se souviendra probablement jamais sera, à n'en pas douter, lourd de conséquences pour mon regard.

Et des bonnes raisons....

.....longues a préparer

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collage

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......mais délicieuses pour les yeux, les oreilles, les papilles et le coeur.

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collage1

Reste à savoir si l'état actuel de la maison est une bonne ou une mauvaise raison de ne pas blogger

Posté par mowgli nomade à 20:34 - tisser un fil - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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